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Le coq et… le reste des poules mouillées ! par Slemnia Bendaoud*

28 octobre 2010

Contributions

Dans toute basse-cour, il y a bien évidemment de nombreuses poules et… au moins un coq.

Ce coq-là, parfois le seul à s’y trouver au beau milieu de ces volatiles-femelles, mène à sa guise le bal.



Il est bien souvent le seul coq de cette grande basse-cour, du poulailler, de la ferme, du douar et même par extension… du village ! Le coq du village ? Voilà une très belle expression qui ne manquera certainement pas de susciter chez l’être humain bonne impression et surtout de nombreuses sensations !

Cette expression – faut-il au besoin le souligner ? – est très belle, celle-là ! Jusqu’à allègrement bien voyager parmi le monde des humains également! Notre coq à nous n’est ni Gaulois ni très sportif. Il est tout juste le maître d’une population de volailles. De volatiles ! Et lorsque ce tout minable ou jeune coq atteint par effraction ou encore grâce à un heureux concours de circonstances ce stade avancé ou cette place privilégiée dans la haute sphère de la hiérarchie que constitue le monde de ses pairs et compères, il se fait bien évidemment désirer, courtiser et convoiter par cette meute de « marée animale » féminine de surcroît, devenant, en fin de compte, tout juste…un ramassis de poules mouillées ! Ce jeune et très prétentieux coq – de la ferme ou du village – ouvre donc droit tout naturellement à bien des égards, et surtout à beaucoup de considération dus à son rang privilégié : celui du Roi de la petite basse-cour sur laquelle il veille, et de loin surveille à longueur de temps ses moindres mouvements et actions. A mesure que le temps passe, le jeune coq, devenant grand, se fait distinguer de ses pairs et semblables grâce à son look affiné, au goût de sa vie raffiné, et surtout à son mélodieux et très long cocorico matinal, bien prononcé et répété au besoin jusqu’à chatouiller de son air l’ouïe et l’oreille du maître de céans pour le réveiller dès l’aube, à l’heure de la prière du « fadjr », laquelle annonce tôt le matin la longue journée du monde paysan. Ce jeune coq, affranchi de sa nouvelle mission et investi de ce pouvoir total et légendaire, veille « bon pied, bon œil » sur son propre monde et surveille dès l’aurore l’autre monde, le nôtre bien évidemment. Pour service rendu à l’humanité et à la basse-cour, il obtient la bénédiction du chef tout indiqué et le concours précieux de toute une population féminine amassée dans cette basse-cour, dont les femelles les plus remarquées et remarquables lui font les yeux doux et volontairement la cour.

Ce coq-là vit alors constamment sur son nuage qu’il ne quitte ou n’y descend que tout juste pour s’accoupler à ces belles poulettes en chaleur, pressées de prendre la place de ces vieilles poulardes, admises à la retraite et complètement lessivées pour avoir abondamment pondu de ces œufs, lesquels ne leur auront servi à rien, sinon à se faire éclore pour délivrer plus tard ces tout jeunes coqs qui leur font la guerre ou subir de nombreuses misères. L’histoire des volatiles, à proprement parler, s’arrête à ce niveau-là.

Quittons alors ce monde animal pour celui à vrai dire humain, en tentant bien évidemment de lui transposer cette « bonne morale volatile ». Chez les humains, dès qu’un jeune coq monte sur son piédestal, il montre aux autres ses jolis et forts ergots, exhibe son multicolore plumage, réserve pour sa petite famille l’exclusivité de son beau ramage, et cesse bien sûr ses cocoricos matinaux pour ne plus s’occuper après du temps.

Chez les humains, le coq n’est vraiment un coq que pour voir son monde d’en haut ! Que pour le prendre toujours de haut également ! Oubliant qu’il fut à son jeune âge tout juste un œuf, moins rond et plus ovale sinon tout à fait quelconque dans sa physionomie et relief. Oubliant même les bienfaits de cette poule pondeuse aux yeux d’or, lui donnant autrefois réelle vie et concrète naissance, sortie pour ce faire spécialement de ces réunions-marathon du système socialiste des années de plomb qui lui plombait le ventre par moment, rendant très difficile son imminent accouchement ! Oubliant surtout que ce sont ces poules mouillées qui l’ont à un certain moment élu à cette noble fonction qui consiste à les gouverner, plutôt bien gouverner, pour un temps peu ou suffisamment long ! Oubliant enfin ce monde d’en bas d’où il est finalement parvenu à ce monde d’en haut et ces hautes fonctions électives pour ne plus jamais penser y retourner après ! Mieux encore, la comparaison entre le coq de la basse-cour et le coq du village ne s’arrête malheureusement pas à ce seul paramètre. Ils ont encore comme ennemi commun et naturel : le temps !

