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ENTRETIEN AVEC L’ÉCRIVAINE DJEMILA BENHABIB Confessions sans concessions

25 octobre 2010

LITTERATURE


Salué par la critique, le livre Ma vie à contre-Coran, une femme témoigne sur les islamistes (ed.VLB) est aussi best-seller au Québec, la province francophone du Canada. L’auteure de cet essai bien documenté est Djemila Benhabib, née en 1972 en Ukraine, d’un père algérien et d’une mère chypriote.


Mais c’est à Oran qu’elle a grandi au sein d’une famille de scientifiques engagée dans les luttes politiques et sociales. Elle-même a fait au Canada des études en physique, en sciences politiques et en droit international. Condamnée à mort par les islamistes, Djemila Benhabib se réfugie en France en 1994, avant de s’installer en 1997 au Québec. Dix années plus tard, elle publie Ma vie à contre-Coran, une femme témoigne sur les islamistes (Réédité en Algérie par Koukou), considéré comme «un vibrant plaidoyer pour l’égalité, la laïcité et le vivre-ensemble au-delà des carcans ethniques et religieux». Elle dénonce également les méfaits de l’islamisme politique, en Algérie, dans le monde musulman et aussi en Occident en dévoilant ses stratégies d’instrumentalisation des communautés musulmanes. Djemila Benhabib est aussi une journaliste qui a fait de nombreux reportage à travers le monde, notamment au Moyen-Orient. En novembre 2009, au Sénat français, elle a été consacrée «Femme debout dans le monde» par deux organismes féministes français, dont un fondé par Simone de Beauvoir. Au classement du magazine Châtelaine, elle figure parmi les cinquante femmes qui ont marqué le Québec ces 50 dernières années. Dernièrement, Djemila Benhabib s’est vu attribuer le prix «Femme du Mérite» 2010 du YWCA, dans la catégorie communication. Dans cet entretien, elle livre ses impressions, sans la moindre concession, sur son combat et ses principes.

Le Soir d’Algérie : Le titre de l’ouvrage laisse croire que vous êtes contre l’islam en tant que religion, ce qui n’est pas le cas en lisant le livre. Pourquoi ce titre ?
Djemila Benhabib : Je suis contre l’islam institutionnalisé. Je suis contre un Etat fondé sur l’islam comme l’est l’Etat algérien à travers l’article 2 de sa Constitution. Je suis fatiguée d’entendre des hommes évoquer Allah pour battre leurs femmes et les répudier. Je suis terrifiée de constater à quel point l’Etat est devenu une succursale de la mosquée. Mon modèle n’a jamais été l’imam de mon quartier mais plutôt Kateb Yacine et les Djamila de la guerre de libération. Quant au titre, c’est le reflet du cheminement d’une femme libre qui s’assume totalement. A vrai dire, pour rien au monde je ne céderai, ne serait-ce qu’une infime parcelle de mon espace de liberté si chèrement acquis. Je refuse de me faire violence. Je refuse de traverser les tumultes de l’histoire les bras ballants. En quoi cela est-il si scandaleux ?
Vous n’êtes pas d’accord avec «des vérités» dans le Coran ou la Bible, comme la création d’Adam et d’Eve, la création du monde en six jours ou «l’atome» dans le Coran.
Vous savez, que des croyants croient en ces fables c’est une chose, et c’est leur problème. Par contre, que des Etats institutionnalisent l’ignorance et maintiennent des populations entières dans la misère intellectuelle, c’est un crime. C’est cela qui devrait nous préoccuper car nous ne pouvons continuer d’ignorer les données objectives de l’histoire. Dans le monde arabe et musulman, l’islam officiel sert à éliminer les œuvres scientifiques et critiques, à déclarer subversive toute production intellectuelle, artistique, culturelle qui ne s’inscrit pas dans le discours dominant. Voilà concrètement quelques aspects de l’islam en 2010.
Des croyants, musulmans, chrétiens, juifs ou déistes, disent aujourd’hui que c’est Dieu qui a créé le temps et l’espace, ce qui fait qu’il n’a pas besoin d’un «temps» pour créer le monde. Votre avis ?
Ce que disent des croyants au sujet de l’espace-temps n’a que très peu de résonance en moi. Je préfère nourrir ma réflexion scientifique en me référant à Hubert Reeves, Georges Charpak ou Albert Einstein et bien d’autres. D’ailleurs, j’ai étudié en physique et c’était un véritable bonheur que de pouvoir explorer certains aspects philosophiques du monde qui nous entoure avec des outils scientifiques. Le rôle des religions n’est pas de donner sens à la cité, ni de la gouverner et surtout pas d’expliquer des phénomènes naturelles. La religion est de l’ordre de l’intime et du privé.
Beaucoup croient que votre livre est un roman…
Certes, mon livre se lit comme un roman, c’est pourtant bel et bien un essai qui est solidement documenté. Ce qui lui a valu d’ailleurs de remporter le Prix des écrivains francophones d’Amérique et d’être finaliste pour le Prix du gouverneur général dans la catégorie essai, ce qui est en soi extrêmement prestigieux au Canada. C’est d’ailleurs la première fois qu’un Algérien se distingue dans ces deux catégories.
Comment avez-vous retrouvé l’Algérie en cette année 2010 ?
La question demeure entière, comment un pays qui dispose de tous les moyens pour réussir s’enfonce de cette manière ? Nous n’avons pas suffisamment médité notre expérience et appris de nos échecs. Si nous l’avions fait, un certain nombre de questions seraient déjà tranchées. Or, nous n’en sommes pas là. La séparation du politique et du religieux est toujours d’actualité. Le respect des libertés individuelles reste une aspiration réelle et constitue un immense défi. Je vois bien, par exemple, ce qui se passe avec la dynamique créée autour des non-jeûneurs. On est en plein dans la liberté de conscience. Si l’Algérie porte en elle des embryons de liberté, c’est surtout grâce au courage et à la détermination de quelques personnes qui se sont affranchies des pesanteurs de l’islam pour briser des tabous et faire avancer la société qui contrarie toute perspective d’émancipation.
Propos recueillis par Kader Bakou

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/10/25/article.php?sid=107852&cid=16

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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