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La révolution est-elle pour demain ? par El Yazid Dib

11 mars 2011

Contributions

            
La révolution,
disait Mirabeau, ressemble un peu à la dévotion: elle vous surprend en pleine
incroyance. Elle naît un jour, elle repart un autre. Seules ses conséquences
sont indélébiles.
Suite...

L’effroi et
l’opportunisme.Elle peut être valablement qualifiée de tout vocable. Révolution
sournoise, piégée, lente, départagée, trainarde, elle est quand bien même, chez
nous rendue possible sinon plausible. Comme une opération chirurgicale. Avec
une assistance accrue et un bon matériel, l’acte peut avoir lieu dans la
maternité du système. Ou dans une salle ordinaire. A proximité de la tête
policière. Ou même dans un cinéma constitutionnel. Cependant, la rue qui reste
interdite pour les adolescents serait vite et dans un proche avenir traduite en
une aire de jeu pour adultes. Il suffit d’un bon coup de sifflet et tout rentre
dans le désordre. La révolution ne peut se contenir dans la production d’un
silence assourdissant accompli à son tour dans des applaudissements inaudibles.
Sinon ce sera moins d’une révolte de quartier. Venir, se rassembler, parler,
ovationner et partir, seront des agissements de tous les jours. A l’école, on
le fait ainsi. A la Kasma du coin aussi.

Mais également
dans une séance de travail. Les derniers événements subis par les peuples
arabes demeurent édifiants à plus d’une tête. Chaque badaud tente justement de
se poser ce casse-tête algérien. Pourquoi notre révolution n’a-t-elle pas
réussie ? Ailleurs, à Tunis, il a fallut presque un mois, au Caire ; moins de
18 jours, à Tripoli ça continue, et chez nous cela dure depuis le 5 janvier ?

Elle ne peut, par
contre contenir une simple envie de personnes où le goût de l’aventurisme
éclairé, contre l’irréflexion d’un pouvoir établi ; sème le désarroi et le
doute aux fins confins de leurs propres militants. La révolution ne peut donc
se contenir dans une exposition conjoncturelle et intermittente sur un fond de
mimique.

Chaque camp fait
de son raisonnement une raison à sa dynamique. Sa logique ne sollicite aucune
compréhension et de quiconque. Elle ne sait faire que des classements et des
étiquetages. Avec ou contre moi. Dure logique en fin de production !
L’opposition déclarée ou celle agissant en sourdine n’arrive pas à se situer
dans toute cette démarche. Quand l’on voit un parti ameutant autour de ses
idées d’innombrables groupuscules d’entres entités dites société civile et
autres non structurées et qui n’arrive même pas à rassembler tous ses députés,
ses élus locaux, ses militants, ses sympathisants, le sentiment du tout perdu
vous gagne et le désespoir vous étrangle. Quand l’on voit un autre parti,
disons de la même obédience quasi-idéologique, faire cavalier seul dans un vase
clos, sous la climatisation d’une salle que l’on peine à remplir, l’inouïe et
l’étrangeté vous étouffent. Mais ou sommes-nous, dites vous ?

