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Contribution : L’armée algérienne face au défi de la transition démocratique

22 juin 2011

Contributions

Contribution : L’armée algérienne face au défi de la transition démocratique

(1re partie)
Par Mohamed Chafik Mesbah
Mohamed Chafik Mesbah, collaborateur de notre journal, a présenté le lundi 13 juin 2011 au Cidob de Barcelone (Centre des relations internationales et études du développement, think tank que préside Narcis Serra, ancien ministre espagnol de la Défense) une communication intitulée

«L’armée algérienne face au défi de la transition démocratique» . Dans cette communication, Mohamed Chafik Mesbah examine passé, présent et perspectives d’évolution de l’institution militaire et services de renseignement dans le pays. Au regard de l’importance du sujet et de l’intérêt des idées développées dans cette communication, nous avons jugé utile de la publier, in extenso, à l’intention de nos lecteurs.
Le président Narcis Serra nous a présenté un modèle théorique, parfaitement élaboré, qui ne souffre pas de contestation lorsqu’il s’applique à des sociétés développées. Le cas est différent, cependant, pour les pays de la rive sud de la Méditerranée qui viennent d’entamer leur processus de transition démocratique. La richesse d’expérience du président Narcis Serra en sa qualité d’ancien ministre espagnol de la Défense nationale, celui de la transition démocratique, ainsi que la rigueur méthodologique de son exposé, celle d’un académicien avéré, explique l’intérêt de cette communication. Il est clair, à cet égard, qu’il existe un grand intérêt à ce que la communication du président Narcis Serra ainsi que son livre intitulé La transition militaire, l’expérience espagnole, disponibles en espagnol et en anglais, le soient en arabe et en français. La courte contribution que je présente, aujourd’hui, ne prétend pas au standard académique. C’est le résultat d’un cheminement intellectuel personnel, laborieusement conduit tout le long d’une carrière militaire marquée par le souci constant de réconcilier dans un projet national fondateur l’armée et le peuple algériens. Cette posture intellectuelle comporte, à l’évidence, une charge émotionnelle. J’assume, sereinement, cette posture délicate. L’objet de cette contribution porte sur l’examen de trois aspects complémentaires liés à la problématique qui requiert notre attention. Il s’agit de soumettre à un éclairage approprié la problématique qui requiert notre attention. Il s’agit, premièrement, de procéder à une genèse rapide de l’évolution de l’armée algérienne, à partir de l’intérieur, notamment avant l’avènement du multipartisme en Algérie. Il s’agit, deuxièmement, de procéder à l’examen de la conduite de l’armée algérienne face aux événements douloureux qui, depuis 1992, ont pris place dans l’imaginaire populaire sous le libellé de «décennie noire». Il s’agira, troisièmement, de procéder à l’étude des perspectives qui s’ouvrent à l’armée algérienne, en rapport avec le nouveau positionnement politique et institutionnel qui, dans le nouveau contexte national et international, pourrait être le sien. Soulignons, avant d’aborder le corps du sujet, que la problématique du rôle de l’armée dans la sphère politique en Algérie s’est posée, de manière récurrente, depuis même le début de la colonisation. Les premières résistances menées contre l’occupant colonial français avaient été conduites par des leaders religieux, chefs guerriers simultanément, la question de la subordination du militaire au civil se trouvant, d’emblée, tranchée. Tout le long de l’évolution du mouvement de résistance politique, du début du siècle au déclenchement de la guerre de Libération nationale le 1er novembre 1954, ce sont des dirigeants politiques civils qui avaient constitué l’interface des autorités coloniales. Ce sont, cependant, des dirigeants de l’Organisation spéciale (OS), structure paramilitaire créée en 1947 par le PPA-MTLD, le principal parti nationaliste algérien, qui avaient déclenché la guerre de Libération nationale, après s’être érigés, de fait, comme instance politico-militaire connue, plus tard, sous l’appellation de «groupe des 22». Ce seront, d’ailleurs, trois principaux membres de ce groupe, les colonels Belkacem Krim, Abdelhafidh Boussouf et Abdallah Bentobal, connus sous la