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YOUNÈS ADLI, ÉCRIVAIN, À L’EXPRESSION «L’Islam de nos ancêtres refusait l’amalgame» Entretien réalisé par Aomar MOHELLEBI

6 mars 2011

1.LECTURE

YOUNÈS ADLI, ÉCRIVAIN, À L’EXPRESSION «L’Islam de nos ancêtres refusait l’amalgame» Entretien réalisé par Aomar MOHELLEBI dans 1.LECTURE logodzprYOUNÈS ADLI, ÉCRIVAIN, À L’EXPRESSION
«L’Islam de nos ancêtres refusait l’amalgame»
Entretien réalisé par Aomar MOHELLEBI  - Dimanche 06 Mars 2011 – Page : 19

P110306-03 dans 1.LECTURE  

Dans cet entretien, Younès Adli, docteur en langues, littératures et sociétés nous parle de son nouveau livre, La pensée kabyle, paru cette semaine aux éditions l’Odyssée.

L’Expression: Comment l’idée d’écrire un livre sur la pensée kabyle est-elle née?
Younès Adli: D’entrée, que cela soit clair entre nous: la pensée kabyle reste la fille de la pensée amazighe, jusque-là qualifiée assez improprement de berbère. Maintenant pourquoi ce choix porté sur la

pensée kabyle, comme vous le formulez dans votre question. Vous aurez constaté par vous-même qu’il n’y a jamais eu d’ouvrage (du moins connu de nous) sur la pensée amazighe et que le mien se veut être le premier qui aborde la pensée kabyle, mais avec certains balisages, en somme inhérents à toute recherche.
Il tente d’aborder, en effet, «les efforts de préservation» de cette pensée, et seulement pour les périodes des XVIIIe et XIXe siècles. Les raisons qui ont guidé mon choix sont principalement au nombre de deux. La première repose sur un souci, qui dès que vous parvenez à le surmonter, devient une clé: c’est celui de l’écrit. Aussi, en remontant ne serait-ce qu’à la période phénicienne (car la pensée amazighe est bien antérieure à cette période), en tant que chercheur, vous vous retrouverez fatalement en face de cet écueil de l’écrit qui n’est pas des moindres.

Pourquoi donc cette fixation sur l’écrit?
C’est une évidence éculée, ma foi, la recherche universelle privilégie d’abord les écrits. Sur un terrain scientifique, il vous est plus facile de convaincre avec des écrits qu’avec des arguments oraux. Dieu merci, ces derniers temps, et c’est un pas nouveau que vient de franchir la recherche, les corpus oraux commencent à être prudemment reconnus, après donc cette longue période de «règne» des corpus écrits.
En remontant à cette proximité historique que constituent les XVIIIe et XIXe siècles par rapport à toute la période qui a précédé la période phénicienne, mon problème de l’écrit m’a été résolu par pas moins de cinq ouvrages de valeur, produits par des Kabyles.
Dans ce tome I, il s’agit de la er-Rihla -la relation de voyage- de Houcine El-Warthilani, du Livre de la Rahmaniya de Sidi M’hamed Ben Abderrahmane Bou-Kobrin, des écrits de Mohamed Ben Belkacem Ezzwawi (Ezzougaghi, par déformation du nom, pour les Français) sur l’histoire de la région, sauvés de l’oubli et traduits par N.Robin, de errissala -l’épître- de Mohand Saïd Ibnou-Zekri et enfin les manuscrits de Cheikh El-Mouloud Oulahbib. Ces trésors d’écriture m’ont éveillé à l’apparition d’une pensée critique qui a été jusqu’à suggérer un héritage berbéro-musulman (je pencherai pour l’héritage amazigho-musulman), prôner par la suite de véritables réformes religieuses, et effectuer un travail patient de réappropriation de notre histoire et de notre identité. A côté de ces écrits, il ne fallait pas, bien entendu, négliger l’oralité. Des corpus oraux, recueillis sur le terrain puis soigneusement confectionnés, ont été recoupés avec des ouvrages d’auteurs français (notamment celui de Hanoteau et Letourneux La Kabylie et les coutumes kabyles, qui a permis l’introduction de la pensée kabyle dans un mouvement scientifique important du XIXe siècle sur les groupes humains, articulé autour des Karl Marx, Rosa Luxemburg et autres Emile Durkheim, et que nous aborderons dans le tome II).
Ces corpus m’ont permis de découvrir une pensée philosophique (philosophie morale – avec en particulier Cheikh Mohand Ou L’houcine -, philosophie politique – avec Cheikh Aheddad – et philosophie sociale – avec le grand principe de laânaya.
Nous les retrouverons également dans le tome II), une pensée politique à travers les rouages du pouvoir traditionnel, de même qu’une pensée juridique qui a été à l’origine de la confection du droit coutumier kabyle.
C’est vous dire l’importance de cette pensée en général qui a nécessairement engendré une histoire, une culture et une civilisation.

