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Une architecture économique intelligente par J. Bradford Delong *

4 février 2011

Contributions

Ainsi que Stephen Cohen, avec lequel j’ai co-écrit The End of Influence: What Happens When Other Countries Have the Money, aime à le dire, les économies n’évoluent pas ; il est plus juste de dire qu’elles sont conçues de manière intelligente. Il dit aussi que bien qu’il y ait une forme d’intelligence à l’origine de leur conception, cela ne signifie pas que cette architecture soit effectivement judicieuse.

La première affirmation est, me semble-t-il, irréfutable. Bien avant que Crésus, roi de Lybie, n’ait cette idée révolutionnaire d’une «monnaie» standardisée, tout ce que les gouvernements ont effectué, ou pas, pour structurer, bousculer et faire pencher la balance, a été d’une importance décisive dans le développement économique.

Regardez autour de vous. Remarquez les divergences fondamentales dans les diverses compétences politiques à propos des niveaux relatifs de productivité et de prospérité ? Je défie quiconque de prétendre qu’une grande part de cette disparité trouve ses racines ailleurs que dans l’histoire et l’actuel état de la gouvernance. Et selon moi, la seconde affirmation est aussi vraie. Dire que les économies sont les produits d’une conception intelligente ne veut uniquement dire qu’une certaine intelligence économique, ou des intelligences, est à la base de cette conception. Cela ne veut pas dire que la conception soit astucieuse ou optimale.

D’une part, le processus par lequel les décisions de conception sont prises ressemble à des travaux de comité : la plupart des gens veulent un cheval, mais les tergiversations de la négociation produisent un chameau. De plus, les responsables gouvernementaux, les lobbyistes, et les groupes de pression qui façonnent cette architecture peuvent ne pas prendre le bien commun en considération – ou même connaitre ce que ce bien commun se trouve être. La plupart du temps en Amérique, le processus de conception intelligente de l’économie s’est bien déroulé : ce qui explique pourquoi les Américains sont aussi relativement et absolument riches aujourd’hui. Les Pères Fondateurs ne s’appliquaient-ils pas à redessiner la toute jeune économie américaine ? Alexander Hamilton était convaincu de la primauté du commerce et de l’industrie. Hamilton était particulièrement convaincu de l’importance d’un système bancaire sophistiqué pour soutenir l’économie croissante. Et lui et ses collègues fédéralistes, y compris John Adams, croyaient fermement à la nécessité d’assurer des industries jeunes, ayant une certaine marge de croissance – même par l’utilisation de fonds du Département de la Guerre pour financer des expériences dans les industries de pointe. Lorsque les Républicains Démocrates, menés par Thomas Jefferson et James Madison, ont remplacé les Fédéralistes, ils ont rapidement convenu que leurs principes de gouvernement réduit étaient un luxe d’impuissance. Les guerres de conquête, les acquisitions territoriales, la surveillance continentale, et les subventions pour le canal puis pour le réseau ferroviaire, étaient bons pour les électeurs, les immigrants et pratiquement toute personne, à l’exception des natifs américains, en infériorité numéraire et sous-armés, qui se mettraient en travers de leur chemin. En effet, tout gouvernement qui construit des infrastructures et accorde des titres de propriété foncière à l’échelle de ce que fit le gouvernement américain du 19ème siècle est l’incarnation d’un « gros gouvernement ». Ajoutez des droits de douanes exorbitants sur les biens manufacturés importés – imposés malgré les protestations des fermiers, et des planteurs sudistes, en colère – et vous obtenez les politiques qui ont intelligemment profilé une grande part de l’Amérique du 19ème et du début du 20ème siècle. Après la deuxième guerre mondiale, ce fut encore une fois le gouvernement qui fut à l’origine de la nouvelle architecture de l’économie américaine. Le paysage a été littéralement reconfiguré par les décisions de construire un système autoroutier inter-états (et de dépenser la plupart de cet argent dans un réseau routier régional) et de donner l’impulsion au marché hypothécaire à long terme – reflétant la conviction largement répandue selon laquelle les intérêts de General Motors étaient identiques à ceux de l’Amérique. Combinez cela au développement à grande échelle des principaux pôles universitaires de recherche de la planète, qui formaient à l’époque des dizaines de millions de personnes, et cette tradition toujours présente d’utiliser le budget de la défense pour financer la recherche et le développement de technologies de pointe, et voilà : vous obtenez l’économie américaine d’après guerre.

Lorsque la chose économique se complique, le gouvernement américain a même délibérément dévalué le dollar dans l’intérêt de la prospérité économique. Franklin Roosevelt l’a fait pendant la Grande Récession, de même que Richard Nixon et Ronald Reagan. Il est bon de revoir l’histoire parce que l’Amérique s’apprête à aborder un autre débat pour déterminer si son économie évolue ou si elle est le fruit d’une conception, à un moment où les opposants au président Barack Obama prétendent que tout ce qui est bon pour l’économie américaine a toujours évolué sans guidage, et tout ce qui est mauvais a été conçu par le gouvernement.

Tout ceci est bien sur grotesque. Les gouvernements américains continueront de planifier et de concevoir le développement de l’économie, comme ils l’ont toujours fait par le passé. La question est de savoir comment, et si cette architecture sera, d’une manière ou d’une autre, judicieuse. Mais ce débat à venir en Amérique présente deux dangers. Le premier concerne le terme qui sera probablement utilisé pour encadrer ce débat : compétitivité. Le terme « productivité » serait bien mieux. La « compétitivité » implique un jeu de somme à zéro, dans lequel l’Amérique ne peut gagner que si ses partenaires commerciaux perdent. C’est une implication trompeuse et dangereuse. Tout le reste étant égal par ailleurs, les partenaires commerciaux les plus riches profitent plutôt de l’Amérique : ils fabriquent plus de bonnes marchandises qui seront achetées et vendues moins cher par les Américains ; et la demande plus forte implique qu’ils sont disposés à payer plus pour les marchandises que l’Amérique peut avoir à vendre. Gagnant-gagnant.

Le second risque est que cette « compétitivité » implique que ce qui est bon pour les entreprises localisées en Amérique – enfin, bon pour leurs investisseurs, leurs dirigeants et leurs financiers – est bon pour l’Amérique dans son ensemble. A l’époque où le directeur de cabinet du président Dwight D. Eisenhower, Charlie Wilson, avait déclaré que « ce qui était bon pour l’Amérique est bon pour General Motors – et vice-versa, » GM ne comprenait pas uniquement des actionnaires, des cadres dirigeants et des financiers, mais aussi des fournisseurs et des membres du United Auto Workers union (syndicat national des travailleurs de l’industrie automobile, ndt). Par contre, le directeur de General Electric, Jeffrey Immelt, récemment nommé par le président Barack Obama pour diriger le nouveau Conseil de la présidence sur l’emploi et la compétitivité, dirige une société qui depuis longtemps se réduit à des cadres dirigeants, des investisseurs et des financiers. Espérons que de débat à naitre se déroulera dans les meilleures conditions. Une Amérique prospère, avec une croissance rapide – un scénario d’un intérêt vital pour le reste du monde – est sur la balance.

Traduit de l’anglais (américain) par Frédérique Destribats.

* Ancien Secrétaire adjoint du Trésor, est professeur d’économie à l’Université de Californie.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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