Le Carrefour D’algérie
Lundi 13 Juin 2011
Soug ennsa
Par Yasmine Benbekhti
Dragueur
Partout, dans le monde et depuis la nuit des temps, des hommes et des femmes se partagent l’esfpace commun en dehors de leurs foyers respectifs. Pas toujours à parts égales mais disons que la rue appartient à tout le monde.
Dans la rue, des hommes aperçoivent des femmes qu’ils ne connaissent pas, les observent, les choisissent et, avec un peu d’audace, leur font la cour. C’est à partir de ce rituel qu’est née la drague. Des dragueurs donc, ça existe depuis toujours et dans toutes les rues du monde. Se faire draguer n’a donc rien d’offensant pour une femme. C’est comme les vendeurs ambulants qui vous interpellent dans la rue ou les mendiants qui vous sollicitent, c’est embêtant mais pas insupportable. On fait avec. Sauf que chez nous, un nouveau spécimen de dragueurs inonde nos rues, on parle là d’invasion car il n’y a aucun moyen ou chemin pour éviter de tomber sur l’un d’entre «eux». Ils ne choisissent personne, ils draguent tout ce qui bouge en jupons ou sur des talons. Peu importe leur âge, et peu importe que vous soyez jeune fille ou dame. Que vous soyez en voiture, en famille ou en couple, rien ne les arrête, ils ne vous manqueront pas. Leur stratégie de drague est de vous dire tout ce qui leur passe par la tête au moment ou vous passez par «leur espace». Et malheureusement pour nous, tout ce qui passe par la tête d’un être humain en général, n’est pas toujours bon à dire. Ce n’est plus de l’audace, ni même du courage, juste de l’ennui, ajoutez à cela un pitoyable manque d’éducation. Certains, plus conservateurs que d’autres se contentent de vous complimenter, «t’as de beaux yeux» et c’est tout. Sauf que répété 150 fois par demie heure, ça finit par taper ailleurs. Il y en a même qui abandonnent leur sentinelle à votre passage pour vous suivre. Un ami qui ne vous veut pas que du bien, vous accompagne tout au long de vos emplettes. Si seulement il pouvait garder le silence. Non, ses obscénités vous suivent jusqu’au bout. Pour ça, ils sont très créatifs et innovateurs. Si vous les envoyez balader gentiment, ils tombent amoureux, si vous montrer les crocs, courez vite au premier poste de police alentour et n’en sortez qu’escortée. Car sait-on jamais ce qui peut ressortir d’un misogyne refoulé. Que faire alors ? Les ignorer n’est pas toujours évident. Peut-être les adopter malgré soi, comme le reste du décor sordide qui fait le quotidien d’une femme algérienne.

































13 juin 2011
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