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Toutes réflexions faites par Mohamed Bensalah

7 janvier 2011

Contributions

Une polémique n’étant jamais le fait du hasard, celle qui s’est développée autour du Festival International du Film Arabe (Fifao), qui vient de se terminer à Oran, s’est avérée, à plus d’un titre, inquiétante. Revenons un instant sur les dysfonctionnements enregistrés ici et là.

Les déclarations positives des uns masquent mal les colères et amertumes des autres. Si certaines critiques paraissent fondées, d’autres par contre semblent tout à fait excessives tant par leur formulation que par leur contenu. Qu’a-t-il manqué à ce festival placé sous le haut patronage du Président de la République, parrainé par la ministre de la Culture et soutenu par l’AARC, une Agence que dirige le commissaire du festival, avec le concours de GL. Event, une boîte de logistique française basée à Alger? Des stars, des vedettes, des paillettes ? Sans nul doute! Mais si les mondanités n’étaient pas au rendez-vous, ce ne fut pas le cas des films. Tous les films en compétition (13 LM et 21 CM) méritaient, à un titre ou un autre, de l’être. La programmation, riche, hardie et diversifiée dans la variété des styles et des approches, a donné une image du cinéma arabe qui, si elle n’a pas pu être exhaustive, aura permis de constater son évolution et sa diversité.

Parallèlement aux projections, furent organisées deux tables rondes, la première sur la critique arabe et la seconde sur la musique de films, toutes deux animées par des spécialistes du 7ème art. Les hommages furent également les moments forts de ces journées : le premier fut consacré à Larbi Zekkal, l’illustre artiste de théâtre qui vient de nous quitter au terme d’une carrière exemplaire consacrée à la télévision et au cinéma. Les deux autres furent rendus à deux grandes artistes du 7e art : Hayet El Fahd, l’étoile la plus en vue du Golfe, qui accumule 47 années de carrière sous les feux des projecteurs et Chafia Boudraa, l’inoubliable Lalla Aini d’El Hariq, l’artiste choyée des Algériens qui vient de marquer de son empreinte le dernier film de Bouchareb, Hors La Loi, œuvre qui postule aux Oscars 2001 aux Etats-Unis.

Certes, la période choisie pour la tenue du festival n’était pas tout à fait appropriée en raison, d’une part, du froid glacial qui a sévi et de la pluie qui a attristé El Bahia. D’autre part, il nous faut signaler l’effervescence festivalière en ce mois de décembre. Coincé entre les festivals du Caire, de Dubaï, de Marrakech et d’Abou Dhabi, le jeune festival d’Oran n’avait aucune chance pour attirer les grandes pointures artistiques arabes. L’autre inconvénient non négligeable à signaler est lié au coup de froid qui perdure entre l’Egypte et notre pays. De 70 Egyptiens arrivés par charter en 2009, seule une petite poignée a fait le déplacement cette année. Ceci n’allant pas sans cela, les TV arabes (Al Arabiya, Dubaï TV, Koweït TV…) ont brillé par leur absence, tout comme d’ailleurs la chaîne nationale qui s’est faite très discrète en n’assurant pas la couverture en direct de l’événement, comme ce fut le cas durant les années antérieures. Si on ajoute à cela la communication tout à fait défaillante avant et pendant le festival, on ne peut faire mieux pour ternir l’éclat de cette manifestation.

Mais, au risque de déplaire aux organisateurs, il nous faut également relever d’autres carences manifestes (pour ne pas dire plus et risquer d’être désobligeant) qui ont quelque peu entaché cette importante rencontre cinématographique, qualifiée par certains de «véritable fiasco» et par d’autres de «manifestation – clés en main – ratée parce que organisée à huis clos et à la va-vite». Encore une fois, les compétences locales n’ont pas été sollicitées, à croire que l’incompétence est généralisée à l’Ouest. La grande famille cinématographique de l’Ouest du pays (cinéphiles, animateurs de cinéclubs, membres du tissu associatif, cinéastes, critiques, professionnels, journaliste locaux …), considérée comme non grata dans sa propre ville, a vécu ce festival comme une grande humiliation. Que dire du public curieux et enthousiaste qui se proposait d’accueillir chaleureusement ses hôtes, et qui s’est trouvé, bien malgré lui, exclu de la manifestation et tenu à l’écart par des barrières étanches à l’origine de grands embouteillages au centre-ville ? Après avoir servi de figurants dans un spectacle festif conçu en dehors d’eux, les voici replongés dans la morosité du quotidien.

