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Chronique du jour : LETTRE DE PROVINCE Code de la famille et femmes «entièrement à part» Par Boubakeur Hamidechi

7 décembre 2010

Contributions

hamidechiboubakeur@yahoo.fr
… Mais enfin quelle mouche sexiste a-t-elle dérangé ce wali jusqu’à l’amener à chasser d’une salle des femelles algériennes qui s’apprêtaient à tenir colloque et y réfléchir sur la violence qu’elles subissent ? Pourquoi donc l’administration obéissante par vieux réflexe a-telle estimé qu’un débat dans un espace clos pouvait porter en soi les germes d’une dissidence à l’encontre de l’orthodoxie du régime ?


In fine, de quel droit des citoyennes d’un genre «particulier » ne seraient-elles pas habilitées à interpeller la société dans son ensemble ainsi que ceux qui la gouvernent sur tous les aspects discriminants codifiés dans un texte de loi ? Nos chères et néanmoins pauvres moitiés devront-elles se contenter, ad-vitam aeternam, de ce statut de deuxième collège selon la bénédiction des tables de la religion ? Y aurait-il par conséquent un féminisme islamique plus protecteur pour elles que tous les droits positifs ? Une avocate, madame Wassila Tamzali(1), s’inscrit-elle en faux contre cette invention de certains cercles à partir de l’Occident. «C’est un concept qui a été lancé à Barcelone dont l’objectif principal est de montrer la pertinence de l’Islam pour libérer la femme», déclarait-elle. Elle relèvera ensuite et avec une certaine subtilité dans le distinguo ceci : «On peut être croyant et féministe, musulman et féministe, mais on ne peut pas être féministe et musulmane» ! Tout est dit dans cette sentence qui décrète que le combat libérateur de la femme algérienne, voire arabe et musulmane est exclusivement une affaire qui la concerne. Et que tout le reste n’est que la manifestation condescendante du mâle lorsqu’il soutient sa revendication de citoyenne à part entière quand la tradition en a fait une exception. C’est-à-dire une singularité entièrement à part. Dorénavant, il faudra bien plus qu’un débat entre militantes spécialisées et pouvoir politique pour espérer l’abrogation d’un code simplement rafistolé à partir de la mouture initiale datant de 1984. Il semble plus indiqué de solliciter une mobilisation plus large de la classe politique et ne plus hésiter à engager le fer frontalement partout où se nichent les poches islamisantes dans l’appareil d’Etat. En clair, ne plus craindre la polémique et même toutes les accusations de sacrilège aux supposés «valeurs intangibles» de la religion. C’est que l’enjeu d’un futur code de la famille, solidement ancré dans son siècle, consiste à déboulonner toutes les statues dans lesquelles se reconnaissent les clercs de la spiritualité. Faire en sorte qu’un prochain texte ne puisse plus s’articuler uniquement autour de correctifs qui seront apportés aux aspects discriminants dans des précédentes lois mais exiger sans concession du législateur qu’il «sorte» de la Charia pour ne s’appuyer que sur le concept d’un code civil. Ce fameux préalable, qui en toutes circonstances a fait du corpus religieux l’unique référence pour établir l’égalité citoyenne, n’a-t-il pas été à l’origine de l’échec du texte de 2005 ? Autrement dit, au code aberrant de 1984 se substitua un texte incohérent et parfois contradictoire d’une règle à une autre qui attesterait plutôt d’une somme de compromis que d’une avancée, voire d’un progrès. Or, la frilosité légendaire des pouvoirs d’Etat face aux religieux ne les a-t-elle pas généralement inclinés à transiger sur la question ? A force de ménager leurs avis et de ne se soucier en priorité que de leurs réactions, l’Etat a fini par rétrocéder une de ses missions à la mosquée et ses dépendances. Déléguant aux émetteurs de fetwas le soin de modeler le cadre juridique de la famille, il ne semble plus en mesure aujourd’hui de récupérer une prérogative tant l’influence de l’islamisme est prégnante dans l’ensemble de ses rouages. Sa subordination aux préceptes idéologiques de l’islamisme politique n’est pas