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Aux sources de l’Oued Saoura (1ère partie) par Farouk Zahi

7 janvier 2011

Contributions

Igli, l’oasis de rêve se réveille, en ce mercredi 29 décembre de l’année finissante, aux sons du tumulte festif que seuls les hommes du désert savent produire. L’événement n’est autre que le «Marathon des Dunes» organisé par «Sport Events International» dans sa onzième édition qui se déroula alternativement à Taghit et Igli.

Le triptyque «Sport, culture et tourisme» est le thème récurrent de ces joutes sportives qui sont à leur douzième année. Abdelmadjid Rezkane, manager général de l’entreprise, aura réussi le pari là où de nombreuses tentatives ont échoué au bout d’une ou deux éditions. Le froid cinglant des matins sahariens fouette les visages des compétiteurs venus d’ici et d’ailleurs ; ils sautillent pour se réchauffer les membres inférieurs engourdis par la gelée matinale. Si l’été est connu pour être torride dans ces contrées, le froid continental n’est pas moins indisposant jusqu’au lever franc du jour. La longue procession, constituée de bus et de 4×4, quitte le camp de jeunes de Taghit, fraîchement réceptionné et mis à la disposition des organisateurs. Implanté sur le plateau du village naissant de Zaouïa El Fougania, il est prévu pour recevoir 500 hôtes dont la moitié en camping libre, offrant ainsi la sécurité du gîte et le confort tout relatif propre à la randonnée saharienne.

Encadrée par un service d’ordre impeccable constitué de la Gendarmerie nationale, la Sûreté nationale et de Services annexes (Santé et Protection civile), la caravane se dirige sur Igli à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest de Taghit. La route revêtue à l’enrobé et nettement matérialisée rend le parcours plus plaisant. Elle permet au regard de fouiller ces immensités ocres. Monotone certes, la platitude de la hamada offre une myriade de tons agréables à la vue. La pureté du ciel et la lumière profuse permettent aux éminences rocheuses d’exhiber, dans une sorte de ballet clair-obscur muet, des tableaux époustouflants d’ombres chinoises. Le couvert végétal fait de touffes herbeuses steppiques agrémente l’espace saharien et lutte crânement contre la désertification sablonneuse.

Les quelques maigres champs rencontrés, qui semblent lutter contre l’adversité climatique, sont semés de jeunes plants d’oliviers et de palmiers. Le PPDRI, cher à Rachid Benaïssa, fera-il sortir le Sud de sa torpeur séculaire par le développement durable ? Seul l’avenir nous le dira.

La pente douce amorcée par la route préfigure de l’approche d’Igli qui, comme tous les groupements humains oasiens, se blottit dans un vallon creusé par un cours d’eau. Un chantier des travaux publics s’affaire à jeter un pont sur un oued immensément large dont seul le grand Sud en détient le secret. L’œuvre d’art de plusieurs centaines de mètres, construite sur d’imposants cubes creux en béton, mettra probablement fin à l’isolement occasionné épisodiquement par les crues impétueuses de ces «fleuves» du désert.

La route qui serpente doucement entre les blocs rocheux fait découvrir un petit cimetière veillé par un mausolée maraboutique. La localité verdoyante, au vieux bâti en pisé clairsemé de bâtiments modernes des administrations et services, respire la sérénité. A la lisière ouest de l’Erg occidental, elle se calfeutre dans sa palmeraie vieillissante, dernier rempart à la menace spectrale du cordon dunaire qui semble guetter l’oasis. Un pont relativement récent enjambe l’Oued Saoura qui naît ici même de la jonction des Oueds Zouzfana et Guir, ce dernier dévalant des territoires marocains voisins. L’auberge de jeunesse flambant neuve accroche irrésistiblement le regard, par une architecture pour le moins paradoxale, du moins en ce qui concerne sa façade faite de verre fumé enserré dans un châssis en aluminium. Hormis l’effet de serre certainement étouffant en période estivale, ce matériau jure par son incongruité dans l’immobilier oasien. A ce rythme, il ne restera plus beaucoup de repères identitaires pour la préservation du patrimoine ksourien qui a, malgré les turpitudes de toutes sortes, traversé le temps.

En dépit de l’apparente fragilité de la brique de terre, le bâti oasien est encore là après au moins quatre siècles d’existence. Le mausolée de Sidi Benothman, patron de la cité oasienne, en est la preuve irréfutable s’il en était besoin.