Après avoir fait leur cinéma à Oran, les membres du staff, les hôtesses, les chauffeurs aux voitures rutilantes et même les « coopérants techniques » français recrutés pour la circonstance ont rejoint la capitale. Depuis lors, El Bahia, qui a servi, une semaine durant, de simple décor, est retombée dans l’oubli. Les salles Maghreb et Es-Saâda ont fermé boutique. Les festivaliers sont repartis ; le matériel de projection, importé encore une fois à grands frais de France, a été emballé. En attendant la 5ème édition prévue pour l’été prochain, les écrans d’El Bahia vont reprendre avec le long sommeil culturel. Ses habitants se souviendront à peine que leur ville a abrité un grand festival de cinéma arabe.

Nous sommes tous, bien qu’à des degrés divers, responsables du marasme culturel ambiant. Dénoncer les couacs et dysfonctionnements de ceux qui activent ne suffit plus ! Il faut faire son mea-culpa en se posant un certain nombre de questions, et en premier lieu, celles relatives aux principaux responsables de la cité qui ne font rien ou presque, pour dynamiser l’activité culturelle dans leur ville, réduite à sa plus simple expression. En second lieu, la société civile : cette dernière, qui prend rarement des initiatives et qui semble se complaire dans ces pesanteurs culturelles, a aussi sa part de responsabilité, tout comme d’ailleurs le mouvement associatif qui demeure étonnement passif. Voilà pourquoi nous nous devons, sans faire l’éloge de la médiocrité, saluer toute initiative, d’où qu’elle vienne, visant à redynamiser l’activité culturelle à El Bahia. Que tous ceux qui ne ménagent aucun effort pour organiser de telles manifestations soient ici publiquement remerciés pour leur initiative !

Le premier mérite du Fifao est de doter la 2ème grande ville du pays, quasiment effacée du point de vue culturel, d’un grand festival cinématographique d’envergure internationale. Le second mérite, et non des moindres, est celui de sa volonté affichée de rendre visibles les cinématographies arabes qui n’arrivent même plus à être visibles à l’intérieur de leurs frontières. Le troisième mérite se reflète à travers les propos de la ministre qui déclare la nécessité de « rendre compte des qualités artistiques et éthiques et de récompenser l’audace ». Ce qui nous importe enfin, c’est que le Fifao vient de souffler sa 4ème bougie et que, au-delà des signes d’amitié et de solidarité, les cinéastes et artistes arabes qui y ont pris part ont prouvé à l’évidence leurs qualités artistiques et leur talent à travers des œuvres qui atteignent parfois une grande capacité expressive et esthétique tout en exprimant leurs préoccupations à l’égard de la culture vernaculaire.

Que El Nakhil El Djarih du Tunisien Abdelatif Benamar mérite ou non l’Ahaggar d’Or, que l’Irakien Oday Rachid Othmane décroche à juste titre ou non le prix du jury ou que Bahij Hojeij, le Libanais, soit considéré comme le meilleur réalisateur, cela nous semble de peu d’importance à l’heure actuelle. L’essentiel est de tout faire pour multiplier les entreprises de ce genre dans le monde arabo-musulman, alors que les antagonismes et les confrontations empirent de jour en jour, alors que les violences se succèdent à un rythme effréné et que le pluralisme culturel et médiatique est réduit à sa portion congrue. Ne serait-il pas instructif, pour une meilleure appréciation de la situation culturelle qui prévaut dans le monde arabo-musulman contemporain, de faire le point, de dresser un état des lieux, de décoder les articulations complexes entre le politique et le culturel, entre le traditionnel et le moderne ? Est-il normal que dans des pays qui se disent «frères» et qui ne cessent de plastronner en parlant d’«arabité» et d’«islamité», que les liens soient distendus entre les peuples et les Etats, et que la culture n’arrive pas à se débarrasser de ses masques, de ses appareillages d’invectives et de son habillage idéologique. Elle devrait au contraire être réappropriée pour des pensées et des paroles neuves, pour stimuler l’activité intellectuelle et la création artistique à même de favoriser le dialogue, l’échange et la concertation dans un monde arabo-musulman en plein désarroi.

