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A quoi sert l’histoire ?

4 décembre 2010

Non classé

A quoi sert l’histoire ?

le 07.10.10 | 03h00


L’histoire est en Algérie une affaire populaire. Vécue comme une machine à remonter le temps, elle est devenue au fil des jours un vivier de références pour éclairer le présent et inventer l’avenir.

Par martyrs interposés, partis et personnalités cherchent à  s’approprier le passé pour asseoir leur légitimité ou pour contribuer au changement. Paradis pour les fabricants de pieuses légendes, elle est un enfer pour les historiens.  Ceux-ci sont comme tous les êtres humains constitués de valeurs, mais ils ont une base commune : la méthode historique qui leur permet d’établir les faits.  Nationaux, on les somme par différents moyens  de pression de ne pas toucher aux apôtres de l’histoire officielle. On s’arrange donc pour faire oublier à l’opinion les conditions politiques et sociales  dans lesquelles est produit le discours historique, les principes qui président à la formation des départements d’histoire, les centres de recherche et plus largement aux programmes et à la pédagogie des enseignants.

El Watan ne devrait-il pas s’intéresser à l’ensemble de cette organisation et l’analyser sans préjugé aucun et sans attendre qu’on fasse ailleurs qu’en Algérie le bilan des ravages de l’obscurantisme dans les sciences humaines.
Un autre problème au cœur des controverses sur la méthodologie du savoir historique a trait aux bases de la pertinence de ce savoir.
L’école d’histoire nationaliste estime que seuls les Algériens peuvent parler en connaissance de cause de leur pays. Mais l’objectivité d’un point de vue autochtone  qui serait indépendant est loin d’être prouvée. En 1965, Mohamed Chérif Sahli  a écrit un ouvrage intitulé Décoloniser l’histoire.

Dans les faits, son projet s’est traduit par la substitution d’une histoire officielle de la colonisation à une autre. L’Etat indépendant a mis Clio (1)  au service de sa légitimité. Malgré un socle Commun, chacun des Présidents qui se sont succédé depuis 1962 a donné sa propre version de l’histoire, aucune ne ressemble à l’autre et il s’est toujours trouvé des meddahs pour la transcrire. Jusqu’à quand continuera-t-on à sacraliser les questionnements  qui mutilent  la dimension internationale de l’Algérie et à ignorer d’autres plus  significatives de notre présent ?

Quel est l’intérêt du retour mémoriel sur la colonisation s’il ne nous permet pas, dans notre réflexion, de donner au présent un sens apte à rendre à l’Algérien sa dignité et à ruiner le principe caïdal autoritaire dans la gestion du pays. Peut-on continuer à renvoyer tous les facteurs explicatifs  de nos impasses à la colonisation quand on sait que les dynamiques qui ont façonné autrefois le devenir du pays et l’ont mené à la sujétion… sont toujours à l’œuvre. Colonisés, les Algériens sont-ils seulement des victimes, ou ne sont-ils pas aussi des acteurs responsables de l’histoire qui leur est arrivée ?  Peut-on continuer un demi-siècle  après l’indépendance à réduire  notre histoire à une séquence précoloniale travestie  et à une séquence coloniale ? Ne faut-il pas leur ajouter une séquence post-coloniale et ne pas fuir les questions embarrassantes auxquelles  l’homme de la rue nous invite tous les jours ?

L’ostracisme à l’égard de la culture internationale dénoncée comme une «invasion culturelle» de l’Occident  ne contribue-t-il pas à l’enfermement de l’Algérie sans raffermir pour autant les fondements de l’algérianité? Enfin, doit-on, à l’image des auteurs français de la loi du 23 février 2005, imposer aux historiens le raisonnement manichéen qui évacue la complexité de l’histoire, la réduit à des aspects positifs ou négatifs et ferme la voie à tout dialogue. L’article 62 de la Constitution n’a-t-il pas pour fonction de sacraliser des mythes au détriment de la vérité et ouvrir la voie à la censure ?                                              

Mohammed Harbi (Historien)

 

 

© El Watan

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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