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Bechar entre malvie, populisme lénifiant et scandales financiers à répétition par Abdallah Azizi 2ère partie

18 avril 2011

Contributions

L’EAU, SOURCE DE VIE, PERIMETRES AGRICOLES ET CONTRAT DE PERFORMANCE

Etat des lieux : les potentialités hydriques ne manquent pas : le barrage de Djorf-Torba (360 millions de m3), digues de retenues, forages, sources, oueds, drayât etc.… attendent d’être exploitées rationnellement. Le périmètre d’Abadla, la plaine de la Zouzfana et les divers autres périmètres et parcelles mis en valeur ces dernières années sont à ajouter aux cultures pratiquées de façon ancestrale dans vallée de la Saoura : les agriculteurs de la wilaya de Béchar ne peuvent être exclus ni minorés dans le cadre du contrat de performance avec le ministère de l’Agriculture. Les productions aussi bien maraîchères que céréalières, mêmes modestes par rapport à celles des wilayas du Nord peuvent faire l’objet d’un développement approprié et intégrées à l’économie régionale et nationale. Avant «le pneu», les populations de la région vivaient bien desdites potentialités !? L’Arabie Saoudite avec un climat désertique plus rude que le nôtre arrive bien à exporter des céréales !? Pour rappel, la seule plaine d’Abadla était présagée dans les années soixante-dix pour être la «Californie de l’Algérie».

Actuellement 16 000 hectares sont en sommeil (en friche) dont seulement 2400 sont «mis en valeur» mais sont mal exploités: remontées de sel, inexistence de drains pour évacuer ledit sel d’où détérioration irréversible des sols, ensablement des parcelles cultivées et des canaux d’irrigation, développement de mauvaises herbes (le tamaris en particulier fait des ravages). Les terres des plaines de Zouzfana et d’Oum Chgag, les zones d’épandage du Guir à Meski (Kénadsa) sont d’une fertilité insoupçonnable et constituaient avec Abadla les principaux greniers de la région. Si ces grands pourvoyeurs de blés ne sont pas mis en valeur dans le futur proche en vue de l’après-pétrole, quand est-ce que cette région vivra de ses propres potentialités sans dépendre de ses sœurs du nord du pays ?

UNE POPULATION QUI VIT ENTIEREMENT AUX CROCHETS DE L’ETAT

La majeure partie de la population de Béchar vit au chef-lieu de la wilaya. Celui-ci compte à peu près quelque 200 000 habitants (soit les 2/3 environ de la population totale de la wilaya). Le reste (un peu plus de 70 000 habitants) est disséminé entre les ksour du nord, Abadla, Tabelbala et la vallée de la Saoura. Depuis la fermeture des mines de charbon de Kénadsa dans les années 60, la région ne compte aucune industrie et ne produit intrinsèquement rien ! Nous avons vu ci-dessus que la production agricole malgré des investissements non négligeables, demeure dérisoire, n’arrive pas à décoller hormis chez quelques individualités qui ont produit des efforts méritoires. Mais ces pionniers se comptent sur les doigts d’une seule main. Donc toute la population de la wilaya vit grâce aux dépenses de l’Etat (civiles et militaires). Même les collectivités locales (la wilaya et ses 21 communes) ne subsistent que grâce aux subsides de l’Etat. Quelques unités publiques «à caractère industriel» insignifiantes, ont fait leur apparition avant d’être liquidées et dissoutes définitivement : en tout et pour tout 2 menuiseries, 1 imprimerie et 1 briqueterie, une minoterie. Ainsi, à une population à l’origine fière, altière, mais besogneuse dans le sens noble du terme, a-t-on inculqué irrémédiablement la mentalité d’assistée. Jeunes et moins jeunes cherchent des emplois administratifs non pour produire mais pour profiter de la rente. Il serait à ce titre intéressant de savoir au niveau des administrations publiques «qui recrute qui ?». Sans jeu de mot, nous ne visons pas ici le népotisme devenu une vertu théologale (encore une !), car le responsable qui n’en use pas peut passer socialement pour «un demeuré», mais le serait certainement aux yeux de sa propre famille. Là nous visons le recrutement du personnel nécessaire au bon fonctionnement des services. La gestion des ressources humaines est désormais une science ! Recruter pour quelles tâches, combien, pour faire quoi, selon quelque organigramme, dans quel but, avec quel effectif optimal ? Nous serions certainement étonné par le nombre de gens qui seraient payés pour ne rien faire, ou par ceux qui viennent seulement émarger en fin de mois mais feraient tout autre chose dans la vie. Les notions de production et de productivité sont quasiment étrangères à la quasi-totalité de nos administrations, voire à notre culture. La rente couvre et efface les aspérités. Bien évidemment ceci n’exclue pas le chômage chronique.

