
Edition du Dimanche 06 Mars 2011
Chronique
La répression par l’insécurité
Par : Mustapha Hammouche
Chaque semaine, la méthode est rééditée contre les marches programmées à Alger. À Oran, chasse préventive aux activistes potentiels par des policiers munis de leurs photos, arrestation de journalistes…
En quatre rendez-vous, les institutions chargées d’organiser la répression ont fini par former, dans la capitale, une armée de contremanifestants du samedi.
Nul ne sait si la CNCD aurait pu rassembler, dans ses marches, un quorum significatif d’un rejet du système. Puisqu’on ne lui a pas laissé le loisir de se tester, sa force de mobilisation et celle de ses mots d’ordre restent à évaluer.
Ces rassemblements, invariablement jugulés par le procédé devenu classique de l’obstruction, de l’intimidation, de la violence publique et délinquante associées, n’expriment plus rien sinon que le pouvoir est prêt à repousser les limites de la loyauté de ses moyens de répression.
Le ministre de l’Intérieur a grossièrement tenté de légitimer cette alliance contre nature de l’ordre et du désordre : les adolescents ont défendu leur droit à “la quiétude” en chassant de leurs quartiers les manifestants… “qui appartiennent à des milieux différents et sont d’origines différentes” ! De plus, les commerçants ont demandé “à n’être pas dérangés, surtout en week-end”.
Ould Kablia nous a habitués à ses argumentations scolaires, mais dans cette intervention radiophonique de la semaine dernière, il s’est surpassé. Maintenant que les espaces publics urbains appartiennent à leurs riverains et que les Algériens de “milieux différents et d’origines différentes peuvent en être expulsés” par le voisinage, il ne reste aux mécontents qu’à aller… prêcher dans le désert.
Le pouvoir peut se féliciter de l’efficacité tactique de gestion de l’expression populaire, dans la capitale notamment. Car, comme on le voit, en usant du blocage des voies d’accès aux lieux de rassemblements, du déploiement ostensible des forces, du “baltaguisme”, il a peut-être réussi à décourager cette expression. Quand on promet, en plus de la répression, l’insécurité aux citoyens qui ont l’intention de manifester, il a, en effet, une chance de les en dissuader. S’ils souhaitent marcher, ils ne souhaitent peut-être pas en découdre avec des jeunes, parfois dotés d’armes blanches.
Mais, probablement grisé par cette “réussite”, il ne semble pas mesurer les effets à terme de cette pédagogie du mercenariat. Apprendre à des jeunes à toucher le salaire de la violence, même quand elle est exercée au profit du pouvoir, n’est pas la vocation d’un État. Ceux qui sont régulièrement appelés à sévir contre les avis opposés au régime peuvent y prendre goût, d’une part, et prendre conscience de leur fonction politique, d’autre part.
Le pouvoir pourrait avoir à subir les effets de cet apprentissage de la violence payante, à plus brève échéance que ses initiateurs ne le pensent.
Ce jour-là, sa stratégie se sera retournée contre lui. Et il sera dans l’obligation de jouer au plus violent. C’est, décidément, la seule règle que notre système sait appliquer, celle que les stratèges appellent la loi de “la montée aux extrêmes”.
La violence apprivoisée d’aujourd’hui préfigure de la violence débridée de demain. Les leçons sanglantes du passé n’auront pas servi.
M. H.
musthammouche@yahoo.fr

































11 juin 2011
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