dénomination des «3B», qui se saisiront des leviers de commande du FLN et de l’ALN de guerre. Ils y parviendront après avoir fait abroger, en 1957, par l’instance délibérante de la Révolution algérienne, le Conseil national de la révolution algérienne (CNRA), le principe de la primauté du politique sur le militaire. Un principe qui venait juste d’être adopté par le congrès de la Soummam réuni en 1956 avec Abane Ramdane comme figure de proue, lequel Abane Ramdane sera assassiné à l’initiative de ces mêmes «3B». La domination de fait de cette direction militaire sur les instances de la Révolution algérienne ne sera mise à mal que par la création, en 1960, de l’état-major général de l’ALN sous le commandement du colonel Houari Boumediene. C’est cette instance qui parviendra, progressivement, à supplanter les «3B». Il est établi, à cet égard, que c’est l’état-major général de l’ALN qui, depuis la proclamation de l’indépendance nationale en 1962, s’était assuré de la réalité du pouvoir, se servant, cependant, de la couverture politique de M. Ahmed Ben Bella, alors figure emblématique de la Révolution. Cette brève rétrospective historique n’est pas superflue pour comprendre comment l’interférence de l’armée dans le champ politique en est venue à constituer une donnée co-substantielle à la fondation de l’Etat moderne en Algérie. Examinons, à présent, le premier volet de cette contribution. Au lendemain de l’interruption du processus électoral, en 1992, l’armée algérienne, pour son rôle dans l’épisode considéré, avait fait l’objet d’attaques en règle jusqu’à être assimilée, parfois, à une armée de «pronunciamiento », ses chefs étant affublés du qualificatif de «junte» au sens le plus négatif du terme. A l’époque, pourtant, l’origine sociale des officiers généraux et de leurs collaborateurs immédiats était des plus modestes, essentiellement rurale. Leur comportement social n’était pas, particulièrement, ostentatoire, sujet à critique marquée de l’opinion publique. Il ne faut pas, certainement, céder à une forme d’idéalisation excessive de l’institution militaire. Certains chefs militaires, pas la hiérarchie en tant que corps social, s’étaient, certes, distingués par des comportements pathogènes qui ont pu contribuer à discréditer la corporation dans sa totalité. Mais ce qui doit retenir notre attention, ce n’est pas l’histoire liée aux modes individuels, c’est la société militaire à travers l’analyse de la structure dite «Commandement» qui est une de ses composantes essentielles. Issus de l’Armée de libération nationale, les chefs militaires de l’époque avaient, pour la plupart, complété leur formation dans les académies nationales et étrangères et il existait une homogénéité interne relativement solide au sein de la hiérarchie. Jusqu’à une heure tardive, une certaine ligne de fracture a bien existé entre officiers dits de l’Armée française et officiers dits de l’Armée de libération nationale faisant se juxtaposer, d’ailleurs, clivages idéologiques et techniques. Cette ligne de fracture s’est, à présent, estompée. Au plan interne, également, la situation, au sein de l’armée, se caractérisait par un tassement vers le bas des grades qui a laissé, parfois, végéter les plus instruits parmi les cadres militaires. Ces clivages ont, peu ou prou, disparus face à la nécessité d’une solidarité active face aux défis majeurs apparus, d’abord, avec l’éclatement du conflit du Sahara occidental, ensuite, avec l’irruption intempestive du Front islamique du salut. Il faut garder à l’esprit, à cet égard, le fonctionnement presque démocratique de l’institution militaire, puisque le ministre de la Défense nationale de l’époque prenait la précaution de réunir, jusqu’à un niveau relativement subalterne, les cadres de l’ANP en vue de requérir leur assentiment suscitant ainsi le consensus qui permettait au Commandement d’avancer les rangs serrés. Cela peut paraître une hérésie pour une institution fondée sur l’obéissance et la discipline. C’est bien selon ce mode, pourtant, que les forces armées portugaises avaient fonctionné pour trouver leur indispensable cohésion face à des événements d’une portée bien exceptionnelle. Toujours à propos de la composante interne de l’armée, il faut noter, d’un point de vue social, que les principaux responsables militaires en 1992, chefs de régions militaires