Quelques projets (fort insuffisants d’ailleurs pour une création massive d’emplois) ont suscité espoir. Il s’agit d’un projet de création d’une cimenterie à BEN-ZIREG (50 km au nord de Béchar sur la route d’Oran) que financerait la SONATRACH et l’exploitation d’un gisement de manganèse à GUETTARA au nord de ABADLA (sud-est de Béchar), confiée à une entreprise chinoise. Ces deux projets qui semblent avoir été finalisés n’ont pas encore vu le jour. Et le verront-ils ? La question reste posée.

D’autres potentialités existent. La région recèle un potentiel minier et carrières important. Des études de la SONAREM ont mis en évidence plusieurs indices de substances métalliques telles que : cuivre, zinc, plomb et manganèse (cf ci-dessus). Par ailleurs il est important de signaler la présence de substances utiles prouvées nécessaires à la production de matériaux de construction (parpaing, briques rouges, pierres taillées… Certaines études datant des années 60-70 doivent sommeiller dans quelques dossiers poussiéreux au fin fond des tiroirs d’archives des services concernés. Il s’agit en particulier de projets d’exploitation à Kénadsa de gisements :

- De gypse

- De chaux

- De kaolin (argile pure pour la fabrication d’ustensiles en porcelaine fine)

Mais en dehors de ces projets connus qui n’ont jamais vu le jour, il reste néanmoins curieux tout de même qu’aucun investisseur (public ou privé) ne se soit aventuré en cette contrée apparemment hostile mais qui présente cependant des opportunités certaines, et ce, à l’exception d’un entrepreneur privé, natif de la région qui a installé avec des efforts méritoires une minoterie à Béchar et une usine de production d’eau de source sous le label de «eau de MOUGHEL».

Cette usine a connu un début d’exploitation réussi, voire fulgurant, qui avait fait descendre le prix du pack de 6 bouteilles d’eau d’un litre et demi sous la barre des 100 DA. Mais ne voilà-t-il pas que certaines difficultés sont apparues. Pour des accusations que nous nous refusons de commenter, vue que l’affaire a acquis «l’autorité de la chose jugée» le propriétaire de ladite usine fut traduit en justice et condamné à deux ans de prison ferme qu’il purge actuellement à la prison de Béchar et son usine fut fermée.

Si, des investisseurs ne se bousculent pas au portillon pour créer des entreprises ici, l’on devait se poser la question pourquoi ? Est-ce encore une fois l’effet du «repoussoir bureaucratique» ou est-ce pour toute autre chose ? Nous savons que l’exploitation des carrières (gypse, chaux, argile… par exemple) est fort possible et ne demande pas d’investissements onéreux : du temps de la colonisation, un certain RENAUD exploitait à Béchar même une carrière de chaux vive et de gypse. Un autre, Georges CHEVAUX créa à partir de rien une ferme qui existe de nos jours sous le nom de «Jardin de Janvier» et qui sert aux expériences botaniques. Si, il y a plus de 70 ans des hommes ont réussi ici même à créer des entreprises à partir de rien pourquoi en 2011 où nous disposons de tout, ce serait impossible?

