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KIOSQUE ARABE État de siège et femmes assiégées

11 octobre 2010

Contributions


Par Ahmed Halli
halliahmed@hotmail.com

Il y a une règle non écrite que tous nos théologiens, soucieux de facilité, apprécient énormément : pour éviter la faute, ou le péché, il faut en supprimer les causes. Pour ne pas troubler la sérénité spirituelle et surtout physiologique du mâle, ils ont œuvré à éloigner, sinon à camoufler, la cause principale de trouble : la femme. Comme l’interdiction de la mixité ne peut pas être permanente, à cause précisément des besoins physiologiques masculins, on a inventé toutes sortes d’artifices.


Ainsi sont nés les hidjabs et autres ustensiles de camouflage, destinés à protéger l’homme des séductions féminines. Tout cela expliqué, bien sûr, sous l’angle de la nécessaire préservation de la «pudeur féminine», condition essentielle au maintien de la paix sociale. Comme ils ignoraient encore l’existence des phéromones, les pères fondateurs du camouflage anti libido ont commencé par la partie visible de l’iceberg. Encore qu’il faille faire justice d’une telle comparaison s’agissant de ce que l’homme ne voit pas, et dont la simple évocation suffit à enflammer les sens. Si Dieu avait voulu, il aurait mis des Arabes là où il y a des icebergs, et s’il ne l’a pas fait, c’est qu’il avait ses raisons. Détentrice de l’omniscience et de la prescience, la divine providence ne pouvait, toutefois, ignorer qu’aucune forteresse ne pouvait être dressée contre les beffrois érigés par la concupiscence. Dire encore aujourd’hui que l’homme, c’est-à-dire le mâle, ne peut pas convoiter ce qu’il ne voit pas est, en effet, une insulte à son intelligence et une offense envers son Créateur. L’essentiel n’est-il pas de sauver les apparences et de donner l’image de sociétés où l’ordre et l’harmonie règnent, même si après la dernière prière du jour, et à l’abri des regards… Pour être parfait et conforme aux normes, de nos jours, il suffit d’éviter d’être vu et surtout d’être filmé. Les amateurs d’images croustillantes sont de plus en plus exigeants et veulent voir des scènes qui correspondent le mieux à leurs fantasmes. Il paraît que les images les plus courues actuellement sont celles montrant des femmes se baignant dans un hammam. Filmer des gens à leur insu, jusque dans leurs moments les plus intimes, est d’une telle facilité depuis que les téléphones portables sont munis de dispositifs performants ! A en croire le magazine électronique Elaph, les hammams d’Algérie seraient de plus en plus désertés par les femmes. Ce qui serait une révolution dans un pays où les pénuries d’eau et les logements exigus et non équipés ont fait du hammam un passage obligé vers la propreté, autant que pour les hommes que pour les femmes. Ces dernières préféreraient renoncer à une tradition sociale, considérée comme impérissable, plutôt que de risquer de se voir montrées à demi-nues sur le réseau internet. Les images sont prises, à l’insu des baigneuses, grâce aux téléphones portables. Les victimes sont parfois l’objet de divers chantages, assortis de la menace de publier les photos compromettantes sur le Net. Depuis quelque temps, et la rumeur enflant, les clientes des bains maures sont systématiquement fouillées à l’entrée et sont priées de déposer leurs portables. Cependant, il y a eu des cas, note le journal, où les hammams eux-mêmes sont équipés de caméras, comme c’est le cas d’un établissement du centre-ville. Le journal cite le témoignage de plusieurs femmes qui ont renoncé au hammam, depuis qu’il y a toutes ces informations et ces rumeurs sur l’existence de «caméras cachées». Ces femmes ont renoncé d’elles-mêmes où sur injonction de leurs conjoints. Mais il y a mieux, ou pire, note encore Elaph : il y a des hammams d’Alger où hommes et femmes se baigneraient ensemble et en même temps. Alors, à quand l’interdiction des hammams aux femmes, sous prétexte de dissuader le