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Regards sur l’un des plus grands cimetières d’Algérie par Kamel Daoud

19 octobre 2010

Contributions

On peut rappeler à Sid Ahmed Ghozali qu’il a fait, longtemps, partie du système et que son explication de commis de l’Etat, là où il n’y avait pas d’Etat mais simplement un Pouvoir, est fragile, boiteuse et peu convaincante.

Cela ne servira à rien. A son époque, peut-être, avec son parcours, sa chance ou son aptitude, tout Algérien aurait fait de même: c’était aussi une époque, celle des premières décennies de l’indépendance, où l’on croyait que la compétence pouvait faire oublier l’illégitimité et le brio «international» était la preuve que l’on faisait l’Histoire. C’était un peu l’idée de relooking de Boumediene venu avec un viol pour déclarer être né d’un acte de redressement et de faire pardonner en promettant un pays. Cela ne servira donc plus à rien, aujourd’hui, de juger Ghozali et ses pairs et surtout lorsqu’on les compare à des héritiers qui ne se gênent même pas de se moquer de nous, de s’esclaffer en public de notre «citoyenneté» ou de nous préciser qu’ils sont là pour accomplir le sale boulot de nous gouverner. Dans la famille des retraités-exclus du Pouvoir, et qui compte des centaines d’ex-employés, on distingue déjà, plus ou moins, trois grandes familles: celle des exilés, partis ailleurs vendre leurs compétences, leur expérience et qui «ont compris» et qui évitent tout à la fois la publicité, l’illusion nationaliste, le peuple d’autrefois et qui ne parlent plus qu’en privé de ce qui s’est vraiment passé.

Il y a aussi la famille des retraités-exclus qui sont encore otages d’un compromis trouvé juste avant leur licenciement : ce sont quelques figures nationales qui se contentent, aujourd’hui, de va-et-vient dans le monde universel de la contemplation, de visiter La Mecque, de parler à Dieu en priant, de sourire quand on les coince en public en train de faire leur marché et de ne jamais répondre comme stipulé dans leur contrat de retraite. Discrets comme ces gens qui ont échappé à un meurtre ou qui n’en reviennent pas d’être encore vivants.

Il y a, enfin, la dernière famille: celle des télécommandés, libres ou en réseaux. Ce sont des retraités «lourds» qui ne parlent que de temps en temps et qui, lorsqu’ils le font-sur commande ou par besoin- ont cette capacité d’agiter des théories et des hypothèses sur ce qu’ils visent; c’est-à-dire ce que visent leurs mécènes, dans le cadre paranoïaque des manœuvres cycliques. Entre les trois familles, il y a parfois donc des confusions amusantes ou désastreuses: un Chadli parle à des Japonais et se retrouve embarqué dans une histoire qui a lieu après sa mort. Un Khaled Nezzar écrit un livre et se trouve interrogé sur une époque qui n’est pas morte. Un Reda Malek analyse et est écouté comme un messager alors qu’il s’agissait d’une rediffusion, à l’occasion d’une occasion.

Dans le tas, et parce que le chroniqueur l’a interviewé, il s’agit de revenir sur une formule violente et éclairante comme une fusée, employée par Sid Ahmed Ghozali: «harkis de bonne foi». Une façon de dire que dans cette vaste armée de commis de Pouvoir qui parle, s’exile, se tait, se cache, travaille ou prie, une partie a servi le système mais n’arrive pas à retrouver l’innocence après l’avoir quitté, ni le «Hallal» après avoir mangé n’importe quoi. Harkis veut dire le supplétif d’une cause perdue, à long terme, et que l’employé abandonne, parque dans des réserves ou nourrit au compte-gouttes derrière le dos de l’histoire contemporaine. De «bonne foi» veut dire que les recrutés croyaient servir la bonne cause, l’intérêt national, le bien de tous alors qu’ils ne servaient qu’à défendre un rapt et à lui servir d’administration des biens de jouissance et de terreur. Ghozali est l’un des rares, cependant, à avouer son «crime» et à lui chercher la formule la plus juste, la plus violente. Du coup, l’expression, destinée à éclairer une compromission d’autrefois, éclaire du coup l’immédiat: ce rapport de servilité basse qui lie aujourd’hui beaucoup de hauts commis de l’Etat au Pouvoir qui veut que cet Etat n’existe pas.

Et si à l’époque on «habillait» ce rapport avec les atours d’une mission nationale, aujourd’hui, c’est parfois à peine si l’on conjugue l’expression de «sous le haut patronage de fakhamatouhou» ou sur les injonctions d’un autre centre de décision omniscient. «Harkis de bonne foi»: abyssale formule qui laisse rêveur et permet de vagabonder dans le passé et le présent.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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