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Réception d’images et perception de mirages par B. Khelfaoui*

22 mai 2011

Contributions

« J’en viens alors à me demander si la belle et touchante iconographie de l’Abbé Pierre n’est pas l’alibi dont une bonne partie de la nation s’autorise, une fois de plus, pour substituer impunément les signes de la charité à la réalité de la justice. »(1)

Tiens, tiens… Voila bien une citation – pour certains initiés dites-vous, hein ?- on ne peut plus claire, tellement le sel de ce qu’elle recèle comme flair, dégage tout l’arôme devant plaire à des facebookmen refusant désormais de se taire ! D’autres, peuvent, entre autres, la réduire de la sorte « l’habit ne fait pas le moine » non sans professer, du haut de leur trône idéaliste épluché d’un inutile donquichottisme, son principal cours de change: l’apparence peut être trompeuse ! Bercés dans l’illusoire couloir des mille et une nuits et dorlotés dans les isoloirs de la foire du « vouloir c’est avoir » d’un noir qui luit, en consommateurs passifs d’images iconographiques, de jour comme de nuit, nombreux furent – et en demeurent ?- les grands absents ayant, contraints, fui le prêche semant à vents restreints la miraculeuse « vouloir c’est pouvoir » voire « c’est savoir »…

Le monde était ce qu’il était avant la seconde guerre mondiale, il vit entre le printemps et cet été la réincarnation des vandales ! Deux images supposées reflétant deux mondes opposés ? L’auteur de l’intrigante voire contraignante citation précédente, ayant « divulgué » le mythe des signes, n’a-t-il pas signalé en soulignant que « Déchiffrer les signes du monde, cela veut toujours dire lutter avec une certaine innocence des objets »(2). Que gardons-nous, insoucieux ou inconscients, enfouis dans les profondeurs de notre descente jusqu’à la tombe indécente, comme « dangereux » stéréotypes greffés par des médias offensants et manipulés par d’angéliques présentatrices aux visages innocents ; voire par l’AIEA(3), à la recherche « tourmentée » de sa culture « mouvementée » dans le cocktail de capitale arabe, africaine et islamique, ayant caressé depuis 1974 le rêve d’une influente place à l’AIEA(4)?

Au gré des vents évènementiels qui se sont tragiquement multipliés, ne nous sommes-nous pas docilement pliés, avant de devoir sagement replier ? Quelle image iconographique avions-nous, en 1990, applaudie et quel sanglant stéréotype avons-nous, par la suite, maudit !? Il nous a fallu toute une fratricide décennie, pour découvrir, à la lisière entre le désespoir et l’agonie, que les promesses de « l’eau bénite» n’étaient que des kermesses de mirages sans limite. Aussi, quelle fut, en 2005, l’image que nous nous sommes façonnés sur l’accord « des dupes » concédé, tel un orphelin abandonné, à une Europe « imposante » sur le démantèlement tarifaire – heureusement que la cloche vient de sonner – ? Et par quel « merveilleux » oracle, l’image de nos hydrocarbures avait balancé, en l’espace d’une année, par miracle, de la saignante privatisation à l’enseignante renationalisation. « Quant aux œuvres des négateurs, elles sont semblables à un mirage du désert que l’homme assoiffé prend pour de l’eau, mais quand il y arrive, il s’aperçoit qu’il n’en est rien(…) »(5).

Et Al Jazeera fut ! Divorçant avec l’ancienne compagne qui remplissait nos jarres, pour qui nous avions juré fidélité jusqu’à ce que la mort nous sépare, nous nous jetâmes, corps et âmes, en éphémères éblouis par les flammes, à la merci des chaines satellitaires d’outre-mer, croyant étancher une haine « utilitaire » chez une seconde mère ! On s’amusait à se mentir mutuellement, sans oser se repentir naturellement, en avançant l’argument des « véritables » émissions, tout en dissimulant l’agrément des « adultables » permissions…

