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Chronique du jour : KIOSQUE ARABE Bruits de vestes et de manchettes Par Ahmed Halli

14 février 2011

Contributions

Chronique du jour : KIOSQUE ARABE
Bruits de vestes et de manchettes

Par Ahmed Halli
halliahmed@hotmail.com
Il ne faut pas rêver : la place du 1er-Mai n’est pas la place de la Libération. Ce ne sont pas les mêmes lieux ni les mêmes occupants. Sur la place du Caire, il n’y avait pas des protestataires et des spectateurs. A Alger, les badauds étaient là, mi-hostiles mi-indifférents, attendant pour les uns de voler au secours de la victoire, pour les autres de donner le coup de grâce à la défaite. Non, vraiment, la place du 1er -Mai, ce n’est pas «Méïdan Al-Tahrir».


A la différence des Égyptiens, les Algériens divergent sur la nature de la tyrannie et sont d’une méfiance obsessionnelle les uns vis-à-vis des autres. Il y a de quoi, quand on sait de quelle manière se font les reconversions et les retournements de vestes, sans compter les ralliements inespérés. Être exclu de la rente, par vocation personnelle, ou contraint et forcé, ne suffit pas à faire un bon opposant, déterminé et offensif. Or, tous les ingrédients d’un échec annoncé étaient déjà présents, place du 1er- Mai, avant même que les compteurs ne relèvent plus de policiers que de manifestants. Revoyons objectivement les faits : les Algériens qui sont autour du 1er- Mai, habitants ou passants par hasard, ne sont pas tous des supporters de Bouteflika. Mais ils étaient tous sortis et s’étaient rassemblés autour du jet d’eau pour acclamer les vainqueurs d’Oum-Dorman. Les résidants de Belcourt et des quartiers avoisinants ne sont pas tous originaires de Kabylie, mais je suppose qu’il doit y avoir quand même dans les parages un bon tiers de Kabyles. Ceux-là ne se montrent jamais, parce qu’il suffit qu’on leur dise que ce sont «les Kabyles qui manifestent» pour qu’ils restent chez eux et se branchent sur Al- Jazeera pour savoir ce qui se passe sous leurs fenêtres. Il est connu, en effet, que si Al-Jazeera n’a pas la latitude de filmer sous ses fenêtres, elle aura toujours des caméras braquées sur nos rues et sur nos places. Quant aux balcons, il faut dire qu’ils sont aussi très dangereux lorsqu’on ne dispose pas de gilets pare-balles ou de masques anti-gaz lacrymogènes. Témoins curieux, mais prudents, les marcheurs rétractiles se montrent encore plus intraitables lorsque le voisin d’en face est de la partie. Ainsi, le militant du FFS boycottera systématiquement toute marche initiée ou animée par le RCD, et réciproquement. Il y a entre les deux formations un mur beaucoup plus solide que celui de Berlin, et c’est peu dire. On attendait aussi place du 1er-Mai, la nouvelle alliance de l’opposition, conduite par un ancien Premier ministre, mais le nouveau-né était encore en couveuse. On ne demande pas à un prématuré de se mettre à marcher, avant même d’avoir reçu du pouvoir compatissant ses premières béquilles. N’oublions pas aussi que les marches contre le pouvoir sont aussi un problème de générations, voire un conflit de générations. Lorsque les jeunes investissent la rue pour crier leur colère, pas un seul «senior» n’est là pour canaliser les griefs, empêcher que les manifestations ne dégénèrent en émeutes destructrices. Résultat : l’incendie s’éteint de lui-même, avec tous les dégâts engendrés, et les jeunes ont accumulé de nouveaux griefs contre leurs parents. Sur «Meydan Al-Tahrir», il n’y avait pas de conflits de générations : les jeunes étaient là, en première ligne, comme d’habitude, mais ils n’étaient pas seuls. Ceux de 1952 et même ceux de 1919 étaient là avec eux. Modestes, ils revendiquaient pour le mouvement le titre de «Révolution des jeunes», mais ils étaient présents et constamment à l’écoute des revendications. Les «seniors» égyptiens n’ont pas cédé à la tentation d’entrer en pourparlers avec le nouvel homme fort du régime. Ils ne se sont pas