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La vraie déclaration de politique générale par Kamel Daoud

26 octobre 2010

Contributions

Un jour d’octobre, un très haut responsable de la NASA ouvre les portes d’un café privé, fréquenté par des fabricants d’allumettes et leur explique, longuement, ce qu’il va faire en termes de calendrier de lancement des satellites et d’assainissement de l’orbite

géostationnaire. Logiquement, ça n’a pas de sens : il travaille à la NASA, sous les ordres d’un employeur unique qui ne fréquente jamais ce café et à qui il doit rendre des comptes exclusivement. D’un autre côté, les habitués de ce café savent qu’ils n’ont aucun droit de regard sur la recherche spatiale parce qu’ils sont spécialisés dans les allumettes, que ce responsable ne dépend pas de leur avis et de ce qu’ils peuvent penser et que toute cette scène est soit un non sens, sois un accident, soit une erreur d’adresse, soit un test technique pour tester leur capacité auditive, soit un grand malentendu. La rencontre deviendra encore plus absurde si le responsable fait vraiment semblant de s’adresser au bon auditoire et si les fabricants d’allumettes croient qu’ils ont vraiment une importance à ses yeux ou une mission dans le cadre de la conquête du Cosmos. Vous l’aurez compris, il s’agit d’une scolastique par défaut pour illustrer les séances d’explication de politique générale soutenues par le Premier ministre de chez nous face aux députés de chez eux-mêmes.

On peut se faire hypnotiser par la scène et la consommer comme une tradition dans tout pays déjà démocratisé mais il n’en est rien. Le Premier ministre est l’employé de son Président, à qui il doit rendre des comptes, expliquer un programme ou une vision et demander une appréciation. Dans le cadre de cette relation de travail, l’avis des élus des chambres n’a pas d’importance, ne pèse pas et ne signifie rien ni dans le consentement ni dans le cas du refus. D’un autre côté, ces élus sont si peu élus par leur peuple qu’il leur manque, de facto, l’essentiel qu’il faut pour peser : le poids. Elus par le système qui les a élus et qui leur présente son premier ministre, ils ne peuvent pas être contre, même par le geste esthétique. D’ailleurs, pour obliger un premier ministre à rendre des comptes, l’adouber ou le contredire, il faut exister, c’est-à-dire être élu, c’est-à-dire représenter une opinion. A quoi rime donc cette présentation de politique générale d’un homme qui n’a pas à rendre des comptes et surtout à ceux qui représentent le moins dans la hiérarchie des pouvoirs ? A asseoir les apparences d’une tradition et du faire semblant. C’est un rite, une tradition, une tromperie sur la réalité, une mode aussi. Sans ce genre de geste, il faudrait se résoudre à dissoudre le Parlement et puisqu’on ne l’a pas encore voulu, autant donner du faux emploi à ceux qui en manquent le plus. D’un autre côté, une relation trop évidement directe, autonome, entre un premier ministre et un unique algérien souverain, serait une sorte de violence faite aux apparences qui va incommoder les apparences du pluralisme assis et du parti unique pluriel. On fait semblant de consulter le peuple et donc on fera semblant de consulter les élus de ce peuple qui a fait semblant de les élire. Le présentateur de la politique générale fera semblant de s’intéresser à ceux qui font semblant d’avoir de l’intérêt à s’intéresser à ce qui ne les intéresse pas par rapports de force. Il y aura donc faux débat, fausses oppositions, fausses questions, fausses réserves, fausses polémiques mais de vrais applaudissements. C’est essentiel. Voter n’est pas important mais applaudir est vital : c’est une activité qui permet d’exprimer d’abord de l’admiration pour les prouesses du régime, de la gratitude pour avoir été sélectionné comme personnage secondaire d’un vrai monologue, et du soutien à l’ordre des choses qui consiste à adresser à des gens qui ne pèsent rien et qui sont choisis à cause de cette humilité, de cette pauvreté d’indices de poids et de cette complicité dans le jeu. Des applaudissements qui consacrent le rapport de force comme une réussite triomphale et comme un ordre des choses salutaire. C’est ça la politique générale du système DZ. Un viol, les yeux dans les yeux, en expliquant que les fusées spatiales de notre NASA nationale décollent avec des allumettes et que cela ne se fera jamais sans.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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