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Culture : RACHID MESSAOUDI, AUTEUR D’UN LIVRE SUR LE PATRIMOINE «Le chaâbi a besoin de chercheurs»

19 juin 2011

1.LECTURE

«Dans mon livre, j’ai abordé les origines du chaâbi et donc traité du malhoun ou poésie chantée. J’ai aussi traduit quelques textes. Pour cela, je suis remonté loin dans le temps», a souligné Rachid Messaoudi lors d’une conférence-débat.


La rencontre, organisée autour de son récent ouvrage Le chaâbi dans la langue de Voltaire, a eu lieu dernièrement au centre des loisirs scientifiques, Alger. Elle était surtout riche d’enseignements. Médecin pneumo-allergologue de profession, ce natif d’Alger confie être un passionné de chaâbi depuis toujours. Son livre est donc le résultat d’un travail de recherche sur des auteurs de la période XVIe siècle fin du XIXe siècle. «Je me suis attaché notamment à traduire quelques textes de malhoun tout en restant le plus fidèle possible à l’esprit de leurs auteurs. D’où le titre de mon ouvrage», a-t-il précisé. Quant au corpus étudié, il est puisé de recueils édités par l’Académie royale marocaine. «Dans ma démarche, ajoute Rachid Messaoudi, j’explique les différents modes d’écriture. Au demeurant, ces textes anciens sont très bien écrits par tous ces princes des bardes, une production sans commune mesure avec celle de poètes plus contemporains et qui n’ont pas le même souffle.» En plus de se démarquer de la poésie arabe classique par sa liberté de ton, sa fraîcheur, sa souplesse et sa fluidité, le malhoun a l’avantage d’un vocabulaire enrichi de termes berbères ou puisés du langage populaire. La profondeur et la beauté de cette poésie chantée font toute la grandeur d’un tel patrimoine. Malheureusement, le répertoire transgénérationnel a été dénaturé au fil du temps, regrette Rachid Messaoudi. Oui, cette poésie qui se distingue par sa courtoisie, la finesse et la subtilité des vers, sa richesse d’inspiration, le nondit… a été altérée par incompréhension des textes originaux surtout. «Résultat, nos chanteurs chaâbi sortent du texte, travestissent le message», constate-t-il. Et de préciser sa pensée : «En plus, il y a comme un voile mystérieux qui entoure le chaâbi, certains voulant le cantonner à Alger. Pourtant, il a de tout temps existé des chanteurs chaâbi sur tout le territoire national. On a l’impression qu’il est accaparé par une sorte de secte qui le restreint à quelques textes et des chansonnettes, alors qu’il y a en réalité plus de 5 000 textes répertoriés. A elle seule, l’Académie royale marocaine a édité cinq grands recueils dont nos chanteurs s’inspirent. Nos voisins font l’effort d’aller chercher les textes, dont ceux gardés jalousement par des familles.» En Algérie, on commence timidement à entreprendre le travail de collecte des manuscrits. «Pourtant, relève Rachid Messaoudi, ce n’est qu’au XVIIe siècle que le malhoun s’est transposé au Maroc. Aujourd’hui, ce pays est parvenu à organiser, exploiter et développer ce patrimoine de sorte à le populariser. Par exemple, ils ont pu recueillir 27 textes de Abdelaziz Maghraoui, un auteur du XVIe siècle.» Que dire aussi des nouvelles générations, quoique arabisées, qui ne font pas l’effort de chercher les textes à la source et de les transcrire fidèlement pour ne pas les déformer ? «Les chercheurs doivent s’impliquer pour corriger les chanteurs, notamment ceux qui piétinent allégrement les textes des anciens poètes», a-t-il recommandé. Parmi les déformations dont est victime le chaâbi, il est recensé toutes sortes de coquilles, de substitution des termes, de contresens… «El Anka en personne ne respectait pas l’original, mais il a au moins le mérite d’avoir posé les jalons de la chanson chaâbi. En plus, il a d’autres circonstances atténuantes liées à son modeste niveau d’instruction en arabe», fait observer Rachid Messaoudi. Mais l’erreur est de moins en moins permise aujourd’hui, à l’ère des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Les chercheurs et les artistes sont donc interpellés pour aller puiser à la source. «Surtout que le chaâbi est un riche patrimoine, avec des thèmes très variés. «Dans les textes originaux, rappelle- t-il, il y a tout un langage codé, des charades, des satires, des métaphores, des fables, toute une saga et une fresque de différents tableaux, parfois une histoire racontée bien naïvement comme El Kahoua oua lateï… Ce qui fait la force du malhoun, c’est aussi son côté mystérieux, le lyrisme et le mysticisme des poètes. Par exemple, Ben M’saïb parle de la Mecque comme d’une femme : il la glorifie, la met sur un piédestal, mais ce n’est qu’une approche poétique. Et comme la plupart de ces poètes étaient des soufis, ils ont laissé à la postérité des textes d’une grande beauté spirituelle. La plupart étaient aussi de condition modeste. A titre d’exemple, Hadjou Lafkar a été écrit par quelqu’un qui vendait de la viande hachée salée.» Rachid Messaoudi dit avoir traduit sept textes des plus connus justement pour mettre en exergue toute la richesse du chaâbi. Ce que des esprits mercantiles et rétrogrades ce cessent de piétiner. Et de dénoncer les bien-pensants et certaines situations de rente : «Le chaâbi ne doit pas se cantonner dans les oraisons funèbres et les thèmes fantaisistes. Nous avons besoin de vivre… Quant au monopole exercé par certains «puristes» de la capitale, cela risque de tuer le chaâbi. Les jeunes doivent s’approprier ce patrimoine, ils n’ont pas besoin de maîtres pour avancer, car il s’agit de créer tout en respectant l’esprit, et ne plus imiter les anciens chanteurs aujourd’hui que nous n’avons plus de chanteurs chaâbi d’envergure internationale.» Le prochain livre de Rachid Messaoudi sera un hommage à des chanteurs et musiciens algériens qui ont su maîtriser le banjo dans la chanson chaâbi. Ces portraits seront faits en parallèle à l’histoire de cet instrument, comment il a été introduit… L’ouvrage est accompagné d’un CD avec des illustrations musicales. Du bon travail académique en perspective.
Hocine T.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2011/06/19/article.php?sid=118795&cid=16

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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