LA SANTE

Il y a eu certes des améliorations en ce qui concerne les équipements et matériels d’intervention voire même un léger mieux en ce qui concerne la prise en charge des malades. Mais «la houle» ne quitte pas le secteur. Quelque 800 agents vacataires payés à l’heure depuis des années sont maintenus dans une situation précaire et comble de la précarité n’ont pas été payés pendant plus de 11 mois. Non seulement le secteur refuse de les régulariser mais se permet de les priver de leurs misérables salaires pendant une longue durée. Aux dires mêmes des responsables hospitaliers, ces agents (chauffeurs, agents de sécurité, cuisiniers, femmes de ménage..) sont indispensables au bon fonctionnement des établissements de santé, sans lesquels ses structures cesseraient de fonctionner.

A l’hôpital Mohamed BOUDIAF, «Mère et Enfant» la direction est souvent aux prises avec sa section syndicale qui l’accuse «de mauvaise gestion, de corruption et d’abus administratif» (Elwatan du 02.03.11).

A l’hôpital 240 lits «Tourabi Boujemaa», si les murs, le sol et les escaliers sont apparemment propres, les lavabos et les toilettes sont sales. Il n’y a pas d’eau chaude, voire des fois pas d’eau du tout. Les malades qui ne peuvent se lever sont obligés d’avoir leur propre pot de chambre et même un garde malade pour les aider à se mouvoir et subvenir à leurs besoins urgents parce que l’infirmier de garde (surtout la nuit), étant seul, ne peut pas s’occuper de tous les patients à la fois. En outre, les grabataires ne disposent pas de sonnettes d’appel (alarme), celles-ci ne fonctionnant pas. Les consoles lampes de chevet au-dessus de la tête des malades sont pleines de poussière laissant croire que jamais le chiffon ne passe jamais à ce niveau. Dans certaines chambres des tuyaux d’évacuation des eaux usées passent entre le plafond et le faux-plafond, aussi en cas de fuites de ces conduites on peut facilement imaginer le désastre.

Toujours au même hôpital, par suite d’un défaut technique, un ascenseur est tombé en chute libre au fond de son trou avec un agent vacataire dedans. Une malheureuse fille affectée aux cuisines, qui s’est retrouvée ballottée dans cet engin infernal avec ses marmites. Elle fut extraite difficilement de la cage métallique d’où elle s’en est sortie avec plusieurs contusions dont elle garde encore les séquelles. On lui aurait demandé de se taire et comme elle était vacataire et espérait être régularisée, elle s’est tue. A ce jour. Espérons qu’elle est régularisée au jour d’aujourd’hui. En tout état de cause, un pareil incident s’il arrive à se reproduire, risque d’être à l’origine d’un drame dont l’établissement peut faire l’économie.

L’hygiène de nos toilettes laisse à désirer. Celle de nos hôpitaux encore pire. Là, il s’agirait d’un problème et d’un tabou nationaux. Nous n’avons pas la culture de la chasse d’eau. Peut- être à cause des pénuries d’eau que nous avons subies sur une longue durée, mais sûrement, à cause de l’origine rurale de l’Algérien. Celui-ci est devenu un citadin pas tout à fait «déruralisé», autrement dit un vrai rurbain archétypal. Cela dénote aussi les carences de l’école que l’on ne peut par ailleurs charger de tous nos maux. L’exception n’infirmant pas la règle, il n’est pas rare qu’il puisse exister des «ruraux» plus «civilisés» que beaucoup de citadins. Même dans les nouvelles constructions la chasse d’eau est bannie des projets. A la cuvette turque souvent choisie d’office, on préfèrera lui associer un simple robinet d’eau courante qu’une chasse. Au-dessous de ce robinet placé à portée de main, on posera un carafon en plastique, qui deviendra à la longue une boîte de conserve crasseuse à force de passer par toutes les mains et de traîner par terre. Cette boîte serait certes suffisante pour «les petites ablutions» à la rigueur mais pas pour nettoyer la cuvette. Cette opération exige beaucoup d’eau et une brosse pour «finir le travail». Avec la chasse d’eau, c’est 10 litres d’eau qui se précipitent d’un coup dans le trou de la cuvette entraînant un maximum de matières fécales et d’urine, cuvette que l’on finit de nettoyer à la brosse ! Pourtant cela est d’une simplicité enfantine, pourquoi refusons-nous d’y penser ? Une chasse d’eau qui fonctionne à plein-temps empêche le cumul des mauvaises odeurs et celles des urines qui séjournent trop longtemps sont à l’origine des pires exhalaisons nauséeuses. A fortiori dans un hôpital, comment voulez-vous avoir des WC propres lorsqu’il n’y a qu’un seul WC pour plusieurs malades et pas d’eau ? L’établissement participe ainsi à la création de nids microbiens qui viennent aggraver toutes sortes d’infections notamment nosocomiales possibles et imaginables sans oublier celle pour laquelle le malade est hospitalisé. Il s’agit là de culture que nous devons acquérir dans notre intérêt et celui de nos enfants, sous peine de traîner encore longtemps derrière le monde civilisé.

