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Football, quotas, binationaux et France à bout de nerfs par Akram Belkaid: Paris

20 mai 2011

Contributions

« Beaucoup de bruit pour rien». Telle est la conclusion que l’on pourrait être tenté de tirer à propos de l’affaire des quotas qui a agité le football français ces deux dernières semaines. En effet, personne ne devrait être sanctionné et il est acquis que le sélectionneur Laurent Blanc restera en place. Certes, il est possible que certains

membres de la Direction technique nationale (DTN) française et de la Fédération française de football (FFF) soient rappelés à l’ordre mais, dans l’ensemble, le scandale semble se dégonfler comme un ballon de baudruche. Du moins en apparence…

Car il ne faut pas se leurrer. L’affaire va laisser des traces. Parions d’ores et déjà qu’elle rebondira dans quelques semaines ou dans quelques mois. Il suffira d’un rien. Que la presse relate le mauvais comportement d’un joueur d’origine maghrébine ou sub-saharienne ou qu’un joueur décline la sélection en équipe de France parce qu’il préfèrera jouer avec l’Algérie ou le Sénégal et les commentaires sur les «mauvais français» feront écho aux propos plus que déplacés à propos de la nécessité de limiter les binationaux «potentiels» dans les centres de formation.

En attendant, il y a d’ores et déjà de nombreux enseignements à tirer de ce pitoyable épisode qui mêle propos du café de commerce, ignorance et intentions discriminatoires. La première chose que l’on peut relever c’est que cette crise indique à quel point la société française est sur les nerfs, prête à s’écharper sur des questions liées à la couleur de peau et sur la banalisation des propos racistes. Il n’y a qu’à voir l’indignation de certains anciens joueurs comme Thuram ou Viera. Au lieu d’être soutenues, leurs prises de positions ont souvent été critiquées par les médias et par certains de leurs anciens coéquipiers (Dugarry, Petit). A la colère des uns, répondait ainsi l’incompréhension et l’agacement des autres.

Par les passions qu’elle a engendrées, cette affaire de quotas qui seraient appliqués à de jeunes joueurs susceptibles d’avoir une deuxième nationalité, démontre que le débat très peu républicain sur l’appartenance ethnique, nationale et religieuse, est bel et bien présent dans la société française. Pire, il l’empoisonne. C’est le résultat d’une décennie de polémiques, de petites phrases mesquines à propos de la prédominance de joueurs noirs dans l’équipe de France de football mais aussi de stratégies politiques destinées à diviser les Français et à faire de «l’autre», qu’il soit noir ou arabe, le coupable idéal afin de faire oublier l’état lamentable de l’économie et l’explosion du chômage.

Quatre années de présidence Sarkozy, quelques débats minables sur l’identité française et la place de l’islam dans la société, et voilà le résultat. Des gens à cran, qui veulent en découdre à la moindre occasion. Des contempteurs de l’engagement antiraciste qui profitent de cette dernière polémique pour essayer de prouver à quel point les antiracistes en font trop et souvent à cause de pas grand-chose. Une opinion publique qui se lasse et se laisse gagner par les idées populistes et, trop souvent, xénophobes. Jean-Marie Le Pen et Alain Finkielkraut peuvent être contents. Leurs déclarations sur le nombre de Noirs en équipe de France ont fait leur chemin.

Qu’on le veuille ou non, les propos de Laurent Blanc concernant les «Blacks» et les binationaux n’étaient pas anodins. Ils démontrent qu’on peut très bien ne pas être raciste et se laisser aller à prononcer un discours désobligeant à l’égard de l’autre. Et c’est bien là où réside le problème. A force de se focaliser sur le racisme ou la xénophobie, on n’oublie que la vie quotidienne, c’est souvent ces phrases d’apparence anodine qui irritent, heurtent, blessent et finissent par faire sortir les gens de leurs gonds. En matière de propos désobligeants concernant la couleur de peau, la religion ou l’origine, le «il n’y a pas de quoi en faire un plat » est souvent plus insupportable et insidieux qu’un racisme déclaré et assumé. Beaucoup de bruit pour rien, cette histoire des quotas ? Pas si sûr…

Par ailleurs, cette affaire devrait interpeller les dirigeants sportifs algériens. Dans un pays au nationalisme chatouilleux, il est étrange de n’entendre aucune réaction après les déclarations de nombreuses personnalités sportives françaises qui ont expliqué que si un joueur binational optait pour l’Algérie ou tout autre équipe africaine, c’était pour la bonne et simple raison que l’équipe de France A n’avait pas voulu de lui. Et de laisser entendre que, finalement, l’équipe d’Algérie pourrait s’apparenter à une équipe de France B voire à une équipe de réserve…

Laissons-là ces affirmations qui, il faut le reconnaître, ne sont pas toutes dénuées d’objectivité. Il n’est pas question de remettre en cause l’attachement de tel ou tel joueur à l’Algérie mais sachons regarder la réalité en face et admettons que nombre d’entre eux auraient bel et bien opté pour la France s’ils en avaient eu le choix. La conclusion de tout cela est simple. Il est plus que temps que le football algérien redécouvre les bienfaits de la formation. La gloire des années 1980 fut la conséquence de la fameuse réforme des clubs sportifs du milieu des années 1970 et de l’investissement dans la formation. Importer 100% de «talents» de l’étranger est une solution de facilité qui équivaut à «tuer» les joueurs locaux. Bien sûr, cela peut permettre à certains de réaliser de bonnes affaires et il faudra bien que l’on parle un jour ou l’autre de l’activisme de quelques agents pour qui l’équipe de foot algérienne n’est rien d’autre qu’un bon tremplin pour augmenter la valeur marchande de leurs poulains. Mais que fera-t-on si, demain, les binationaux franco-algériens s’engagent sur l’honneur à ne pas opter pour l’équipe d’Algérie avant tel ou tel âge de manière à donner suffisamment de temps au sélectionneur français pour les tester ? La filière des binationaux pourrait alors se tarir plus tôt que prévu et l’Algérie devra tôt ou tard redécouvrir les vertus de la formation dès le plus jeune âge. Autant le faire dès maintenant.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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