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Ma mère Hadja Rabha chez Irina Bokova, DG de l’Unesco Souffles… Par : Amine Zaoui

15 juin 2011

Contributions

Ma mère Hadja Rabha chez Irina Bokova, DG de l’Unesco Souffles… Par : Amine Zaoui dans Contributions logo_imp
Edition du Jeudi 14 Avril 2011

Culture

Ma mère Hadja Rabha chez Irina Bokova, DG de l’Unesco

Souffles…


Par : Amine Zaoui

Le mythe humain le plus extraordinaire de tous les temps, c’est l’écriture. La grande lumière générée par le génie de l’homme, c’est la magie de l’écrit. Ces petites lettres dans toutes les langues,

avec leurs multiples formes, leurs figurines qui ne ressemblent à rien, mais qui nous parlent, nous donnent le vertige des sens et des sons ! Elles nous chuchotent beaucoup de choses audibles et inaudibles ! Ma mère, Hadja Rabha, avait le grand respect pour le livre. Mais, Hadja Rabha n’a jamais su qu’il existe un jour mondial consacré à la célébration du livre. Elle n’a jamais entendu parler de ce jour, de cette fête. Cette waâda (festin) ! Non plus, elle n’a jamais ni écouté, ni lu le message annuel adressé par l’Unesco aux lecteurs à l’occasion de cette fiesta. Saisissant l’opportunité de cette journée mondiale du livre, qui correspond au 23 avril, ma mère Hadja Rabha a décidé d’aller rencontrer Mme Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco. Elle voulait lui expliquer son amour pour le livre. J’ai essayé, par tous les moyens de l’éloigner de cette décision, en vain. Ma mère n’a rien contre Mme Irina Bokova, la directrice générale de l’Unesco. Au contraire, elle fut contente quand cette dame avait, en octobre 2009, vaincu un certain Farouk Hosni, ex-ministre égyptien de la Culture, aujourd’hui, poursuivi par la justice de la révolution du 25 janvier qui a déboulonné Hosni Moubarak et sa bande. Ma mère, durant toute sa vie, n’a ni écrit, ni lu un seul livre.
Tout simplement, parce que El-Hadja n’a jamais mis les pieds dans une école. Mais même si ma mère n’a jamais lu un livre, elle vénérait l’écrit. Elle n’a jamais foulé un écrit. Dès qu’elle voit un bout de papier écrit jeté par terre, elle le ramasse et le met dans les fentes de la muraille du hawch. Avec les dizaines de bouts de papier enfouis dans les fissures, notre muraille de clôture ressemble au mur des lamentations de Jérusalem. Avec fierté et extase, elle me suivait, le nez fourré entre les pages. Avez-vous essayé la lecture au parfum de la lampe à gaz ? Avez-vous dégusté la lecture aux odeurs édéniques des bougies ? Dès que El-Hadja me voyait en train de lire, elle me disait à haute voix : les livres feront de toi un homme-et-demi (Rajl wa noss) ! Dès que je terminais un livre, je me précipitais pour me mesurer contre le mur du salon. Je constate, comme à l’accoutumée, que je n’ai pas gagné un centime de plus ! Et parce que ma mère ne savait pas lire, elle me priait de lire à sa place un livre. Ainsi, je lisais deux livres à la fois, un pour moi et l’autre pour ma mère. Et depuis, j’ai gardé cette tradition : lire deux livres simultanés. Un pour moi et le deuxième pour ma mère. Ma mère, par respect à l’écrit, au livre et à la lecture, n’a jamais fait de distinction entre les livres, ceux écrits dans la langue des gens du paradis ou les autres écrits dans la langue des gens du feu, les roumis (l’gawri). Ils sont tous des gâtés ! Les fleurs du mal de Baudelaire comme la Sira d’Ibn Hicham, le livre sacré, le Coran, comme Madame Bovary de Flaubert. Nos chefs d’aujourd’hui, bien qu’ils aient été à l’école, quelques-uns ont étudié à l’université nationale ou étrangère, n’ont pas le courage semblable à celui de ma mère. Eux, font la discrimination. Ils interdisent des livres. Censurent des écrivains. Ma mère, qui fut la chef suprême de la maison, ne m’a jamais rien interdit en matière de livres. Ma mère me disait : l’État a-t-il peur pour nos enfants plus que nous, les parents ! Le livre a toujours fait peur aux tyrans comme aux peureux. L’écrit a sa force magistrale, il est le miroir de la mémoire. L’écrit est le gardien de la vérité, quand le courage fait défaut à l’oral, à la langue qui ne comprend pas d’os ! Nous sommes, disent les uns, la Oumma du Livre. Mais, en réalité, nous sommes la Oumma ennemie, et par excellence, du livre. Avant de partir à la rencontre d’Irina Bokova, ma mère,  Hadja Rabha, m’a appris ce qui suit : certes, le bon écrivain est celui qui commet de bons livres, mais c’est aussi celui qui crée de bons lecteurs. Le lecteur complice et averti. Intelligent et exigent !

A. Z.
aminzaoui@yahoo.fr

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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