Bechar entre malvie, populisme lénifiant et scandales financiers à répétition

par Abdallah Azizi

2ère partie

AUTOCONSTRUCTION ET LOGEMENTS NON DISTRIBUES

Pendant la décennie écoulée, le problème du logement dans la wilaya en général et à Bechar en particulier se posait avec acuité et continue d’ailleurs de se poser, hélas ! Et n’est pas près d’être résolu. Beaucoup de citoyens ont acquis des lots de terrain en zone urbaine pour construire eux-mêmes leurs habitations, entrant ainsi par cet acte

(important dans la vie d’un individu ordinaire) dans la catégorie des auto-constructeurs. Mais cette catégorie est constituée de citoyens (la majorité) à revenus modestes et classés, dès lors, comme économiquement vulnérables. Aussi, construisent-ils généralement une clôture autour de leur terrain à l’intérieur de laquelle ils érigent une ou deux pièces pour s’abriter avec leur progéniture et renvoient aux calendres grecques la réalisation du logement familial, renonçant ainsi à leur «ambitieux» plan initial et par voie de conséquence au grand rêve de leur vie. Peut-être même, en désespoir de cause, misent-ils sur leurs enfants pour finir la maison une fois ceux-ci devenus adultes. Une véritable gageure. La situation de ces auto-constructeurs a été aggravée par l’arrêté interministériel du 13.09.2008 qui les a exclus de l’aide financière de l’Etat instituée par l’arrêté du 15.11.2000. Ainsi, cette frange de la population est-elle doublement pénalisée parce qu’elle ne peut, par ailleurs, prétendre à un logement social participatif (LSP) puisque incapable de justifier d’un revenu minimum mensuel exigé par les promoteurs de cette formule. Cette situation est d’ailleurs nettement en contradiction avec la volonté proclamée par les pouvoirs publics pour faciliter l’accès au logement, même pour les plus démunis.

A côté de ceux-là, il y a ceux qui postulent pour un logement social en déposant un dossier auprès des services concernés. Cette autre catégorie serait au nombre de 10 000 environ alors que les logements sociaux réalisés et disponibles ne sont qu’au nombre fort dérisoire de 1 343 (fin 2010). Des listes ont été dressées pour d’éventuels bénéficiaires mais, depuis plus de cinq ans, pas un seul logement n’a été distribué, hormis une quantité infinitésimale pour des sinistrés de la crue de 2008… et ce, en attente «de la vérification de la situation sociale des prétendants». Des enquêtes ont été ouvertes. Enquêtes sur enquêtes qui ont duré plus de 03 ans. A vrai dire, ce nombre de logements réalisés – insignifiant comparativement à celui d’autres wilayas du Sud – s’avère donc infime au regard du nombre des demandeurs (10 000 environ, nous dit-on). Dès lors, on se demande si ce grand déséquilibre entre «l’offre et la demande» ne serait pas la cause véritable de la non-distribution desdits logements en temps opportun. Peur des troubles sociaux ? Il faut bien croire que oui, car en mettant en forme ces lignes, nous venons d’apprendre que l’Administration vient de publier finalement des listes pour la distribution des 1 343 logements en question non sans mettre en place un impressionnant dispositif sécuritaire. Ces logements, qui sont demeurés fermés trop longtemps, se seraient dégradés, auraient subi des actes de déprédation, de vols et de vandalisme.