Pendant ces temps-là, perdant à jamais le holà, rares ceux qui crièrent gare pour une société multipliant ses tares et alors que « la signification devenait le mode de penser du monde moderne un peu comme le « fait » a constitué précédemment l’unité de réflexion de la science positive »(6), nous nous enfonçâmes dans des polémiques « yajouz et la yajouz » stériles en occultant la pensée scientifique vitalement utile ! Pataugeant en plein mirages, indécis, même pour nos mariages, entre l’austérité figée ou la sonorité d’un DJ, nous nous livrâmes, sous la portée des vagues, aux archétypes en vogue, en classant nos vertueux principes dans la catégorie des blagues dont la case finale n’était autre que la morgue ! Nous nous étions presque tous métamorphosés, sous une ambiance d’adaptation sclérosée, en analystes « osés » ! Nous croyions que l’air démocratique soufflait toujours de l’atlantique et nous nous blâmâmes même de notre cordon ombilical soviétique…Petit à petit, on commençait à percevoir des cliquetis. On découvrit, bien que la majorité soit sortie des facs, qu’on n’était pas vraiment dans un sécurisant et rassurant tarmac. Des « marchands » d’une démocratie cagoulée, soutenant et soutirant des monarchies pétrolées, assistés, pour se défouler, par un ensorcelant harem pharaonien qu’on ne pouvait guère refouler, se ruèrent sur un ex allié d’hier, qui fut incité – il en était maladroitement fier – à annexer son « frère » qui l’avoisinait à un jet de pierre…On comprit alors que l’image véhiculée par la CNN était loin d’être celle d’un intrépide Sindbad, qui rentrait, victorieux de ses aventures à la débandade, à l’abbassidienne Bagdad ! Depuis, bon nombre d’entre-nous, ont logiquement compris que « toutes ces «lectures» sont trop importantes dans notre vie, elles impliquent trop de valeurs sociales, morales, idéologiques, pour qu’une réflexion systématique n’essaie pas de les prendre en charge »(7). Sommes-nous vraiment, à l’aire du facebook, en mesure de lire sagement les images au new-look ? Avons-nous de solides, authentiques et crédibles tamis, aux références originales de notre patrimoine culturel et cultuel, nous permettant de distiller sans dérive, avant une quelconque consommation passive, toutes les images dubitatives, servies par nos ennemis comme nos amis ? Ou, contaminés par la maléfique paresse d’une prise en charge héritée, financée, à satiété, par un pétrole tissant une fausse socialité, cassant les bras de nos haraga par des ANSEJ et que sais-je, prêchant « qui veut gagner des millions !», nous nous sommes réduits, à des « rattrapeurs d’années » aux universités, des leveurs de main d’une APN presque sans utilité, des éducateurs forcés à remplacer la qualité par la quantité, des élus locaux totalement investis dans les susceptibilités…Bref, à des êtres ayant à fleur de peau l’incurable sensibilité !?

Avec la sérénité d’un tel héritage, notamment à l’issue de la tragique trinité « bouclage, barrage, ratissage », ne sommes-nous pas en train de percevoir, avec une certaine crédulité, les mirages dans chaque réception d’images !? Comment l’Autre nous perçoit-il ? Sommes-nous « seulement » une Algérie postcoloniale voire une Algérie d’avant et après le premier mandat ? Ou sommes-nous le produit de générations de révoltés de Jugurtha à Zabana ? Et ce monde – standardisé et normalisé au NOA(8)- qui nous entoure et nous gronde, a-t-il vraiment l’air qu’il s’en donne, ou sommes-nous sujets à des révélations wikileaks hallucinatoires immondes ?

Décoder le langage iconographique, « vendu » sous un marketing euphorique, n’est vraisemblablement pas un simple déchiffrement syntaxique ! Une image maladroitement voire faussement intériorisée, greffera fatalement une idée altérée d’une vérité subtilisée et plantera immanquablement un schème déstructuré sur la réalité d’un bain phénoménique(9) terrorisé, qui, ricochant entre les murs de notre boite crânienne, nous téléguideraient, tels des somnambules, en nous précipitant vers les cascades lucifériennes. Dépoussiérons donc, en sages, nos images pour reformuler le puzzle de nos idées figées voire nos préjugés ! « Le masque est tombé du masque, le masque est tombé… »(10). Amen…

*Universitaire

Notes :

1-Roland Barthes, «Mythologies», Editions du Seuil, 1970, p. 97

2-Roland Barthes, « La Cuisine Du Sens », Le Nouvel Observateur, 10/12/1964

3-Appareil Idéologique de l’Etat Algérien

4-Agence Internationale de l’Energie Atomique

5-Coran, XXIV-39

6-Roland Barthes, op. cit. « La Cuisine Du Sens »

7-Ibid., même article

8-Nouvel Ordre Américain

9- « Phénoménisme » doctrine philosophique n’admettant que des phénomènes comme objet d’expériences

10-Mahmoud Darwich

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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