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Soudain, elle surgirait de nulle part… par Mohammed Beghdad

2 juin 2011

Contributions

Lorsqu’on atteint un certain âge dans notre pays, le seul endroit où se rencontrent le plus souvent les quinquagénaires et plus, demeure sans contexte le cimetière. Il ne se passe pas un jour sans que l’on n’apprenne la disparition d’un compagnon, d’un proche ou d’un ami.

Pour certains, c’est lors de ces solennels cérémonials que l’on croise les gens perdus de vue depuis assez fort longtemps. C’est devenu presque un rituel qui se répète à l’infini. Ce sont des allers-retours avec d’incessantes processions. C’est ce qui se déroule en assistant aux obsèques d’un collègue rappelé à Dieu la veille d’une mort subite à l’âge d’à peine au dessus de la cinquantaine. Comptez autour de vous les êtres de votre connaissance qui ne sont plus de ce monde. Vous vous rendez compte qu’une ancienne génération en train de faire ses adieux, qu’une autre est sur le point de la remplacer et qu’une troisième naît telle une fleur qui hume les premières lueurs du jour.

De nombreux amis sont emportés par la fossoyeuse à cet âge et parfois beaucoup plus jeunes. On est bouleversé et abasourdi par la mauvaise nouvelle mais la réalité est présente, pour nous rappeler que l’on est juste là pour assurer le lien de la continuité. Que l’on doit un jour ou l’autre, peu importe notre volonté, quitter ce monde fictif pour certains, pas assez durable pour d’autres. Le choc est là, on est ébranlé, on commence à marquer le pas. Notre tour surgirait tôt ou tard quelles que soient les circonstances et l’instant. Le moment ne serait jamais choisi, il peut être brutal ou en douceur.

En abordant des amis dont on n’a pas croisés les visages depuis plus d’une décennie, on se rend effectivement compte que l’érosion est passée par là, en affaiblissant, par la maladie rampante, celui qui estime être le plus intouchable. Tu as l’impression de revivre le temps mais à l’envers. Tous les antécédents évènements vécus, défilent dans votre tête à une vitesse vertigineuse. Le coin consacré à cela dans votre cerveau est considérablement éprouvé. Il est difficile d’imaginer avant de s’en apercevoir clairement le coup de vieux qui a peint en blanc pratiquement tous les collègues et amis égarés de votre champ depuis des lustres.

Le mal se déclenche de partout en vous prenant le dessus et la souffrance commence à vous envahir de tous les côtés. Les médicaments vous calment pour quelque temps les douleurs mais servent juste à retarder l’avancée infernale et silencieuse du péril. Vos cheveux sont devenus teintés en gris souris ou bien c’est la calvitie qui vous dégarnit le crâne pour ne laisser parfois que quelques bribes isolées, éparpillées ici et là et laissées au bon souvenir de votre jeunesse détériorée.

Après les émotions des premiers instants, vous vous rendez compte que les collègues, eux aussi, vous découvrent étonnamment, d’un air ébahi par le poids de l’âge qui vous déforme de l’extérieur et vous ronge de l’intérieur. C’est ainsi qu’est faite la vie, vous diront les plus croyants. Les nostalgiques regretteront toujours le bon vieux temps comme si celui-ci pourrait s’arrêter et vous faire remonter illusoirement aux moments de votre enfance. Généralement, c’est à votre adolescence que l’on désire tous y revenir, mais le temps ne peut faire marche arrière. Il ne peut se compter négativement. Il est impitoyable avec tout le monde qui filtre entre ses mains. Il est redoutable, il ne fait aucune concession pour les bons comme pour les mauvais. Il n’attend que le moment écrit pour vous entraîner vers le sort qui vous est réservé.

Avoir vingt ans, c’est l’âge où tous les rêves sont permis, où tous les espoirs sont fondés mais le facteur temps a fait son extraordinaire effet. Il est impossible d’y rester. Les rides sont apparues et les jambes commencent à trahir votre démarche. C’est la course effrénée pour reconquérir votre forme d’antan. On recherche par tous les moyens à revenir à vos moments d’insouciance mais trop tard, vous avez déjà atteint le sommet et le compte à rebours est inéluctablement enclenché. La pesanteur due à la descente vous envoie terriblement dans le vide et plus rapidement vers le bas.