précipités vers la table de négociations, comme l’ont fait imprudemment les Frères musulmans, avant de se rétracter. Prudents, les «Frères» n’on rejoint la révolution qu’au quatrième jour, lorsqu’il leur était apparu que c’était du sérieux, cette fois-ci. Ce qui ne les a pas empêchés d’être les premiers à accepter l’invitation à la table de Suleymane. Désavoués par les jeunes manifestants, ils ont opéré une prudente retraite avant de multiplier les déclarations apaisantes. C’est ainsi qu’ils ont adopté le fameux slogan olympique en proclamant que l’essentiel pour eux n’était pas de gagner, mais de participer. Recul tactique aussi avec cette déclaration incroyable de leur commandeur qui a affirmé qu’il ne cherchait pas à instaurer un État islamique, ajoutant même que «l’État islamique est contre l’Islam». Attendons ! Notre confrère égyptien Oussama Gharib s’est arrêté, dans le quotidien dissident Al- Destour, sur ces attitudes parfois incompréhensibles du mouvement islamiste. Il y a quelques années, rappelle-til, Moubarek avait invité quelques parlementaires, dont un élu frère musulman, à rompre le jeûne en sa compagnie. Le «frère» avait ensuite déclaré à la presse, sans aucune trace d’ironie, que la soirée avait été extraordinaire. «Nous avons eu à la table du Raïs des plats, farcis et non farcis, extrêmement savoureux. Vraiment, je suis très optimiste pour l’avenir du pays sous la direction de Monsieur le Président. Je suis aussi convaincu qu’il est le seul à avoir des solutions pour tous les problèmes de l’Égypte.» «En fait, dit Oussama Gharib, les Frères musulmans sont lassés de cette appellation de «mouvement interdit» qui leur est accolée. Leur seul désir est d’être reconnus et acceptés. Aussi, je n’ose penser à ce qu’ils auraient fait ces jours-ci si Omar Suleymane leur avait présenté des mets recherchés, avec des plateaux de confiseries et de pâtisseries au dessert.» Sur le même registre, la chaîne Al- Jazeera a eu beau jeu d’ironiser sur les retournements de vestes de certains journaux, acquis la veille encore à la cause de Moubarek. Dans la presse officielle, Al- Ahram et Al-Akhbar ont accouché au forceps de titres comme «La Révolution des jeunes a triomphé». Toutefois, le pompon du genre revient à l’éditorialiste du quotidien Al-Goumhouria qui joue l’étonné devant la fortune supposée de Moubarek. «Ainsi, écrit-il, le président démissionnaire possédait 70 milliards de dollars dans des comptes à l’étranger. Comment se fait-il que le magazine Forbes ne l’ait jamais inclus dans le classement des plus grosses fortunes mondiales ?» Mais s’il fallait récompenser les girouettes soumises aux moindres sautes de vent, la palme reviendrait au quotidien Al-Destour qui a opéré un virage de 180 degrés, avec sa manchette désormais historique : «Moubarak est enfin parti !». On peut demander comment les rotatives réglées sur l’allégeance à Moubarek ont pu supporter quelque chose d’aussi énorme, ce qui a dû faire sauter beaucoup de rivets. Jusqu’au mois d’août dernier, Al-Destour était un quotidien résolument opposé au régime dont il réclamait le départ sous la plume de son rédacteur en chef Ibrahim Aïssa. Il est subitement vendu à un homme d’affaires et dirigeant du Wafd qui le transforme en journal au service du pouvoir. Depuis son acquisition, le nouveau patron a recruté de nouveaux journalistes à prix d’or, sans réussir à faire décoller son tirage. Avec cette nouvelle pantalonnade, on peut se demander comment il va réussir à faire sa propre révolution, pour se faire accepter par celle du 25 janvier. Peut-être ira-t-il, dans les prochains jours, jusqu’à demander à Ibrahim Aïssa et aux autres journalistes de la version électronique dissidente de réintégrer le bercail ? Il ne faut douter de rien !
A. H.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2011/02/14/article.php?sid=112838&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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