Au milieu du village, un réservoir d’eau, en forme de pyramide tronquée, trône sur une butte rocheuse. En parfaite harmonie avec l’environnement, se fondant dans le décor, il est à peine perceptible. Presque en vis-à-vis, un autre, mais cette fois-ci de conception moderne, jure par son intrusion inopportune. Hissé sur une hideuse colonne en béton, peint en bleu, il fait violence par son décalage temporel au patrimoine ancestral.

La fébrilité festive est perceptible au centre du village. Les larges rues sont enguirlandées de drapeaux et d’apprêts multicolores. Le baroud tonne bruyamment dans un nuage de fumée et fait tressaillir les convives du moment qui sourient nerveusement. Le regard est cependant curieux et interrogateur. Le Marathon des Dunes a réuni plusieurs nationalités européennes dont une forte délégation italienne. Les Franco-algériens de tous sexes et âges «connaissant la musique» semblaient dire aux étrangers : «Regardez notre pays… comme il est beau !» Ils prenaient probablement leur revanche sur l’adversité de l’ostracisme communautaire dans lequel ils ont été toujours confinés ou du moins leur ascendance. Assis à même le sol, les vieux autochtones, amusés par les jeunes qui s’égaillent au gré de l’attraction: «Allez voir le spectacle… nous, nous l’avons plusieurs fois vécu», tel semblait être leur propos. Les jeunes filles en costume traditionnel joliment bigarré, la moitié du visage voilée, évoluaient en grappes rieuses. Les jeunes gens style «hip hop» à la tignasse «gelée» et aux jambes enserrées dans des jeans, portant volontiers oreillette sur le pavillon, se chahutaient bruyamment, manière de dire que nous sommes non seulement «in», mais nous fréquentons aussi l’université ou le lycée.

On apprenait par la bouche de M. Kouider Brahimi, maire de la cité, que cette commune de près de 7.000 âmes est un fief ancestral du savoir. Et pour étayer le propos, il annonçait fièrement que la majorité des foyers comprenait de 2 jusqu’à 3 bacheliers. La jolie résidence de la commune recevait ses hôtes avec le binôme coutumier (dattes et lait) et l’inévitable verre de thé. Kamel Bouchama et Hamid Berchiche, anciens ministres de la Jeunesse et des Sports, respectivement ancien ambassadeur et sénateur, étaient «pris à partie» pour la photo souvenir. Les jeunes avides de considération et de reconnaissance profitaient de l’aubaine. Ils étaient tout simplement heureux, ne serait-ce que l’espace d’un marathon. Yacine Ould Moussa, expert international en économie et enseignant universitaire, devisait avec les responsables locaux sur les opportunités de développement du tourisme saharien, et dont Igli en détient une bonne part. Le dynamique office local du tourisme, dirigé par M. Boudjemaa Bentayeb, n’a pas manqué de distribuer, à l’occasion, un dossier promotionnel relatant le site.

A 11h tapantes, la deuxième étape se fera dans la plaine de Touzdit en longeant, sur 14 kilomètres, le cordon dunaire à la couleur fauve contrastée par la transparence bleutée du ciel. Cette plaine alluvionnaire, enserrée par la palmeraie rendue moribonde par la remontée saline et l’erg sablonneux, aurait une surface agricole utile de 10.000 hectares. Ce sol, potentiellement vierge et riche, pourrait constituer le grenier alimentaire de tout le Sud-ouest. Les quelques exploitations agricoles perçues çà et là semblent geindre sous la chape de l’oubli. Il n’est certainement pas suffisant de soutenir financièrement le bâti rural et le bassin d’irrigation, mais bien plus que ça. Il s’agira probablement d’accompagnement technique et d’animation agricole. Les moyens didactiques, présentement démocratisés, peuvent être avantageusement mis à profit pour intéresser les jeunes à l’acte agricole. Les timides tentatives individuelles de régénération des palmeraies en friche, sans les moyens adéquats, ne feront que conforter la désillusion largement entamée.