imaginaire. C’est un fait établi depuis dix années (concorde et réconciliation) et constamment illustré et vérifié dans les actes de la gouvernance. Au sujet du code de la famille justement, combien de fois les associations de défense des droits de la femme se sont-elles entendu répliquer : «Qu’ils (les courants islamistes) ont le droit d’exprimer leur avis. Aussi n’y a-t-il pas lieu de les exclure de la concertation. »(2) Or, la réalité sur la question est tout autre puisqu’ils furent les uniques donneurs d’ordre aussi bien en 1984 qu’en 2005. En effet, il est de notoriété historique que le garde des Sceaux de Chadli, Boualem Baki, à l’origine du terrible texte de référence, était entouré exclusivement d’exégètes de la Charia. Quant au code remanié en 2005, son élaboration conduite successivement par Benflis et Ouyahia, n’a-t-il pas été fortement amendé dans le même sens et par les mêmes lobbies. En clair, les dépositaires du droit musulman ont toutes les fois bénéficié de la prééminence et parfois bien plus. En effet, seuls en dernier ressort, ils édicteront aux décideurs politiques les grilles de référence sur le moindre document relatif au statut personnel. Pour preuve, il est difficile de dénicher au cœur des deux décennies passées un seul exemple ou prédicateurs et exégètes patentés se sont abstenus de faire pression sur les juristes de la République. Leurs relais présents dans les strates de la haute administration sont en permanence actifs quand il s’agit du statut de la femme de la même manière qu’ils demeurent les censeurs discrets des programmes du système éducatif. Leur influence n’est pas la traduction exacte du poids politique qu’ils prétendent détenir dans la société. Elle est le résultat de la progressive clochardisation de l’appareil d’Etat qui, pour survivre, en a fait sa béquille politique contre les valeurs républicaines qu’il n’incarne plus. Si ces derniers jours le code de la famille redevient un sujet de premier plan, cela signifie que le cadre actuel inspiré par les religieux est devenu insupportable au point de justifier les indignations qui s’expriment dans les colonnes des journaux. Au regard des dégâts irréparables dans l’équilibre familial, il ne paraît pas possible d’aborder un changement de texte sans que soit mis clairement fin à la référence au droit canon. Tout combat qui exclut l’ouverture sur les grandes doctrines prônant l’égalité citoyenne et reléguant la religion dans la sphère privée qu’est la sienne d’ailleurs risque de reproduire les mêmes désenchantements. Mais comment y parvenir sans s’aventurer dans la difficile controverse sur la laïcité, cette voie républicaine balisée par la séparation du spirituel et du temporel ? Le code de la famille concentre justement autour de ses tenants et aboutissants cette problématique encore taboue dans l’espace musulman. La sujétion de la femme étant justement le thème dominant des religieux, cela explique que son statut demeure l’indicateur le plus portant dans les diagnostics du développement humain en terres d’Islam. C’est à travers l’évolution de sa condition que se mesure la volonté du législateur. Or, en Algérie comme dans certains Etats arabes, toute la latitude accordée au juriste en droit positif s’arrête à la frontière de la famille et à la condition féminine qui n’ont cessé de relever de la tradition. A cette même frontière culturelle et cultuelle bute également le pouvoir politique qui, faute de s’armer de courage pour transgresser un dogme infâme, se réfugie derrière le déficit de l’ijtihad afin de préserver cette entente qui lui sert tant avec les tuteurs de la foi.
B. H.
(1) Lire l’interview qu’elle a accordée à El Watan dans son édition du 27 novembre.
(2) Madame Boutheina Chriet, alors ministre chargée de la Famille et de la Condition féminine dans le gouvernement de Benflis, tenait les mêmes propos en novembre 2002.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/12/04/article.php?sid=109464&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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