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106e ANNIVERSAIRE DE LA MORT D’EBERHARDT À AÏN-SEFRA «Safia» commémore Isabelle

26 octobre 2010

LITTERATURE


L’association culturelle Safia Ketou a commémoré le 106e anniversaire de la disparition tragique d’Isabelle Eberhardt, décédée, rappelons-le, dans les crues de l’oued Sefra, le 21 octobre 1904.


De ce fait, un programme très riche a été concocté par les membres de l’association au centre culturel de Aïn-Sefra, où une conférence-débat a été animée par le journaliste Brahim Henine, sous le thème «L’énigme Isabelle», suivie de la projection d’un film sur Isabelle tourné dans son ensemble en Tunisie. Plusieurs intervenants ont pris part au débat, notamment M. Beghdadi Boutkhil, qui a écrit des poèmes sur Isabelle, ou encore M. Amieur Boudaoud, qui a fait une critique sur le film en question, publiée à travers la presse, et bien d’autres à l’exemple de M. Chami Med Habib, et Grari Abdelkader, connus pour leurs recherches sur cette journaliste et romancière. Isabelle Wilhemine Marie Eberhardt est née le 17 février 1877 à Genève. D’origine russe, sa mère Natalia, aristocrate de St- Pétersbourg, était veuve d’un général tsariste qui s’installa en Suisse en 1871. Certains auteurs lui donnent comme véritable père Alexandre Nicolavitch Trofimovsky. A 20 ans, elle apprit 5 langues (le français, l’allemand, le turc, l’arménien, l’anglais, l’arabe et le russe). Est-ce qu’elle a 20 ans d’écriture ou l’âge de 20 ans ? s’est-on interrogé en ce moment sur sa plume. Après qu’elles ont quitté la Suisse pour l’Algérie, première destination d’Isabelle et de sa mère Natalia, c’était Bône (Annaba) qui les accueillit. Sa mère, après sa reconversion à l’islam, s’appelait Fatima Ménoubia (enterrée au cimetière musulman de Annaba). En 1900, Isabelle s’installa à Oued-Souf, adhéra à la zaouia soufia, et se maria avec Slimane Ehni, selon les coutumes musulmanes. En 1901, elle fut blessée à coups de sabre à Béhima (El-Oued) ; au procès, elle créa un scandale en sollicitant l’indulgence pour son agresseur. Elle fut alors expulsée du territoire algérien et s’en alla à Marseille. L’académicienne Edmonde Charle- Roux, dans l’un de ses écrits, décrit cet acte comme le premier attentat intégriste de l’histoire contemporaine. En 1902, elle est de retour en Algérie, précisément à Ténès où son mari deviendrait fonctionnaire. En septembre 1903, elle vint dans la région en tant que reporter d’ El-Akhbar et de la Dépêche algérienne, quelques jours seulement avant que Lyautey ne devienne général de la subdivision militaire du territoire de Aïn-Sefra. Appelé communément Si-Mahmoud, Mahmouda, ou Mahmoud Saâdi, pour son uniforme masculin en cavalier arabe, elle est un de ces personnages à la fois universels et uniques. Isabelle, dont les sujets de curiosité, les motivations, tout dans son comportement était jugé repréhensible, revendiqua seulement la liberté de se convertir à l’islam, d’aimer un peuple et un pays – l’Algérie – un pays qui n’était pas le sien, d’y vivre fièrement en déracinée, tout en cherchant une intégration à première vue interdite. La liberté de prendre ses distances vis-à-vis de la société coloniale, c’était braver l’opinion et en subir les conséquences, c’était aller jusqu’au bout de soi-même en provoquant haines et suspicions, c’était aimer le désert et en mourir. L’énigme Isabelle, dont le mode de vie, les amitiés et les habits masculins avaient étonné plus d’un sur les rives du lac Léman, étonna bien davantage les Français d’Algérie, qui l’observèrent avec méfiance. Par sa plume précise et acerbe, elle s’est insurgée contre les comportements inhumains des troupes coloniales et dénoncé leurs agissements en sa qualité de romancière et de reporter aux journaux Al-Akhbar et la Dépêche algérienne. Isabelle ne racontait de l’Algérie «rien de ce qui aurait pu plaire au colonialisme». Elle aurait pu avoir accès au monde secret des femmes : les bains, l’intimité familiale, les costumes chatoyants, les heures de farniente, le mystère des harems, les billets doux, etc. Isabelle avait les yeux ailleurs. Son regard n’allait se poser ni sur l’Orient des richesses ni sur celui des mirages, il n’allait qu’à l’Orient des réalités quotidiennes, aux faits et gestes des plus humbles. «…Ceux qui n’ont rien et à qui on refuse jusqu’à la tranquillité de ce rien». Isabelle demeurait une âme en peine, en peine de liberté… Comme elle le décrit ci-après dans un extrait du désir d’Orient : «… Je travaille à noter mes impressions du Sud, mes égarements et mes inventaires, sans savoir si des pages écrites si loin du monde intéresseront jamais personne. N’est-ce pas la terre qui fait les peuples ? Que sera l’empire européen d’Afrique dans quelques siècles, quand le soleil aura accompli dans le sang des races nouvelles ? A quel moment nos races du nord pourront-elles se dire indigènes comme les Kabyles roux et les Ksouriennes aux yeux pâles ? Ce sont là des questions qui me préoccupent souvent… », disait-elle. Isabelle fait partie du patrimoine culturel et touristique de Aïn-Sefra. D’ailleurs, elle décrit et écrit : été 1904 : «J’ai quitté Aïn-Sefra l’an dernier aux premiers souffles de l’hiver. Elle était transie de froid, et de grands vents glapissants la balayaient courbant la nudité frêle des arbres. Je la revois aujourd’hui tout autre. Maintenant que j’y vis, en un petit logis provisoire, je commence à l’aimer. D’ailleurs, je ne la quitterai plus pour un maussade retour vers le Tell banalisé, et cela suffit pour que je la regarde avec d’autres yeux : ce ne sera que pour descendre plus loin que j’irai là-bas, où dorment les hamada sous l’éternel soleil…» écrit Isabelle. Notons que deux tabous ont été cassés, le premier sur la reconnaissance d’Isabelle, et le second sur l’islamité d’Isabelle. Le président Abdelaziz Bouteflika a, à deux reprises, cité Isabelle dans ses discours, notamment aux Emirats, où se tenait le forum «Désert du Monde», alors que le président du HCI, Cheikh Bouamrane, a tenu une conférence sur l’islamité d’Isabelle lors de la commémoration du centenaire de sa mort organisée à Aïn-Sefra (2004). Rappelons, enfin, que plusieurs cinéastes et écrivains continuent à marcher sur les traces d’Isabelle à la recherche des inédits. L’écrivaine Edmonde Charles-Roux, membre de l’académie de Goncourt, a consacré à Isabelle une volumineuse biographie, dont le dernier livre Isabelle du désert compte 1 108 pages. Alors que le cinéaste Ali Akika a procédé à la réalisation d’un documentaire de 59 mn intitulé La fièvre de l’errance. Isabelle Eberhardt meurt à l’âge de 27 ans, lors de la crue subite et catastrophique de l’oued Sefra, le 21 octobre 1904. Elle repose au cimetière musulman Sidi-Boudjemaâ à Aïn-Sefra sur cette terre d’Algérie qu’elle a tant chérie.
B. Henine

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/10/26/article.php?sid=107899&cid=16

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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