Un festival, même ordinaire, est une œuvre de longue haleine. Lorsqu’il se donne pour mission de sortir de l’ornière les films arabes et de les promouvoir, sa tâche devient encore plus ardue. C’est le cas du Fifao ! A l’instar de la plupart des cinématographies mondiales, mais d’une manière plus aiguë, le cinéma arabe vit sous le double signe du paradoxe et de l’ambiguïté. Paradoxe parce que ce secteur d’activité a besoin de liberté pour se développer, or dans ces contrées, cette denrée est rare. Ambigüité, car en plus d’être fragile et menacé, il fait l’objet de suspicion et d’étroite surveillance. Sa mise sous tutelle automatique par la plupart des gouvernants ne fait même plus aujourd’hui l’objet de contestation. Loin de nous l’idée de prêcher pour un protectionnisme culturel ravageur et encore moins de prôner l’enfermement dans le ghetto d’une culture survalorisée, incapable de souffrir la différence. Notre espoir est que les populations des pays arabo-islamiques se retrouvent culturellement, qu’elles ne soient pas ignorantes de leur histoire, de leur culture, de leur patrimoine et surtout qu’elles soient ouvertes au monde environnant.

L’Algérie aspire aujourd’hui à reprendre sa place et à redevenir non seulement l’agora des cinématographies arabes, mais aussi un leader africain en ce domaine. Noble mission ! Mais pour que ce projet ne demeure pas un vœu pieux, il est urgent et même impérieux d’organiser nos forces et de rassembler nos potentialités créatrices. Une véritable politique cinématographique est tout à fait concevable, encore faut-il que les responsables du monde arabe se mettent autour d’une table pour la mettre en action au lieu de se tourner le dos et d’amplifier les querelles stériles, comme c’est le cas actuellement. Tant que nos «leaders» n’auront pas saisi l’importance capitale des enjeux du 7ème art, sur les plans culturel, économique, idéologique et politique, tant que le monde arabe ne se décidera pas à se libérer progressivement des monopoles qui le tétanisent, nous demeurerons à la traîne du progrès. Il faut libérer les énergies créatrices et laisser libre cours aux talents multiples que recèlent nos pays respectifs.

Il importe donc, tout d’abord, d’essayer de comprendre les raisons qui font qu’aucun pays arabe ou musulman n’accorde une attention sérieuse aux questions culturelles. L’état de délabrement culturel et mental est tel aujourd’hui que l’absence de films à même de faire connaître notre héritage culturel et notre histoire, l’absence de productions télévisuelles et radiophoniques qui parlent à notre intelligence et le déficit de pluralisme dans le domaine de la création tous azimuts, incitent à consommer allégrement la culture exogène occidentale sans se soucier aucunement de son contenu néfaste ou salutaire.

Certes, le cinéma ne peut à lui seul changer les choses. Beaucoup de batailles restent à mener. L’urgence est de mettre en commun, au plus vite, les potentialités et les compétences afin de développer et de promouvoir les productions, les coproductions et la circulation des films, sans porter préjudice aux initiatives des organismes nationaux de cinéma. Un cinéma arabe qui n’intégrerait pas les apports des différents pays demeurera faible économiquement, n’aura aucun impact culturel et ne contribuera pas à la libération des citoyens.

Un festival est un premier jalon. Formulons le vœu que cette grande nation riche et prospère, qui plus est dispose de nombreux atouts et de grandes potentialités, émerge au grand jour et de manière autonome cinématographiquement et affiche ses ambitions. Notre souhait est que pour juillet 2011, l’audience nationale et internationale du Fifao soit plus large et plus significative. L’implication de toutes les compétences est fortement recommandée, sans oublier les enfants et les adolescents, qui ont droit au chapitre. Songeons à mettre en place un marché du film et des Panoramas pour visionner les grands classiques arabes méconnus ou inconnus du grand public. Oran devrait disposer d’un siège, dès aujourd’hui, pour préparer d’ores et déjà la cinquième édition car, même si la volonté d’agir ne fait pas défaut, la réussite dans le domaine culturel est la résultante d’un effort commun et de longue haleine, effort qui ne peut en aucune façon être l’exclusive d’un ministère de la Culture ou d’une équipe quel que soit son savoir-faire. Un festival est l’affaire de tous.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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