Qu’en est-il de la deuxième raison qui a guidé votre choix?
La seconde renvoie à un constat pénible qui est celui du prisme déformant de l’occupant (et nous en avions eu plusieurs pour notre malheur!).
Pour mieux me faire comprendre, je prendrai seulement les trois derniers, c’est-à-dire les exemples arabe, turc et français. Ces trois occupants ont démontré qu’ils avaient un dénominateur commun qui n’est autre que la négation de l’autochtone.
Pour prétendre à la domination des autochtones de l’Afrique du Nord, c’est-à-dire les Imazighen, les deux invasions arabes (du VIIe puis du XIe siècle) ont compris qu’il fallait asseoir l’hégémonie de leur langue et de leur religion. A leur suite, les Turcs puis les Français ont reproduit les mêmes schémas d’hégémonie (à la différence que les Turcs ont entretenu l’hégémonie de la religion, mais n’ont pas été «gênés» par la langue arabe qui leur a servi en fin de compte à renforcer cette hégémonie même).
En clair, ces trois occupants ont déposé les attributs de l’autochtone dans le «grenier» de leur propre civilisation. Avec une violence telle que les oulama ont redoublé d’efforts pour enfermer la Kabylie dans une «pauvreté» (entendre pauvreté civilisationnelle) qui n’existait que dans leurs prétentions et leurs relents de domination.
Les Français, eux, ont tenté de la réduire, toujours avec la même violence, à un exotisme neutralisant ou, lorsqu’ils étaient acculés, pour une raison ou une autre, à un certain «esprit kabyle». Mais en aucun cas, il ne fut question de pensée de l’autochtone pour ces occupants. Je reste convaincu, pour l’essentiel, que le temps est arrivé, pour nous, de parler de cette pensée (kabyle pour moi, mais qui n’empêche personne d’élargir le champ de la recherche à la pensée amazighe, bien au contraire) et de la faire connaître aux autres, au moment où la planète est à la recherche de remèdes, mais n’a que des palliatifs sous la main.

Dans l’introduction, vous dites que les conquérants qui ont écrit sur l’Histoire des Kabyles n’ont pas ménagé ces derniers. On retrouve pourtant dans votre bibliographie beaucoup de livres écrits par des étrangers…<BR>Dans leur majorité, oui. Mais il y a eu aussi des livres valorisants, comme ceux de Hanotaux et Letourneux: La Kabylie et les coutumes kabyles, que je viens de citer pour avoir permis la prise en considération du «cas kabyle» par ce mouvement scientifique du XIXe siècle qui a travaillé sur les groupes humains en général, ou encore celui de Emile Durkheim: De la division sociale du travail. Livre I.
Dans ce deuxième exemple, l’auteur, considéré comme le père de la sociologie française, a intégré d’une manière positive le «cas kabyle» dans les études sociologiques, tout en restant ouvert aux autres expériences à travers le monde.
Il y en a d’autres comme Emile Masqueray ou encore Camille Sabatier qui avaient même invité, à la fin du XIXe siècle, à Fort National, en sa qualité d’administrateur, des penseurs et des figures du courant anarchiste (comme le grand géographe Elisée Reclus) pour assister à des séances de djemaâ kabyle.

Vous consacrez un chapitre à Ibn Toumert. Un personnage peu connu. A quoi attribuez-vous cette méconnaissance qui ne concerne pas uniquement Ibn Toumert, mais de nombreux autres Berbères?
En priorité, aux programmes scolaires et universitaires depuis 1962. L’idéologie et l’identité doctrinale, que veulent imposer certains courants orientaux qui ont pris racine dans notre pays, comme le baâthisme et plus récemment l’Islam politique, tentent de détériorer le reste.
Par contre, il faut comprendre qu’avec ces acteurs religieux cités dans le livre, en particulier Sidi M’hamed Ben Abderrahmane Bou-Kobrin et Houcine El-Warthilani, nous découvrons un moment où est apparu le souci d’un Islam qui tendait à se suffire à lui-même et à échapper à la suprématie de l’Orient. C’est tout simplement l’Islam de nos ancêtres qui refusaient l’amalgame entre la religion et l’identité. Un Kabyle ou un Amazigh musulman n’est pas un Arabe musulman. Le Chinois et l’Indonésien qui ont embrassé la religion musulmane vous diront: «Nous sommes des musulmans, mais pas des arabes.» La-dessus, le Coran a pourtant bien clarifié les choses.
Il est urgent et important pour les Algériens de rattraper leur retard sur cette question.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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Une réponse à “YOUNÈS ADLI, ÉCRIVAIN, À L’EXPRESSION «L’Islam de nos ancêtres refusait l’amalgame» Entretien réalisé par Aomar MOHELLEBI”

  1. Electra Dit :

    Salutations.

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    Merci de votre compréhension.

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