Cela s’est passe un jour/ Aventures, drames et passions celebres
Hommes et femmes au destin prodigieux (64e partie)
Par K. Noubi
Résumé de la 63e partie : Le bateau «Le Français» est avarié au cours d’une mission de sauvetage. Charcot est contraint de le vendre et de rentrer en paquebot en Europe.
De retour en France, il est surpris par l’accueil qui lui est réservé : la presse parle de lui, le gouvernement le félicite, la Marine lui est reconnaissante d’avoir rehaussé le prestige du pays, l’Institut propose de l’honorer. Mais lui se moque de cette reconnaissance et des honneurs : tout ce qui l’intéresse, c’est la recherche, le voyage et, bien sûr, l’aventure. Maintenant sa voie est tracée : il ne lui reste plus qu’à la suivre. Tout ce qui peut le retenir, ce sont les moyens.
Il va commencer par solliciter l’aide de ceux qui l’ont honoré, mais personne n’est disposé à lui donner le moindre sou. L’aventure, ce n’est pas du sérieux ! Il doit donc, s’il veut réaliser ses rêves, ne compter que sur lui.
Il mettra du temps, mais il réunira l’argent nécessaire (780 000 francs-or) pour la construction, en 1907, d’un nouveau navire.
Il lui donnera cette fois-ci un nom à la mesure de ses ambitions et de ses rêves : «Le-Pourquoi-Pas ?»
Ce bateau est plus puissant et plus confortable que le précédent : il s’agit d’un trois-mâts de 800 tonneaux, long de 45 m et large de 10, avec une machine à vapeur de 550 chevaux, pouvant fonctionner à la fois à la voile et à la vapeur. Le bateau est doté de neuf embarcations de sécurité ; l’équipage – vingt-six membres sont prévus – ; dispose d’un poste très spacieux et confortable ; des cabines pour l’état-major ainsi que pour l’équipe scientifique qui accompagnera les expéditions.
Il y a une bibliothèque dotée de deux mille ouvrages scientifiques et littéraires, trois laboratoires, une grande salle de réunion, un bar, un café… Charcot s’est efforcé aussi d’acheter les instruments de navigation les plus perfectionnés de l’époque.
«Ce bateau fait partie de moi-même», dira Charcot.
Et, en effet, il va y passer toutes ses journées, à arpenter le pont, allant d’un laboratoire à un autre, le sentant sous ses pieds, palpant ses parois, manipulant les instruments.
«Le-Pourquoi-Pas ?» commence sa carrière polaire en heurtant un rocher : la quille est avariée mais le bateau peut continuer le voyage sans difficulté. Non loin de la presqu’île de Graham, il reconnaît une terre inconnue à laquelle il donne le nom de Terre-Fallières ainsi qu’une île qu’il appelle Marguerite. Plus tard, dans une autre expédition, il découvre une nouvelle terre à laquelle il donne le nom de son père.
— vous êtes le fils du grand biologiste ?
— oui, dit-il.
On lui réserve un accueil chaleureux en France et, cette fois-ci, on lui accorde d’importantes subventions qui vont lui permettre d’effectuer régulièrement des expéditions dans l’océan Atlantique et dans l’Antarctique. «Le-Pourquoi-Pas ?» est classé comme laboratoire de recherches maritimes de l’Ecole pratique des hautes études et attaché au Muséum d’histoire naturelle. L’équipage est formé en partie de volontaires et de marins désignés par l’Etat. Les expéditions s’arrêtent durant la première guerre mondiale et Charcot va commander des chasseurs de sous-marins. Il accédera au grade d’enseigne de vaisseau et plus tard de capitaine de frégate.
Après la guerre, les missions reprennent, avec toutes sortes de travaux, portant sur l’étude des fonds marins, les observations météorologiques, l’étude de la faune… (A suivre…)
K.N

































21 juin 2011
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