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Amirouche et Saïd Sadi : quand le passé parle à l’avenir Par Ouamar Saoudi,

18 octobre 2010

Contributions

Amirouche et Saïd Sadi : quand le passé parle à l’avenir

Par Ouamar Saoudi,
ingénieur d’Etat en informatique,
master en technologie et management de l’environnement,
membre du conseil national du RCD


Il convient d’abord de souligner que l’engouement suscité par la sortie du livre de Saïd Sadi, Amirouche, une vie, deux morts un testament est un fait rare dans le paysage de l’édition en l’Algérie.
Cela est probablement dû au fait de la rencontre des deux personnages : Amirouche qui demeure dans l’imaginaire populaire un symbole de détermination et de sacrifice dans la lutte de l’Algérie pour son indépendance, et l’auteur lui-même, peu enclin à se satisfaire de lieux communs. Dans un pays étouffé par les non-dits et les codes occultes, il est utile de chercher à comprendre pourquoi la rencontre de ces deux parcours a provoqué un tel séisme. Qui est Amirouche ? Et par voie de conséquence, sur un sujet confisqué et instrumentalisé par le régime, qui n’était-il pas ? On ne pouvait attendre moins que ces questions soient au cœur du livre de la part d’un homme politique incarnant la visibilité d’une alternative démocratique. Les réactions, marquées par la haine, orchestrées par le pouvoir dans un premier temps, n’ont pas tardé à donner le signal à d’autres écrits plus sophistiqués mais toujours intéressés de casser de l’opposant, du Kabyle et même de l’«ultralibéral », apprend-on récemment. En effet, pour la plupart des intervenants, la sortie du livre fut essentiellement une occasion de minimiser sinon nier la séquestration des restes des colonels Amirouche et Haoues et de faire le procès des positions politiques du président du RCD, la médiatisation étant garantie.
Contagion négationniste
Sur ce dernier registre, la palme revient aux cryptostaliniens. Ces derniers, réduits partout dans le monde à ne revendiquer qu’un débordement à gauche de la socialdémocratie, sont, dans une certaine mesure, dans leur rôle en cherchant à survivre. Les chefs-d’œuvre de confusion signés par M. Teguia dans Le Soir d’Algérie n’attestent pas seulement d’une lecture à caractère sélectif, qui ne prête attention qu’à ce qui pourrait concerner les objectifs poursuivis, mais participent de la persistance dans l’errance idéologique d’un courant que les plus lucides de ses acteurs n’ont pas encore réinventé. La quasi-totalité des cadres de l’ex- PAGS a tiré avec dignité les leçons d’un combat qu’elle a sincèrement épousé. Les ultimes reliquats de cette tendance n’en sont même plus à récupérer et détourner les revendications «des masses laborieuses» mais à réinterpréter le monde et à dénigrer ce que font les autres. Plus grave et plus préoccupant est, sans doute, la convergence de ces attaques avec une véritable compagne négationniste sur les origines, les acteurs et les prolongements du Mouvement culturel berbère, matrice démocratique de l’Algérie indépendante. Brutalement, des militants de l’ex-UNJA/CNE se revendiquent comme «les têtes pensantes » d’Avril 1980 et rejoignent cette cohue avec un point commun : minimiser le leadership de Saïd Sadi, allant même jusqu’à écrire qu’il n’a pas été arrêté le 20 avril ! Il en est même qui avouent que leur but dans le recueil et la publication des témoignages d’acteurs et de témoins du Printemps berbère est précisément cet objectif. On ne peut d’ailleurs s’empêcher de s’interroger sur l’émergence de cette polémique kabylo-kabyle qui tente de polluer le débat soulevé par le livre de Saïd Sadi quand au détournement de notre passé collectif. Il ne faut pas et il ne peut pas se faire qu’Avril 1980 conçu pour donner une vision nouvelle et contraire aux mœurs du parti unique subisse le sort réservé au 1er Novembre et à la Soummam. A ce titre, chaque acteur d’Avril 1980 est interpellé.
Lignage politique et légitimité
Mais l’objet de cette intervention n’est pas de recenser ou de cataloguer des réactions qui n’ont certainement pas altéré l’inépuisable source d’inspiration de la culture de l’intrigue et de l’opacité. Dans ces manipulations de l’histoire et de l’identité, l’antikabylisme figure en bonne place, l’origine commune de l’auteur et du chef de la Wilaya III n’a probablement pas contribué à dissoudre un fantasme récurrent et constitutif des visions officielles. Cependant, un fait doit être compté à décharge : les militants issus de Kabylie ont, eux aussi, pris l’habitude de s’effacer pour «sauvegarder l’unité des rangs». Comme si, quelque part dans la mémoire de tous, il était écrit que l’incarnation de la Nation, devant procéder d’un «lignage» précis, ne peut être le fait d’hommes ou de femmes qui se suffisent de leur algérianité et qui revendiquent et assument leur autonomie de pensée. Assez curieusement, l’ouvrage qui a déclenché la fureur de tant d’agents, qu’a priori rien ne rapproche, n’est ni violent ni manichéen. Nuancé, il essaie de comprendre une période de notre passé en contextualisant les situations. L’auteur, sans doute averti des attaques qui l’attendaient, s’interdit de juger et prévient qu’il ne s’agit pas de rechercher, un demi-siècle après l’indépendance, «des acteurs répondant à des critères de lutte tels qu’on voudrait les concevoir aujourd’hui ». Du reste, si l’on excepte un des derniers commentateurs qui suggère, sans trop insister, que les documents «peuvent être des faux» aucun n’a