LA SALETE ENVAHISSANTE

La ville a été qualifiée par un wali comme «la ville la plus sale du pays». Ce responsable savait certainement de quoi il parlait. Il y a d’abord la saleté intra muros que nous avons déjà décrite dans un précédent article dans ces mêmes colonnes. Cette ville est traversée en son milieu par son oued éponyme. Celui-ci, jadis vallée verdoyante aux berges ombragées, est devenu aujourd’hui une décharge sauvage et son lit une immense plaie purulente qui suppure une eau pestilentielle chargée de détritus déversés par des riverains «sans scrupules» et donc sans «civisme». Dans l’esprit de ces «non-citoyens», les crues épisodiques de l’oued joueraient le rôle naturel «d’éboueur». Ainsi, les détritus continuent de s’accumuler sur les berges que les crues «envoyées par le ciel» n’atteignent pas ou n’entraînent que partiellement. Néanmoins, pour l’impartialité, il faut croire aussi que les camions de ramassage des ordures répugnent à aller sur les berges de l’oued qui sont des pistes pas très carrossables. Ce qui fait que les riverains dudit oued ne trouveraient que le lit de celui-ci pour se débarrasser de leurs déchets. Une belle excuse ! Les autorités responsables s’en inquiètent-elles ? Oui : à vrai dire, elles s’en inquiètent à leur façon. Seulement, «s’inquiéter» dans ce cas d’espèce est-il suffisant ? Nous avons appris que «Le schéma de la gestion des déchets ménagers et assimilés» pour Bechar et Kenadsa (2 communes à quelque 20 km de distance l’une de l’autre) avait fait l’objet d’un débat en septembre 2008 ! Une opération avait été inscrite à l’indicatif de la Direction de l’environnement de Bechar pour la construction d’un CET (Centre d’enfouissement technique). Après quoi, une étude avait été confiée par cette structure à un bureau de Sétif. Etude finalisée. Lorsque la direction de l’environnement transmit le dossier à l’APC de Bechar, celle-ci s’est aperçue que le projet n’était pas conforme à la loi 01.19 du 12.12.2001 relatif à la gestion des déchets et du décret 07.205 pris pour son application. Ainsi, en contradiction des textes en la matière, la Direction de l’environnement aurait agi au lieu et place de l’APC de Bechar ! Pour remédier à cette situation, ladite APC avait remis le dossier pour étude à une association écologique spécialisée en qualité «d’expert». Cette dernière, par des observations et remarques, invalida l’étude commandée au bureau de Sétif par la Direction de l’Environnement de Bechar, et ce, pour non-conformité aux normes en vigueur. Il fut alors envisagé de créer une commission ad hoc pour régler ce problème. Mais ne dit-on pas que «pour se débarrasser d’un problème, on lui crée une commission ?». Dans ce contexte, les communes de Bechar et de Kenadza concernées par le CET susvisé attendent toujours la réalisation de cet établissement qui les soulagerait de leurs déchets. A diverses périodes de l’année et surtout en été, l’oued est envahi par les moustiques et la leishmaniose, une grave maladie inhérente à cet insecte réapparaît épisodiquement. Elle continue à faire des ravages. Extra muros, l’agglomération est quasiment entourée de décharges publiques sauvages et normales (officielles).

