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05.Métis de Dieu et du Diable (5e partie et fin)

21 juin 2011

Histoire

Histoires vraies
Métis de Dieu et du Diable (5e partie et fin)

Résumé de la 4e partie : Le commissaire – accompagné du curé – se rend chez Manuel Fragoso qu’il soupçonne de séquestrer Maria Pia…

Maria Esmeralda a vingt-sept ans, elle est là depuis dix ans. Celia n’a que vingt-cinq ans, elle est là aussi depuis dix ans. Mais ce n’est pas tout. Dans les pièces et les couloirs de cette étrange casbah mexicaine, le commissaire découvre seize enfants, prisonniers comme leurs quatre mères. Seize enfants nés dans le noir, à la lueur des lampes à pétrole, et qui n’ont jamais vu le soleil de leur vie. Qui ne savent même pas que le soleil existe, que le jour existe. Qui ne connaissaient du monde que ces cases en forme de prison et ces murs de boue séchée.
Manuel Fragoso avait enlevé sa première femme, Maria Pia, un jour d’octobre 1930. Quelques mois plus tard, elle lui avait donné une fille. C’était à présent une jolie brune de vingt et un ans, un peu pâle, et à l’esprit lent, comme les autres.
Entre-temps, Manuel avait enlevé Estrella, et puis Maria Esmeralda, et Celia. Elles aussi lui avaient donné des filles. Et cela avait décidé le tisserand à limiter à quatre le nombre de ses captives, puisqu’au bout de quelques années, les filles pouvaient remplacer les mères, et grossir son harem.
Quant aux garçons, ils fournissaient le personnel domestique dont avait besoin ce nouveau pacha. Ils filaient aussi le coton et faisaient la cuisine.
Pendant vingt-deux ans, Maria Pia, qui était restée la plus lucide des quatre, avait mûri projet sur projet pour mettre fin à cet esclavage monstrueux. Elle n’y avait jamais réussi. Son petit message était prêt depuis des années. Et, il y a quelques jours, un léger accident survenu au toit de l’une des cases lui avait enfin permis de glisser au-dehors le petit papier, minuscule bouteille à la mer, dans la boue des ruelles. Le message avait miraculeusement suivi son chemin jusqu’à Pedro Fernandez. Encore fallait-il que le commissaire Ribero ait de l’intuition et une mémoire remarquable.
Manuel Fragoso, l’homme au visage taillé dans du bois ancien, le saint homme, était un diable lubrique et monstrueux. La drogue l’avait aidé à maintenir captives et sans rébellion ses quatre épouses. L’ignoble geôlier les habillait de dentelle et de nylon transparent. Il était le sultan, elles étaient les courtisanes.
Les pauvres femmes ont revu le soleil, brutalement, égarées, presque folles, traumatisées à jamais. II leur a fallu du temps, et des soins, pour raconter leur captivité. Elles n’étaient pas maltraitées, du moins physiquement, mais le sultan régnait sur elles, à l’aide de fleurs de pavot.
Restaient les enfants, les seize enfants issus de ce harem.
C’était horrible de les voir tituber dans la lumière comme des oiseaux de nuit, horrible de les voir découvrir le monde et ses bruits. Illettrés, presque muets, drogués eux aussi, sans identité, enfants d’un père monstrueux.
Et c’était au Mexique en l’an 1953 de notre ère. Manuel Fragoso a terminé ses jours en prison, dans le fameux pénitencier de Mexico.
Jusqu’en 1952, cette prison fédérale avait des règlements surprenants, qui en faisaient une manière de palace pour les prisonniers. Manque de chance pour le sultan déchu, ces règlements furent abolis, l’année de son internement, et remplacés par d’autres. Il a donc connu le premier cachot souterrain, réservé aux prisonniers exceptionnels comme lui.
Mais il se confessait et réclamait le droit d’aller à l’office religieux, chaque dimanche. Métis d’Espagnol et d’Indien, Manuel Fragoso était aussi métis de Dieu et du Diable.

Pierre Bellemare

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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