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PLUME QUI DÉLIREDE SAÏD HILMI On n’achève jamais les artistes

5 juin 2011

1.LECTURE

Culture : EN LIBRAIRIE
PLUME QUI DÉLIREDE SAÏD HILMI
On n’achève jamais les artistes

«J’ai perdu ma mère très jeune. Donc orphelin. Une mère dont je n’ai aucune trace de son visage», écrit Saïd Hilmi dans son ouvrage autobiographique Plume qui délire. Celui qui est né Brahimi Saïd, un certain 15 mai 1939 à Azeffoun, inscrit d’emblée son récit dans la poursuite d’un rêve.


Dans le rêve d’un rêve. Et c’est là tout le tragique de la condition humaine célébrée par une lyrique de la souffrance voulue comme une thérapie. On comprend déjà mieux pourquoi, alors, Zorba le grec «danse quand il est triste». Et pourquoi Saïd Hilmi aime tant contempler les étoiles, cherchant une main dans la nuit. Eternelle quête de Nedjma. Dans son voyage initiatique, auquel il nous invite gentiment, il s’ingénie toutefois à brouiller les pistes et à nous prendre parfois à contre-pied. Sa technique d’écriture à plusieurs voix (et mains) semble celle d’un auteur facétieux, d’un Djeha pour qui l’humour va au-delà du tragique. Car il y a toujours cette blessure originelle qui incite à se transcender… Son destin, sa vie d’artiste, Saïd Hilmi nous les livre à la façon d’un conteur, d’un monologuiste ou encore par le truchement d’autres personnages évoluant dans une pièce qu’il met soigneusement en scène. Tous ces acteurs qu’il dirige ou avec qui il participe à la représentation, il les reconnaît tous à chaque fois, même s’il revient d’un long exil. Précisément, c’est ce monde-là, celui des artistes, qui permet de rêver à demain. Un printemps renouvelé pour ne jamais mourir à l’âge des fleurs. Famille nombreuse mais solidaire et aimante, père remarié, dès le départ «privé du paradis de l’enfance », le petit Saïd commence par fréquenter l’unique classe de la seule école du village perché sur une haute colline. Au loin, on voit la mer… Le décor est planté, la «fac des bergers» à Azeffoun ne peut alors que faire des émules de Si Mohand ou M’hand. «Que de poètes dans ces régions !» nous rappelle Saïd Hilmi. Il ne pouvait donc échapper à la poésie. Plume qui délire c’est aussi les couplets du barde, la mémoire du poète qui chante. Tout comme Si Mohand, l’homme qui chemine ressuscite dans la puissance créative du verbe les souvenirs heureux ou tristes. Le destin du petit orphelin change complètement lorsque la famille décide de l’envoyer vivre à Alger. Sans lui demander son avis ! Le voyageur malgré lui débarque au 20, rue Kleber, en plein cœur de la Casbah. Autre école de la vie, autres découvertes, de nouvelles amitiés pour celui qui grandit trop vite. Et puis, un jour son frère aîné Mohamed l’entraîne dans l’univers fabuleux des artistes. Parce que tout simplement «le théâtre avait besoin d’un gosse». C’était au début des années cinquante. Et c’est encore ce frère (à qu’il rend un vibrant hommage) qui l’autorise à utiliser le même pseudonyme que lui : Hilmi (mon rêve). En quelque sorte, il fait son double baptême du feu dans ce métier qui le passionne de plus en plus. Le berger poète est devenu artiste. Dès lors, la carrière de Saïd Hilmi sera riche de productions et de participations (théâtre, pièces radiophoniques, télévision, cinéma…), et surtout de rencontres avec des monuments de l’art et de la culture. Tous ces noms prestigieux, Saïd Hilmi les évoque avec émotion et tendresse tout en leur rendant un hommage particulier, qu’ils soient disparus ou encore de ce monde. Un véritable cri d’amour pour tous ceux et celles qu’il a eu le bonheur de côtoyer ou de bien connaître en toute amitié. Parmi eux Habib Rédha, Mohamed Boudia, Mustapha Kateb, Slimane Azem, Keltoum, Rouiched, El-Anka, Djamila, Krikèche, Larbi Zekkal, Guerrouabi et tant d’autres. Il les raconte, les salue, parfois en émaillant son récit d’anecdotes savoureuses qui donnent plus de relief encore à tous ces esprits brillants. A l’exemple de cette merveilleuse métaphore que seul un El-Hadj El-Anka peut inventer : «Ne fais pas la tête Saïd… même un chat peut glisser. » Oui, le livre de Saïd Hilmi est un hymne à l’école de la vie, la vraie, celle de Mustapha Kateb, de Slimane Azem, de Keltoum, d’El-Anka… La seule école qui fasse que «l’encre ne s’efface pas comme notre passé». Ah, Keltoum ! grâce à elle, l’orphelin avait enfin découvert la douceur du mot «mère». Et la musique de Slimane Azem, ses complaintes qui «étaient un tapis volant pour l’esprit». Celui qui est resté malgré tout Saïd Vouthkourdach (le facétieux) a beaucoup appris de ses maîtres, notamment l’humilité, la sagesse et ce langage d’une finesse et d’une truculence sans pareilles qu’il brode tout au long du récit. Quoi de mieux, en effet, que l’autodérision et l’humour intelligent pour brocarder l’inculture et tous les bureaucrates (les limaces) ? L’histoire de Maâyouf (le répugnant) alias M’khebta (petit fou) confirme, par ailleurs, les talents de dialoguiste de Saïd Hilmi. Ce témoignage sur une page d’histoire de l’Algérie (l’OAS et sa politique de la terre brûlée) mérite à lui seul de faire l’objet d’un scénario de film. Tous ces propos de rien (en apparence) pour dire que «les feuilles qui tombent en automne annoncent bien un futur printemps». Merci encore, Saïd Hilmi, pour toutes ces photos légendées qui permettent au lecteur de profiter de haltes fort instructives tout au long de ce merveilleux voyage à travers cette Plume qui délire. Cela aidera, c’est sûr, les jeunes futurs harraga à suivre la bonne étoile qui les (ra) mènera à bon port. Au revoir l’artiste !
Hocine T.
Saïd Hilmi, Plume qui délire, éditions Dalimen 2011, 180 pages (préface de Slim).

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2011/06/05/article.php?sid=118104&cid=16

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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