péché ? Ceci, bien entendu, après avoir interdit définitivement la mixité dans les piscines(1) et sur les plages. Auparavant, et en application du programme du FIS ressorti des tiroirs depuis 1999, on aura résolu le problème de la mixité dans les transports publics(2). Il sera temps plus tard, beaucoup plus tard, d’étudier le cas de la mixité dans le métro et le tramway. De ce côté-là, rien ne presse, mis à part la question de la promiscuité homme femme sur les restes de trottoirs laissés libres par les chantiers. Les théologiens devront, toutes affaires cessantes, trouver une solution à ces zones de haute tension que sont devenues les artères dévolues aux chantiers du métro et du tramway. Car, si à leurs yeux, l’homme ne peut pas convoiter ce qu’il ne voit pas, il n’en est pas de même pour ce qu’il touche. On pourrait, par exemple, instaurer un couvre-feu pour les femmes, qui n’auraient pas été encore cloîtrées, à certaines heures de pointe. Je fais confiance à l’imagination de nos théologiens qui ont si bien su réduire l’Islam au voile et à l’enfermement de la femme. On pourrait aussi s’inspirer de l’exemple du Hamas qui gouverne à Ghaza, et qui a trouvé des solutions originales pour sa population féminine. Le Hamas sait mieux que tout le monde combien le tabac est nuisible pour la santé. Il vient donc d’interdire aux femmes de fréquenter les cafés qui offrent des séances de narguilé, ou chicha. Les autorités ont commencé à fermer certains établissements ouverts à la gent féminine, sous des prétextes divers. Mais, comme les Palestiniennes s’obstinaient à encore user de cet instrument diabolique, la sentence est tombée : le narguilé est «haram» pour les femmes(3). Et nul besoin de rappeler encore qu’il reste toujours «halal» pour les hommes. Les propriétaires de cafés spécialisés ont d’abord reçu instruction de ne pas servir de narguilé aux mineurs de moins de 18 ans, sans distinction de sexe. Puis, des injonctions plus précises et concernant les femmes ont été données par des policiers. Le représentant du ministère de l’Intérieur a expliqué cette décision par le souci de respecter les traditions et les mœurs de la société. Encore un problème de pudeur, puisque les Palestiniennes pourront encore fumer la chicha dans les hôtels et les restaurants, à l’abri des regards, c’est-à-dire dans des endroits fermés. Ce qui équivaut à une interdiction totale puisque ce genre de pratique nécessite des lieux ouverts, tels que les terrasses de cafés. Le message est clair : ruinez-vous la santé, mais à l’abri des regards ! C’est un comble, et au moment où tous les gouvernements du monde s’acheminent vers l’interdiction du tabac dans les espaces publics clos. Voilà un blocus dont on ne parle pas, celui imposé aux femmes de Ghaza par le gouvernement du Hamas. Ceux qui veulent aider le Hamas, sous prétexte de secourir Ghaza, devraient aussi penser à ces Palestiniennes, assiégées dans une ville en état de siège !
A. H.
1) On m’a récemment rapporté qu’une piscine d’Alger avait exigé d’une mère de famille une autorisation paternelle pour que son enfant soit accepté dans le bassin. Une information à vérifier, mais qui serait tout à fait crédible dans le contexte actuel.
2) Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais de nombreux taxis collectifs, et ils le sont tous, appliquent l’interdiction de la mixité, avec ou sans l’assentiment des client(e)s.
3) Il faut vraiment se préoccuper dès maintenant de la situation de nos concitoyennes qui fument.
Elles se réfugient encore dans certains cafés ou salons de thé pour fumer, mais que deviendront-elles le jour où le tabac sera interdit dans ces établissements ? Fumer une cigarette dans la rue ? Vous n’y pensez pas ! A moins de la considérer comme la cigarette du condamné.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/10/11/article.php?sid=107199&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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