Encore une fois
la révolution, si elle est préalablement un acte réfléchi et organisé, elle ne
peut être toutefois un acte grandement collectif. Il y a ceux, qui dans un
cercle restreint ; la réveille, la jette dans la rue comme disait Benmhidi, et
au peuple, aux masses, à la grande majorité d’en faire un soulèvement rasant
toutes les tables. Celle-ci donc, à l’heure actuelle n’est pas le propre d’un
seul parti. Elle doit pour son éclosion réunir l’ensemble des actants de la
scène nationale. Des partis dissous, non agrées à ceux en course légale pour le
pouvoir. Car ce pouvoir n’est pas, à revoir la lecture de ses tendances, apte à
aller de l’avant. Il semble se refuser à toute conversion à même de provoquer
indubitablement sa disparition. Mais cher ami, la disparition est déjà, tel un
atome viral dans les intestins de ce pouvoir dès le moment où il s’enfonce en
porte-à-faux avec la revendication nationale unifiée et unitaire. A la longue,
la résistance au changement s’épuisera par ceux-là même qui tentent de la
maintenir. Les exemples sont légendes. Rien n’est plus clair que de scander une
véritable rupture avec un fonctionnement public usé et métastasé. La quasi-totalité
des walis qui commencent à être conspués, se trouve dans une impotence mais
vraiment physique. Outre l’âge, l’effort n’a pu tenir compte des exigences du
terrain. Il existe des potentats de ce rang ; invalides, presque estropiés.
Grabataires, marchant avec un ménisque, une migraine chronique, une toux
bruyante, une myopie professionnelle, ces gouverneurs se maintiennent à leur
corps-dépendants. Comme ces ministres, qui par leur longévité défiant les
affres du temps, sont devenus les symboles vivants d’un passé refusé et d’une
actualité décriée. L’innovation est arrivée à saturation chez eux. Que dira
encore un Benbouzid sur l’avenir de l’école algérienne ? Quelle reforme
proposera t-il si l’école va le subir encore une ou deux années ? Quelle politique
d’emploi Louh, va-t-il encore initier en faveur de cette production juvénile
universitaire destinée droitement vers le trottoir et le facebook ? Et son
collègue de l’enseignement supérieur, que fera t-il en face de la détermination
ferreuse de ces jeunes étudiants en éternelle grève et boutade de cours ? Le
changement s’il n’avait pas été une qualité divine, nous aurions douté de son
utilité. Voyez, le Dieu tout puissant pour enfin instaurer une religion
définitive, est passé par des cent aines de chefs de gouvernement et autant de
ministres. Entendez avec cette nuance métaphorique prophètes et messagers.
Chacun y est venu est parti avec ses tables, son livre ou son miracle.     

Ceux des nôtres,
ceux de ce jour, n’ont pour seuls outils miraculeux que « le programme de
fakhamatouhou ».

Alors il ne
faudrait pas se fier à des apparences, ou à des confidences dispatchées à
destination de l’incrédulité, encore moins à des intentions non élucidées. Si
tout indique qu’une révolution aura lieu à Alger, l’analyse d’indices se tait
quant à l’heure fatidique. Selon Benbitour « tous les ingrédients pour celle-ci
sont disponibles ; il ne reste d’un déclencheur » ou le trouver ? Suivez mon
regard vers les entrailles du système et non dans les boulevards ou l’espace de
la place fortifiée et fermement protégée du 1 mai. Là, dans ces lieux, la
révolution ne naitra pas, mais se durcira et se sacralisera. Meyden eltahrir
n’a pas été la salle d’accouchement de la révolution égyptienne, il en fit
office d’une pièce de soins intensifs et de maintien en vie le nouveau-né. Tous
les moyens sont bons pour le rendre viable et invulnérable à toute injection de
virus nosocomial ou pilule d’avortement. « L’élément déclencheur » ne se
fabrique pas forcement dans un laboratoire algérois ou dans les sièges
centraux. La grogne est tellement tenace, qu’elle se répand un peu partout.
Réduits à une échelle toutefois localisée chez un ou deux partis, à une ou deux
associations, dans une ou deux wilayas, les prémices de la colère gagnent petit
à petit, au grand jour, le cœur des masses silencieuses. Quand des slogans
ayant fait tomber les régimes les plus durs dans la sphère arabe, résonnent
dans les stades, dans les aires de jeu, comme un amusement, le fait de scander
« echaab wourid iskat ennidham » est un peu prémonitoire. Croyez-moi, j’ai vu
des bambins de 4 ans les crier. Certainement sans aucune connotation politique,
mais par effet médiatique télévisuel. A la limite d’un jeu, d’un amusement.

