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Culture : LE VIEUX FUSIL, UN ROMAN D’ALI KADER Le feu, le sang et les larmes

27 décembre 2010

1.LECTURE

Une suite de tunnels sombres qu’est ce roman d’Ali Kader. Le train fantôme de la tragédie s’y engouffre, dans lequel le lecteur est invité à faire un long voyage, le cœur bien accroché, car il va se retrouver plongé dans un univers peuplé de drames, de morts et de sang.


Des tunnels dont on ne voit jamais le bout, et qui sont autant de pages noires de l’histoire de l’Algérie contemporaine, depuis la période entre les deux grandes guerres (mondiales), jusqu’à la «décennie rouge» des années 1990. Un cauchemar où fiction et réalité se mélangent… Dans Le vieux fusil, l’auteur raconte la saga de deux familles de villageois dont le destin s’épouse, se croise, s’entrechoque pour finalement les faire s’entredéchirer dans l’horreur et la haine. Le décor de pareille tragédie est planté dans une montagne de bout du monde, avec un petit village accroché à une colline (on devine qu’il s’agit de la Kabylie). Cette image bucolique est trompeuse, le lieu allant enfanter les acteurs de ce drame fratricide que résume la dernière page de couverture du livre. Il y est écrit : «Si Omar, paisible retraité, ancien combattant, pensait que le moment était venu pour lui de se reposer, de se remettre des affres des batailles qu’il avait livrées aux soldats français, puis aux groupes terroristes qui écumaient la région. Il ne pouvait savoir que l’opprobre viendrait d’un des siens, des voisins qu’ils avaient défendus à l’indépendance… » L’histoire va-t-elle donc se répéter à l’infini, avec tous ces actes de barbarie, de félonie et de folie des hommes ? Oui, nous rappelle ce récit dont l’action ira crescendo jusqu’au dénouement final. Quel carnaval de zombies ! La folle sarabande s’achève par la mort de Hakim, le fils de l’ancien harki et voisin de Si Omar. Car le jeune homme sanguinaire est devenu à son tour un traître à la nation, son ascension fulgurante dans une organisation terroriste armée étant ponctuée par une longue série d’assassinats, de rapts, de viols, de rapines… A la fin du livre, c’est le propre fils de Si Omar qui se charge d’écraser la tête du serpent. Ainsi reprend-il le flambeau de la lutte, le vieux père endosse, lui, la responsabilité du meurtre de l’émir devenu repenti (et crâneur) par la grâce de la politique de réconciliation nationale. Le message est clair, la symbolique sans détour. Mais peut-on reprocher à l’auteur de verser dans le militantisme naïf, cette vision manichéenne de l’histoire et qui donne une «littérature» de combat avec des héros positifs et des héros négatifs ? Certes non, le roman ayant été probablement écrit dans l’urgence. Une sorte de témoignage fictionnel pour dire, dénoncer les errements et les abus, et en fin de compte, tirer la sonnette d’alarme. Car la patrie pourrait tomber «comme un fruit mûr entre les mains d’opportunistes. Vous ne trouverez plus de patriotes sincères pour la défendre et la sauver une nouvelle fois. La génération que je représente sera totalement éteinte» (p. 344). L’alarmisme (le cri) de l’auteur est bien exprimé en dernière page de couverture où il est dit : «A travers Si Omar et les différents acteurs de ce roman, c’est toute l’histoire du pays qui est racontée. Depuis les premières émigrations, en passant par les différentes guerres et crises qui aboutissent au désastre des années quatre-vingt-dix. Un pays à feu et à sang…» Ali Kader en a vraiment gros sur le cœur, et Le vieux fusil est évidemment écrit avec les tripes. Cela n’empêche pas, bien au contraire, un travail méticuleux dans la recherche du moindre détail et dans l’appel aux plus lointains souvenirs. Tout est décortiqué et analysé avec une précision d’horloger, depuis les scènes de la vie quotidienne au village, l’exil, jusqu’aux actes terroristes dont l’auteur dénude les mécanismes… A lire donc pour tous ceux qui aiment le style narratif enrichi de dialogues et de rebondissements dans l’intrigue. Une écriture qui emprunte aux techniques cinématographiques. Ali Kader a surtout le mérite d’être un excellent conteur.
Hocine T.
Le vieux fusil, d’Ali Kader, Enag éditions, 2010, 350 pages.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/12/27/article.php?sid=110546&cid=16

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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