Il est vrai que la saleté n’est pas propre à la ville de Bechar, elle fait partie de notre environnement, celui-là même à «l’entretien» duquel nous participons tous directement ou indirectement. La saleté s’accumule dans les quartiers de nos villes et villages, des sachets plastiques pleins ou vides envahissent nos belles campagnes, se «baladent» dans nos rues et coins de rues pour venir jusque devant nos portes et sous nos fenêtres pour nous narguer. Si l’on ne peut tenir un maire pour responsable de l’incivisme, de l’égoïsme et du manque d’éducation de ses «ouailles», on peut, a contrario, reprocher aux pouvoirs publics de ne rien faire médiatiquement (ou si peu) et matériellement pour enrayer la saleté, sensibiliser, voire éduquer la population à l’effet de réduire un peu de cette situation catastrophique à défaut de l’éradiquer définitivement. Une situation qui s’aggrave de jour en jour de façon exponentielle. Il s’agit d’inculquer aux masses l’indispensable hygiène de leur environnement : propreté des rues et des espaces publics, maîtrise de la collecte des déchets et des ordures ménagères et ce, en attendant un traitement scientifique du problème (un vœu pieux). Par ailleurs, ceci ne nous empêche pas de rappeler en désespoir de cause (autre vœu pieux) l’éternelle question : à quand la mise à niveau de l’école publique dans les programmes de laquelle figurerait en bonne position l’instruction civique ?

L’aspect particulièrement «clochardique» des abords de oued Bechar est accentué par les stigmates encore visibles de la crue inaccoutumée d’octobre 2008 qui a ravagé une bonne partie des habitations en zones inondables. Certaines de ces habitations sont devenues, depuis, des ruines incrustées dans «le décor» qui donne à la ville son aspect de cité bombardée ou ayant subi un violent séisme. Dans ce décor de ruines «panoramiques», un pont reliant Bechar au «Quartier 8» a été dressé en catastrophe au lieu et place d’un passage submersible et dont les travaux ont duré néanmoins une éternité. Vu les efforts fournis, la montagne semble avoir accouché d’une souris. Ce pont, que nous hésitons à qualifier «d’ouvrage d’art» (par référence au jargon de la profession), ne serait, d’après les spécialistes, vu sa conception basse en pente abrupte vers le quartier 8, qu’un nouveau goulot d’étranglement propice à de nouveaux dégâts en cas de crues éventuelles, même de moyenne importance si, bien sûr, il n’est pas emporté par l’une d’elles. Dans ce cas d’espèce, même les profanes savent depuis belle lurette (vécu oblige !) que les ponts qui franchissent les oueds au Sahara doivent être conçus le plus haut possible avec des arcades les plus larges, vu l’imprévisibilité et surtout le volume phénoménal de certaines crues. A moins que les concepteurs de l’ouvrage susvisé ne le voient que comme un simple radier virtuellement submersible !? Dès lors, on se posera la question : quelle serait donc l’utilité d’un tel ouvrage en cas de crue s’il n’y aura pas passage à sec ?

LE TONNEAU DES DANAÎDES

Pourtant l’Etat n’aurait pas lésiné sur les crédits pour assainir cet oued dont l’insalubrité permanente en milieu urbain présente un danger non négligeable pour la santé de la population (voir supra). Pour ce faire quelque 20 milliards de cts auraient été débloqués en 2007 sur le sectoriel de l’hydraulique. D’autres opérations avaient précédées celle-là sur le PCD de la commune, soit 6 millions de dinars en 2006 et 8 millions en 2007. Puis il eut la crue exceptionnelle d‘octobre 2008. Celle-ci fut à l’origine de la précipitation des quelques travaux réalisés sur le site : les autorités au plus haut niveau de la wilaya, évoquant «des mesures d’urgence» auraient fait appel à quelque 18 entrepreneurs à qui on aurait fixé des tâches précises et qui auraient intervenus dans l’oued et sur ses berges. Mais «un malheur n’arrive jamais seul» dit l’adage : ne voilà-t-il pas qu’un scandale financier éclate au niveau de la direction de l’hydraulique «entraînant l’inculpation et l’incarcération de certains agents de ladite direction dont le directeur». Du coup, les 18 entrepreneurs auxquels les autorités auraient fait appel dans le cadre «des mesures d’urgences» sont-ils devenus suspects et mis sous contrôle judiciaire : la justice leur aurait reproché d’avoir conclu des contrats contraires au code des marchés publics (des marchés de gré à gré irréguliers). Les travaux sont encore une fois remis en cause (cf supra). Sur les ondes de la radio locale, des responsables et des élus locaux s’égosillent en explications et en justifications de toutes sortes sur ce déplorable état de fait : quand ils ne sont pas très convaincants dans leurs argumentaires, ils excellent néanmoins dans le style «langue de bois» encore cher à certains partis. Le statu quo demeure. Devant un pareil imbroglio où les affaires publiques prennent ce genre de tournures au détriment de l’intérêt public, quand ces affaires pâtissent de l’incompétence de certains responsables et que cela dure, ne sommes-nous pas en droit d’évoquer encore une fois la malédiction et se tourner vers le ciel ?