La course débonnaire se déroulera tranquillement sous le regard médusé des femmes paysannes. Elles suivaient de loin et avec étonnement ces hommes et ces femmes «à moitié nus». Les compétiteurs d’âge avancé marcheront tranquillement en se lançant des boutades. L’arrivée, organisée sous l’arche du vieux ksar, était haute en couleur. Seuls les sponsors majeurs de l’événement tels Mobilis et Nestlé (eau minérale), fortement présents par leurs logos et gadgets technologiques semblaient être hors du temps. Ils rappelaient, qu’en ces lieux, le songe ne sera qu’éphémère. Femmes, enfants et jeunes imberbes festoyaient à pleins poumons ; l’occasion de sortir du morne quotidien de la platitude était trop belle pour être ratée. On y entame à pleines dents. Le dépit étant l’ennemi juré de l’espoir, ils semblaient emmagasiner de la joie. Le tonitruant baroud, couvrant intempestivement les sons du karkabou et des tambourins, ajoutait un zeste piquant à la mystique du cérémonial. La transe transcendantale se saisit en ce moment de communion des individus, y compris ceux venus d’ailleurs. Elle doit probablement rappeler le vague à l’âme de la soul music. La preuve en a été cet Australien, de mère jamaïcaine à la coiffe et la chevelure typiques, en extase. Il n’a pas touché à sa guitare tout au long du séjour. Heureux, il a dû trouver son compte dans la rythmique des sonorités locales. A l’issue de la compétition, les autorités locales, menées par M. M’Hamed Khamlich, le jovial chef de daïra, offraient aux invités un déjeuner traditionnel à la palmeraie de Sidi Lahcène, à la périphérie d’Igli. En dépit de la triste mine qu’elle offrait à la vue, la palmeraie, gardant quand même quelques attraits, est un havre de paix au milieu de l’immensité désertique. Le trait de génie de l’Office local de tourisme a été celui d’installer un stand à même le sol des produits de l’artisanat du cru.

Plus loin, cachée par un bouquet de palmiers, une vieille femme installée près d’un foyer de feu étalait ses vertus culinaires par la confection d’un mets local fait de pâte et d’oignon épicé (Khoubzet El B’ssal) qu’elle offrait gracieusement après cuisson. Les belles jeunes filles, discrètement maquillées et bien mises dans des costumes traditionnels, présentaient chacune ses outils domestiques de cuisine ou de tissage. Mme El Alia Bouhalou, qui a organisé l’exposition au pied levé, avertissait que rien n’était à vendre. Les objets conservés jalousement font partie des reliques mémorielles de l’homme face à l’adversité du désert. Il créa ses objets usuels à partir du tronc et des palmes phoenicicoles et de la peau d’animaux domestiques abattus. Mêmes les jeunes autochtones ne reconnaissent parfois pas l’objet, encore moins sa fonction. Une tente de transhumance des Hauts Plateaux et un auvent fait de branchages étaient dressés au milieu de la clairière sablonneuse. Un copieux couscous était offert aux convives ébahis par tant de générosité seigneuriale. Les appareils photo crépitaient nerveusement, on immortalisait l’instant. Le champ était placé sous l’objectif de Canal Algérie, de la station ENTV de Béchar et de Nessma TV. Le mouvement associatif, très présent et représenté par des jeunes, comprenait l’association sportive «El Wiam», dirigée par le sympathique Touhami Khendouci, l’association des jeunes paysans de Okacha Bensaïd. Fier d’avoir rencontré à trois reprises M. Alioui, Secrétaire général de L’UNPA à qui il aurait remis un dossier sur la remontée du sel dans la palmeraie, ce dernier espère toujours une réaction à sa doléance. L’association de protection des handicapés, dirigée par Djillali Faradji, biologiste de formation, lui-même handicapé moteur, qui fait de la prévention de l’invalidité due à l’explosion accidentelle des mines antipersonnel son crédo, était fortement représentée ce jour-là. Cette région frontalière souffre encore des champs de la mort qu’a semés le colonialisme français dans sa rage de réduire la résistance armée. La tragédie, vieille de plus d’un demi-siècle, fait encore des victimes innocentes. Le travail méritoire de cette association réside dans la sensibilisation sur les risques induits par les mines par des affichettes et des spots sur disque compact. Elle s’est inscrite résolument dans le plaidoyer du PNUD et de «International handicap» dans le cadre de la Convention d’Ottawa que l’Algérie a ratifiée depuis une dizaine d’années déjà.

La visite du vieux ksar et la collation offerte par la municipalité clôturaient cette immersion culturelle dans les profondeurs de la légendaire Saoura. La découverte de cet autre terreau amazigh n’était pas sans laisser certains sans voix, devant une telle richesse culturelle enfouie dans les plis de l’expugnable Erg occidental qui a résisté à toutes les convoitises. L’oasis n’a été occupée qu’en 1901. En attendant le Nouvel An et la dernière étape, la caravane du Marathon des Dunes ralliait son cantonnement à Taghit.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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