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Cris d’écrits… ! par B. Khelfaoui *

2 juin 2011

Contributions

On s’accorde à valoir – au sein des vivifiants auditoires – l’idée que l’homme est rentré dans l’histoire le jour où, pour les besoins de son savoir, il a apprivoisé l’acte cultuel et culturel de l’écriture «C’est Lui qui a fait de la plume un moyen du savoir. Et qui a enseigné à l’homme ce qu’il ignorait»2. Ce moyen de communication, qui connut plusieurs adaptations, allait lui permettre de léguer ses traces en racontant l’histoire de son temps et son espace.

L’écriture devient ainsi un besoin comme l’oxygène respiré, une façon de s’exprimer pour déchiqueter les bâillons, une manière d’extérioriser l’éruption à répétition de ces volcans qui le rongent et dérangent. Mais tout aussi une aventure de pénétration au sein des voies de l’homme et du seigneur. Ecrire sur la société, sur l’homme – l’être pensant et angoissant – n’est ce pas traiter d’une question générale qui est liée à la foi, à l’engagement et à la conscience de la plume «Quiconque parmi vous voit un acte détestable, qu’il essaie de le changer avec sa main, et à défaut avec sa langue, sinon, et c’est dans le pire des cas, avec son cœur»3.

Ainsi, c’est en s’aventurant à travers les merveilles de son esprit en vrai anthropologue, en fouillant les grottes de son âme tel un archéologue, en essayant de décoder les énigmes labyrinthiques caractérisant la toile de son comportement comme un psychanalyste d’épilogues, que l’homme est arrivé, ou du moins a approché – vous l’approuvez ! – la connaissance d’une humanité, dos au mur des susceptibilités, battant Sisyphement le pavé.

Les étalages poussiéreux des bibliothèques tant universelles que personnelles «n’emprisonnent-elles» pas toute la sagesse nécessaire à l’éveil d’un être piétinant pathologiquement, à chacun de ses croisements biologiques, sur les trottoirs de l’ère préhistorique. Un perpétuel recommencement d’un cercle infernal, depuis l’irréparable voire fatale tentation de la pomme maudite et le fratricide de Caïn sur Abel… ! N’est-il pas encore temps, à l’aube de ce tumultueux troisième millénaire – exception faite, vous en convenez, d’un illuminant calendrier grec non comptabilisé ! -, d’une conscience collective à même de le hisser, de ses bas fonds, vers la Cité Idéale ?

L’encre coulant à flot, telle une source inépuisable, depuis les rouleaux d’Abraham et de Moïse4 et les textes platoniciens et aristotéliciens jusqu’aux derniers cris ricochant entre les colonnes journalistiques, a-t-elle simplement irrigué des pages blanches, lesquelles, une fois séchées, se transforment – monotonie du désœuvrement oblige ! – tel un légendaire tigre des Indes métamorphosé en une banale peau desséchée, servant de tapis essuie-pieds !

N’est-il pas visible et accessible, quoique « Les plus beaux mots du monde ne sont que des sons inutiles si vous ne pouvez pas les comprendre»5, un marché de mots contre tous les maux qui s’étale devant des nez agrippés dans leurs nids en ne scrutant que les becquées de pizzerias et fastfoods…Ecriture de mémoires prévenant des déboires en ouvrant des fenêtres d’espoirs, écriture de milles et une nuits sortant l’imagination de son puits, écriture de lettres persanes osant démasquer des hyènes en soutane, écriture de contrat social contre les risques des vandales – consultations BENSALAH and Co obligent ! – écriture de «j’accuse» débusquant les dubitatives mises…de quoi inonder plus d’un salon de tartes à plusieurs cerises !

Faut-il vivre en ermite ou se résigner à écrire sur les délices des marmites ? Et ces «malheureux» intellectuels, aux parcours conflictuels, atteints de claviomanie6, doivent-ils écrire sur les papillons en voie de disparition ou sur les «Bouchers» des Balkans – sous réserve des révélations d’un Ratko Mladic pouvant déplumer un coq de quota ou noircir d’un iota une icone tachée par «la noire» de DSK -, de Sabra et Chatilla ou sur «l’insignifiant» génocide de Ghaza … ? Ou écrit-on, en «Bourgeois Gentilhomme», des livres brochés en cuir doré pour décorer l’acajou des bibliothèques Louis XIV ou des brûlots journalistiques refroidis en tant qu’emballage des sardines… !?

Désormais, puisque «Chaque ligne d’écriture est un fil tendu entre la vie et la mort»7 en dehors du chevet de l’héritier de Martin Luther King, «désenchanté» tant par l’AIPAC que par son Congress, «Pour qui sonne le Glas» de l’écriture ? Cette dernière, contraire à ses créateurs au sang mortel, qui est divinement pourvue du don homérique à la résonnance éternelle, galopera, détachée des rênes de son maitre «panthéonné», à travers des prairies blanches les irriguant de son encre noire sempiternelle, et tintera avec les cris de sa cloche sur les dômes des chercheurs et à partir des minarets des lecteurs…

Avons-nous, éphémères que nous sommes, la possibilité de percevoir les retentissements de cette écriture qui est «la seule forme parfaite du temps»8, quand bien même nous collerions nos oreilles, tels des indiens sur les rails guettant le cheval de fer, sur les pierres tombales pour déceler une communication d’outre-tombe !? Et avons-nous les capacités de placer sur orbite des cris intemporels qui résonneraient dans le silence de notre immanquable absence !?

En voici des cris, comme dans tant d’écrits, dont la sonorité a épris plus d’un esprit :

J’aime la roche solennelle

D’où j’entends la plainte éternelle,

Sans trêve comme le remords,

Toujours renaissant dans les ombres,

Des vagues sur les écueils sombres,

Des mères sur leurs enfants morts9.

(…)

Ces âmes que tu rappelles,

Mon cœur, ne reviennent pas.

Pourquoi donc s’obstinent-elles,

Hélas ! à rester là-bas ?10

*Universitaire

Notes :

1- Coran, S 96, V 4, 5

2- Jean-Michel Maulpoix, « Un dimanche après-midi dans la tête », Éditions P.O.L. 1984. p. 11

3- Hadith Charif

4- « Ces vérités se trouvent déjà inscrites dans les Écritures anciennes. Dans les rouleaux d’Abraham et de Moïse. » S 87, V 18, 19

5- Citation d’Anatole France

6- Pathologie se définissant par cette manie « maladive » d’avoir constamment les doigts sur le clavier, en quête d’un papier…

7- Jean-Marie Laclavetine, Extrait de « Première Ligne », Éditions Gallimard. 1999

8- J.M.G. Le Clézio, Extrait de « L’Extase matérielle », Éditions Gallimard. 1967

9- Victor Hugo, dernière strophe du poème « Puisque le juste est dans l’abîme »

10-Victor Hugo, première strophe

du poème « A des âmes envolées »

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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