Le pouvoir n’a
t-il pas d’autres issues que de partir ? Autrement, par une transmutation
progressive et rapide. Changer un gouvernement n’est pas une action de remise
en cause. Réactiver les partis, y compris le FIS, sous un autre substantif et
avec une autre substantialité (c’est cela que je visais dans l’une de mes
chroniques qui aurait provoqué une équivoque de compréhension), n’est pas une
concession, mais une reconnaissance de droits légitimes. Agréer tous les
autres, permettre l’exécution des effets politiques engendrés politiquement par
la levée de l’état d’urgence n’est qu’une remise en place des choses dans leur
idéal démocratique. Alors, pourquoi cette attente ?

Sur le plan des
dernières mesures promettant de l’emploi et autres dispositions renflouant les
poches crevées des chômeurs, ne vont pas dans un ordre de long terme. Ceci va
calmer, un temps l’ardeur d’une foule, mais attisera celle de celle que l’on
bloque devant les bureaux déjà bondés de l’ANSEJ, de la CNAC, de l’ANEM où le
seul dépôt d’un dossier pourtant minimisé n’octroie pas immédiatement la chose
promise. L’on y promet encore de revenir une autre fois.

Et ces étudiants
qui obstruent un ministère et prennent son ministre en otage ? Et ces cheminots
qui refusent de faire démarrer leur draisine ? Et ces personnels, médical et
paramédical ; qui ne s’arrangent pas pour continuer à pratiquer leurs actes
hospitaliers ? Et cet effectif communal qui attend l’intégration statutaire et
s’obstine avec nonchalance à collecter les déchets ménagers pour rendre
salubres nos rues et placettes ? Et ces mouvements des pétroliers de Sonatrach
, des médecins résidents ? Et ces coupures de routes dans les bourgs et les
bourgades ?

Et ces marcheurs
à qui l’on refuse chaque samedi de faire leur ballade urbaine ? Enfin il est
aussi question de tous ces partis, nonobstant leur amplitude populaire et qui
ne vont pas se cantonner dans une résignation à assimiler comme une volte-face
ou pire, à une reddition, voire une trahison. Ils vont accentuer la pression
mettant à leur compte, le jour où toute cette accumulation colérique éclatera
au grand jour. L’on a beau à se fixer des objectifs éphémères par le partage de
la rente pétrolière sous forme d’aide, d’assistance et de petits crédits
bancaires. Même la femme au foyer sans qualification a son quota, pourvu qu’elle
fasse la demande, le dossier, la queue, l’acte d’aller, de revenir, de voir, de
revoir et ainsi de suite.

Un semblant
d’attentisme positif. Et après ? Il est inconcevable pour un pouvoir de
s’obstiner d’aller à contrario des attentes de ses masses, encore de ses
formations politiques. Tout le monde sait, cette fracture génétique qui déchire
l’œuvre voulue unifiée d’une opposition malade. La solution à tous ces marasmes
ne peut provenir du seul fait du pouvoir ou de la puissance publique. Cette
solution doit être imagée par tous, à peine de rejet et de manque d’adhésion.
Le rôle d’une opposition n’est-il pas d’ailleurs de faire sortir tous les
écarts de management ou d’approches dans une décision prise par la majorité ?
Les banques, l’administration, la télévision, dépendant du domaine public ont
tous été mis à contribution pour l’application de ces mesures. Si dans leur
sens fonctionnel, celles-ci seraient aptes à résorber l’angoisse populaire, la
couverture politique était absente cependant pour leur octroyer ce caractère
utile les légitimant. Même les partis de l’alliance, se sont contentés par
communiqué laconique d’exprimer leur satisfaction brute et simpliste. Alors
qu’ils devraient donner au moins l’impression qu’ils ont la paternité politique
de cette batterie de dispositions. Un ratage.

Alors ce sont
tous ces ingrédients variant les uns que les autres, qui rajoutés à la surdité
d’un pouvoir jouant aux financiers et urgentistes ; qui font venir en lenteur
cette révolution sournoise, pernicieuse, pertinente vicieuse qui s’annonce à
p’tits carillons. Pour demain.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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