Au bout, c’est l’au-delà qui vous attend. Vous ne pouvez pas y échapper quels que soient votre statut et votre renommée. Que vous avez été roi, président, chômeur, pauvre, riche ou P.dg, vous y trépasseriez. Chaque personne y passerait par là, des plus petits jusqu’aux plus grands, des nantis aux fortunés. C’est le chemin obligatoire pour tous les humains. Aucun être ne serait épargné. Le trépas ne lâcherait aucun individu qui espérait vivre au-delà des cents ans. Les plus faibles sont parfois les moins éloignés mais rien n’est prévisible avec la faucheuse. Elle peut ôter la vie à celui qui pense être le moins probable.

Le destin vous attendrait toujours au tournant. Il guette tranquillement l’heure de votre fin pour vous envoyer dans l’autre monde sans le moindre possible retour, le plus définitif où seul compteraient vos bienfaits dans ce bas-monde qui ne serait en dernier ressort qu’un furtif passage pour préparer l’irrévocable.

On a tendance à oublier vite ces instants imminents mais la lourdeur des années et la constatation de ses amis, hier vivants, aujourd’hui enterrés vous rappelleront toujours à l’ordre. Vous n’êtes pas loin de la fin. Soudain, elle surgirait de nulle part. Votre dernier souhait à exaucer est de vivre les derniers instants entourés des siens pour se parler mutuellement et s’excuser. Chaque mot et chaque phrase sont transcrits à jamais. En moins de vingt quatre heures, vous seriez sous terre pour de bon. Vous serez seul à regretter le temps perdu parfois pour rien et ne pas marquer votre court passage dans cette vie qui ne dure qu’un temps très court par rapport à l’humanité, comparé aux habitants qui nous ont précédés depuis des millions d’années.

Après l’accomplissement de la prière sur votre corps et le départ de vos accompagnateurs à votre dernière demeure, c’est juste quelques mottes de terre jetées à la va-vite sur votre tombe en moins d’un quart d’heure pour faire pointer l’endroit par quelques pierres, arrosé d’un jerrican d’eau où vous seriez enseveli pour l’éternité.

Le lendemain, la vie reprend le plus normalement son cours pour faire gratter les images du jour d’avant. On viendrait se recueillir sur vous fréquemment les premiers jours pour vous accompagner puis hebdomadairement les vendredis. Ensuite, les visites s’allongent, s’étirent pour ne devenir qu’occasionnellement les jours de l’aïd, puis plus rien.

En moins de quelques jours, le deuil est estompé de la mémoire des restants jusqu’au prochain. Ainsi va la vie, c’est un sempiternel recommencement. Demain et après demain, on évoquerait vos souvenirs et vos photos seront agrandis, mis dans des cadres et collés au mur pour ne plus bouger. Vous resteriez perpétuellement figés, vous n’êtes plus qu’une image sans âme devenue une icône pour les survivants et l’annonce de votre décès amplifiée en page de nécrologie d’un journal. Vous feriez désormais partie de la légende de la famille et des amis.

On parlerait de vous dorénavant au passé après avoir vécu au présent durant au moins deux générations si ce n’est beaucoup moins. Le futur ne vous concerne plus. Tout juste après, une première commémoration avec une pierre tombale plantée au dessus de vous et où seront inscrits vos noms et prénoms, vos dates de naissance et de décès, précédés d’un verset coranique, mais qui seront vite abimés par le climat qui va régner. Le vent, la pluie, le chaud, le froid et les saisons scelleront à jamais les séquelles qu’ils vont graver.

En moins de cinquante ans et voilà vos traces complètement gommées de cette vie qui a vu des milliards d’êtres humains dérouler. Dans peu de temps, vous ne serez qu’un lointain souvenir de cette terre qui a vu transiter des prophètes, des pharaons, des Phéniciens, des Babyloniens, des Romains jusqu’à une période très lointaine, les hommes de l’âge de la pierre, d’Adam et Eve ou celle plus récente des colonisateurs de notre pays. Seuls subsisteraient encore leurs vestiges mais pour combien de temps ? Rien n’est immortel, tout a un début et un terme. C’est ainsi le sens de la vie.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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