comme commandants de forces, ne disposaient pas des attributs, du prestige social et des avantages qui étaient ceux de leurs homologues, durant le règne du président Houari Boumediene. Il ne faut pas non plus céder aux prénotions. Même sous la présidence de Houari Boumediène, les chefs militaires impliqués dans les processus politiques l’étaient intuitu personae à travers le Conseil de la révolution dont ils étaient membres. Ce n’était pas l’institution militaire, elle-même qui était concernée. Les études fiables sur la composition sociale de l’encadrement militaire en Algérie n’existent pas. Il est difficile, donc, de conforter scientifiquement les constats avancés dans cette contribution. Au vu de l’observation empirique, il est excessif, pourtant, de parler de caste militaire coupée de la société. L’état d’esprit prêté aux chefs de l’ANP, à propos de l’islam, est, également, un préjugé qui ne repose pas sur l’observation scientifique de la société militaire. Affirmer que le Commandement militaire était habité par une haine pathologique vis-à-vis de l’islam, c’est méconnaître les racines sociales et culturelles, essentiellement paysannes, d’où puise sa sève cette composante essentielle de l’armée. Le Commandement militaire est le produit de la société algérienne, pas une excroissance greffée de l’extérieur. Il faut distinguer entre l’analyse scientifique et les jugements de valeur politiciens. Beaucoup d’intellectuels algériens refusent de se libérer des prénotions teintées d’idéologie qui guident leur raisonnement chaque fois qu’il est question de l’armée algérienne. Mais pour revenir au corps du sujet, ce n’est pas sans pertinence que Nacer Djabi, sociologue algérien éminent, s’était livré à l’analyse d’un échantillon de cent ministres du pays pour aboutir à la conclusion que leur profil correspondait, parfaitement, à la configuration de la société algérienne. Pour résumer ce constat, il a eu cette formule décapante de bon sens qui peut, parfaitement, s’appliquer à au Commandement militaire en Algérie : «C’est une élite tout ce qu’il y a de plus normal évoluant dans un système politique anormal.»Comment expliquer, toutefois, que face à l’émergence prodigieuse du FIS, le Commandement militaire ait fait preuve d’un manque de lucidité politique ? Ce n’est, assurément, pas dans le statut social des chefs militaires qu’il faut chercher l’explication. L’ANP, depuis l’indépendance, n’a jamais été, en fait, que l’instrument d’exécution d’une volonté politique incarnée par des chefs qui avaient revêtu l’habit civil. Instruite pour obéir, l’ANP n’a pas exercé le pouvoir directement. C’est pourquoi elle n’a jamais pu accéder, en profondeur, à la compréhension des phénomènes politiques et économiques liés à l’évolution de la société. Elle s’est développée sur la base d’un modèle de formation axé, presque principalement, sur les connaissances techniques. L’encadrement militaire n’a pu accéder, ainsi, à l’intelligence des phénomènes de société que sous forme d’agrégats. Le fameux Commissariat politique de l’ANP, excroissance héritée de l’Armée de libération nationale, servait à délivrer des messages pour l’environnement extérieur plutôt qu’à consolider la formation intellectuelle des cadres militaires. Confrontés à une vacance de fait du pouvoir politique, les chefs militaires, pour affronter la crise qui avait éclaté en 1992, s’étaient trouvés armés d’un patriotisme intuitif mais démunis de la capacité d’anticiper le futur à travers l’accès raisonné à la logique des phénomènes historiques, politiques et économiques. Le président Houari Boumediene qui avait bien retenu la leçon de son différend avec le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) — ou officiaient les «3B» — cantonnait l’armée loin de la politique, s’en servant, seulement, comme d’une arme de dissuasion contre ses opposants politiques. L’ancien ministre de la Défense nationale, le général Khaled Nezzar, rappelait, à cet égard, tout récemment, une formule imagée du président Houari Boumediene : «L’armée c’est le gourdin avec lequel il faut faire peur aux forces réactionnaires !»
M. C. M.
(A suivre)

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2011/06/22/article.php?sid=118962&cid=41

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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