LE PNEU NOURRICIER

La population de Béchar et celles de l’ensemble du sud-ouest sont nourries «par le pneu» expression consacrée ici, pour dire que tout vient du nord du pays grâce à la route et donc «au pneu». Quelle belle invention donc en effet que ce pneu ! Invention salvatrice s’il en est autant que salutaire. Néanmoins, il est absolument nécessaire d’associer à cette merveille qu’est le pneu, le «tapis» de bitume. Sinon la portée socioéconomique voire psychologique autant qu’allégorique du premier serait bien limitée. Le pneu! Ce miracle! Cette bouée de sauvetage ! – Bouée de sauvetage ?-Oui ! En tout cas pneu et bouée de sauvetage se ressemblent étrangement et concourent au même but et sont mêmes parents quelque part !

En effet, à l’approche de chaque fête, les gens avisés se précipitent vers les marchés pour s’approvisionner à l’avance en légumes et fruits malgré des prix qui s’envolent en «ces heureuses» circonstances pour atteindre des sommets vertigineux. Cette course effrénée à l’approvisionnement dure pendant les sept ou dix jours environ qui précèdent les fêtes. Après celles-ci, ce sont les étals et éventaires des magasins qui demeurent désespérément vides, jusqu’à la reprise des «bienheureuses rotations des pneus». A titre d’exemple la pénurie des fruits et légumes qui a suivi le Aïd-el-fitr dernier a duré une bonne semaine, plongeant dans le désarroi les moins prévoyants qui ont fait les frais d’une insouciance ô combien inexcusable ! Ces pénuries à répétitions qui reviennent à chaque fête et avec acuité mettent en exergue l’absence criarde de la quasi-totale des agriculteurs de la wilaya, dont le nombre à l’heure actuelle avoisinerait les 13 000 fellahs ! Les crédits investis dans le secteur pendant la décennie écoulée se chiffrent en milliards. Aucune contrepartie tangible de ces investissements considérables ne peut être notée. Le secteur demeure toujours déficitaire. Il y a deux ans un bruit a couru dans le public que des «magouilles» concerneraient presque la moitié des agriculteurs inscrits à la chambre agricole de Béchar soit : 5600 sur les 12 000 inscrits. Une enquête avait été déclenchée par les services de la wilaya qui avaient saisi pour la circonstance la brigade économique de la Gendarmerie nationale. A ce jour les résultats de cette enquête ne sont pas connus. Est-ce à cause de «l’effacement» de la dette des fellahs décidé par le président de la République qui aurait rendu caduque cette enquête ?