contesté un fait ou un témoignage constituant la trame du livre. La levée de boucliers nationale est donc à rechercher ailleurs. L’ouvrage, qui apporte avant tout un éclairage sur le parcours politique du chef historique de la Wilaya lesquels tout est doute. Il y a même des responsables marginalisés, voire sanctionnés qui, du jour au lendemain, reprennent leur place dans l’échiquier sans que cela ne soulève ni interrogation ni indignation. Etant du sérail, le conditionnement de la mémoire les replace automatiquement dans leur fonction. Le cas de l’actuel chef de l’Etat est exemplaire de cette capacité du régime à récupérer et recycler sa substance. Or, ni Amirouche ni Saïd Sadi n’appartiennent à cette lignée qui légitime, par principe, le statut d’un responsable. C’est la mise à nu de ce code non écrit qui impose les normes du pouvoir et de la mémoire qui soulève la tempête politicomédiatique ayant suivi la sortie du livre de Saïd Sadi. Un article comme celui-ci ne peut épuiser un tel débat qui, au fond, renvoie à la nature même du projet national en Algérie.
Culture et développement
L’accumulation de richesses matérielles et de puissance est une parfaite illusion si, au préalable, les fondamentaux de choix culturels et civilisationnels ne sont pas faits pour porter et alimenter une dynamique sociale et économique durable. Dénier à un homme politique de se préoccuper de l’identité et de l’histoire, c’est indirectement ne pas lui reconnaître le droit à la représentation populaire (nationale) ou à l’incarnation d’un idéal politique et social. De même que Boumediene a voulu exclure Amirouche de la représentation symbolique nationale, les fraudes électorales vérifient, scrutin après scrutin, que le courant politique défendu par Saïd Sadi ne peut être admis dans la carte politique algérienne pour cause de non-compatibilité généalogique avec le système en place depuis l’indépendance et même avant. Comment peut-on croire qu’un homme politique n’est pas dans son rôle en traitant de questions d’histoire dans un pays où l’essentiel des repères identitaires est confisqué par le régime, précisément pour une question de pouvoir ? A suivre la plupart des intervenants, le squattage systématique par l’islamisme de tous les espaces abandonnés par le régime est un moindre mal, si c’est pour voir des acteurs «étrangers à la lignée» venir bouleverser une matrice où, finalement, chacun trouve son compte. A supposer que la politique économique en cours vienne au secours des millions d’Algériens qui manquent de l’essentiel – le doute étant plus que permis — la formule magique qui voudrait que le progrès économique conduise inévitablement vers la rationalité et la tolérance, voire la sécularité est battue en brèche par les réalités de la fin du siècle dernier. Samuel P. Huntington(*) rapporte qu’en 1989, l’Asie centrale se suffisait de 160 mosquées, en 1993 elle en comptait 10 000 ! Les mains et les mannes de l’Arabie Saoudite et de l’Iran n’expliquent pas tout. Des décades de communisme en ex-URSS n’ont pas produit d’autres sources d’identification. Les premiers signes d’écroulement du stalinisme sonnent la ruée vers l’Eglise orthodoxe. Les traumatismes vécus par le pays dans les années 1990 sont le résultat direct de l’activisme islamiste et de l’accélération de «l’islamisation » de la vie institutionnelle durant la crise économique de la décennie 1980. Mais ceci n’aurait pas été possible, en tout cas pas sur une telle échelle, si l’on n’avait pas réprimé, y compris par le sang, une autre alternative d’identification politique, sociale et culturelle. Aujourd’hui, croire que cette douloureuse épreuve va se résorber spontanément en défaveur de l’idéologie islamiste du seul fait que les Algériens ont «expérimenté» les islamistes relève, au mieux, de la naïveté. Dire que l’islamisme influence un important segment de la société et qu’il faut en tenir compte est une évidence. Le problème est que ceux qui, confortablement, renvoient dos à dos les islamistes et les militants de l’opposition démocratique qui prônent la sécularisation de la vie politique ne s’autorisent à «donner des leçons» qu’à ces derniers.
Eclairer l’histoire pour libérer l’avenir
A l’instrumentalisation de l’identité et de l’histoire depuis l’indépendance s’ajoute, aujourd’hui, un autre brouillage de la mémoire collective par le refus de tout processus de vérité pour tourner la page de dix années de violence afin de donner une chance à une transition démocratique. Quel leader politique, quelle élite, peut sérieusement ignorer ou faire croire que ces questions ne sont pas fondamentales et qu’elles relèvent d’abord de l’engagement et de la lucidité ? Le croisement du parcours du colonel Amirouche et du projet défendu par Saïd Sadi dérange. Un des protagonistes qui s’est invité au débat a même profité de l’occasion pour décider que tamazight devait s’écrire en caractères arabes ! Cette rencontre qui pose, au moins en partie, le diagnostic à la crise ouvre une vraie piste à sa solution. Il est utile, maintenant que les gardiens du temple de tous poils se sont tous exprimés, que commence enfin le douloureux et salutaire débat sur l’histoire et l’avenir de notre pays.
O. S.
(*) Samuel P. Huntington, The clash of civilizations and the remaking world order.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/10/18/article.php?sid=107508&cid=41

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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