Le volatile sait pourtant l’utiliser à bon escient et surtout au profit du groupe et du monde de la ferme au moment où l’autre coq, celui dit « humain », ne l’utilise, lui, que pour les propres besoins de la petite famille, naturelle et biologique, ou celle partageant depuis longtemps avec lui le pouvoir. Mais le temps est un adversaire redoutable. Il met fin à des règnes. Bien naturellement à des vies humaines et animales. Cela, le coq du poulailler en est bien conscient. Très conscient de son danger imminent ! il le sait et s’apprête ou active à préparer à cette dure fonction de succession son remplaçant tout indiqué au poste en question dès qu’il se sent émoussé ou fatigué pour se lever tôt le matin afin de réveiller son monde à lui et l’autre monde vivant à ses côtés. Il sait également qu’à n’importe quel moment, le fermier, très généreux et fier de sa condition, aura et personnalité, peut tout simplement le sacrifier sur l’autel d’un repas festin à partager avec ses convives et autres invités.

Il sait également qu’en arrivant à bout de son souffle, il ne pourra plus jamais pousser pour longtemps encore ses très longs et beaux cocoricos qui faisaient de lui naguère ce Roi de l’azur, respectueux des gens de la ferme et très respecté par les siens. Il sait également que l’alternance au pouvoir est une question des plus naturelles chez les animaux et le monde des volatiles, et qu’il faut bien, un jour, quitter la scène en tant que Seigneur arrivé à l’âge de la retraite plutôt que de le faire et s’en défaire comme un Roi déchu de son trône et de sa couronne.

Face à tout cela, que sait encore l’autre coq ? Sait-il tout ou ne sait-il absolument rien du tout de tout cela ? Lui, qui se prend pour le coq du village, il oublie complètement sa famille élargie dès qu’il est au sommet ou en haut de la pyramide du pouvoir. Il s’oublie souvent dans sa tour d’ivoire et dans son règne absolu du pouvoir, pour ne penser même pas à la mort certaine de l’être humain et de l’animal. Il a décidé de se comporter ainsi : il ne pensera plus à personne ! ni à quiconque, sauf à celui qui lui ravira un jour le fauteuil sur lequel il s’assied et croit qu’il lui colle à la peau, pour se capitonner ses portes et se cantonner dans son silence bizarre et hilare, contemplant plus loin ce temps passer dont ni lui-même ni son peuple n’en profiteront à souhait. Il sait, lui aussi, que son monde à lui est surtout fait de poules mouillées et que si jamais l’occasion leur est un jour donnée, elles ne pourront en aucune façon lancer ce joli cocorico que seul le coq du village ou du poulailler sont en mesure de pousser pour définitivement détenir ce précieux secret d’égailler avec le monde de la basse-cour et de réveiller avec celui obligé d’aller tout à l’heure travailler aux premières lueurs de la journée. Mais, il oublie cependant qu’en tant que vrai dictateur d’un monde composé de poules mouillées, il ne pourra jamais, au grand jamais, s’élever au rang de celui du coq de la basse-cour. A côté de cela, ni son prestige surfait ni même sa haute-cour ne lui seront d’un quelconque concours. Il sait au moins deux choses :

- Qu’il triomphera toujours sans la moindre gloire,

- Qu’il manquera fondamentalement de probité intellectuelle dans son discours, n’ayant malheureusement plus cours.

Fait curieux tout de même, aujourd’hui, entre haute-cour et basse-cour, il n’existe plus aucun discours. Il n’y a que ces « radeaux à long cours » pour mener ces jeunes populations vers l’autre rive, fuyant à contrecœur ce monde de poules mouillées !

(*) Universitaire et écrivain. Il est, entre autres, l’auteur d’un titre paru en 2009, chez Edilivre, France, intitulé : « Miliana : le relief qui a fait son histoire défait son quotidien ».

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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