Trouver un palliatif à l’insécurité alimentaire semble être l’un des objectifs importants des pouvoirs publics au plus haut niveau de l’Etat. Aussi, le «deal» de performance contracté par le ministère de l’Agriculture avec les agriculteurs pour des rendements qualitatifs et quantitatifs en vue de l’autosuffisance sur le plan national ne semble pas avoir concerné la wilaya de Béchar qui serait, a-t-on appris classée «zone dattière». Mais ceci ne saurait la dédouaner d’assurer d’autres productions que la datte. Le soutien aux fellahs de cette wilaya sous forme d’allocations dans le cadre du FNDRA est loin d’être négligeable et ce, depuis le début des années 2000. En toute logique, ce soutien aurait dû donner ses fruits aujourd’hui (11ans après). Ne serait-ce qu’en ce qui concerne le palmier. En principe, celui-ci commence à produire à partir de cinq ans après avoir été planté. Donc les palmiers plantés en 2003-2004 et avant auraient dû donner leurs premières productions à partir de 2008-2009. Or, sur les marchés de Béchar, pendant ces années – et la saison des cueillettes 2010 a correspondu cette année avec le mois du ramadan – il n’y avait que des dattes d’Adrar et de Ghardaïa, puis vers la fin de la saison, il y eut celles de Taghit. Mais pour l’apport de Taghit il s’agit d’un classique qui ne semble devoir rien du tout au soutien «FNDRA» ou très peu : cette superbe oasis a été de tout temps une pourvoyeuse de Béchar de ses excellentes dattes prénommées «feggouss». Par ailleurs, on peut se poser légitimement la question de savoir où sont donc les dattes des quelques «quatre millions de dattiers» que les services agricoles se targueraient d’avoir planté à travers la wilaya dans le cadre du programme FNDRA ou autres ? Cela fait beaucoup de questions qui restent sans réponse.

Malgré l’apport, (néanmoins modeste) de certains autres cultures dont les expériences ont avérées leurs productions positives (comme l’olivier par exemple), il n’en demeure pas moins que l’on ait fini par se convaincre qu’en cette région, c’est vers la phoeniciculture qu’il fallait revenir. En fait, si la nature a fini par imposer ses droits, elle a aussi mis en exergue l’évidence ancestrale qu’un retour aux sources est une vertu qui a été quelque peu occultée un peu à la légère. On a donc amorcé un retour au dattier que l’on s’est mis à développer dans son contexte naturel, ce qui implique en aval, le développement des cultures sous-jacentes à ce dernier en essayant d’utiliser les techniques scientifiques qui ont fait leurs preuves. Surtout en matière d’irrigation : quelles techniques pratiquées en l’occurrence ? Est-ce que celles pratiquées actuellement seraient bien celles qui conviennent le mieux à cet arbre prodigieux du désert ? Nous avons nommé le goutte-à-goutte. Certains spécialistes doutent beaucoup de l’efficacité de cette technique pour l’irrigation du dattier, système prématurément fort encensé par ses adeptes. Indubitablement le palmier qui dispose grosso modo de quatre catégories de racines a besoin de beaucoup d’eau et une assiette humide quasi-permanente. Celle-ci permet à ses racines de «nutrition» de se développer et à ses racines «d’absorption» de plonger jusqu’à une nappe hydrique indispensable à sa survie : le proverbe dit que « le palmier vit les pieds dans l’eau et la tête au feu du soleil». Par ailleurs, et nécessairement, l’irrigation rationnelle d’un dattier est conditionnée par la constitution du sol (sol sebkha, sol moyen, sol sableux etc.…) mais quel que soit le sol, la nappe phréatique est un postulat que l’on ne peut occulter, chose que les spécialistes en la matière ne peuvent ignorer. Aussi, lorsque l’on rencontre des palmiers dits «borr» qui «émergent» d’une dune de sable par exemple, il ne faut pas s’étonner : c’est qu’une nappe phréatique n’est pas loin en dessous! Le dattier constitue certainement une richesse indéniable. La seule vallée de la Saoura dans la wilaya de Béchar compte au moins une soixantaine de variétés de dattes qui attendent d’être étudiées, répertoriées et surtout développées et commercialisées pour le grand bonheur des fellahs saouris qui actuellement pratiquent une agriculture de survie. Sinon, ces variétés risquent de végéter comme présentement puis disparaître à jamais. Nous avons dans ce cas d’espèce, la palmeraie même de Béchar, qui, dans quelques années elle aura disparu complètement. Non pas à cause du manque d’eau mais à cause de l’insouciance de l’homme qui la détruit quotidiennement lui préférant la laideur du béton !

 

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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