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ENTRETIEN AVEC L’ÉCRIVAINE CHILIENNE ADRIANA LASSEL «Le mektoub» d’une grande plume

6 octobre 2010

LITTERATURE



Née à Santiago du Chili, Adriana Lassel est l’auteure d’un grand
nombre de romans et d’essais. Parfum de vie (Thala Editions), son
dernier roman, est un continuel voyage dans le temps, entre le présent
et le passé, récent ou lointain. C’est aussi une histoire d’amour dans
un monde troublé par la violence. Adriana Lassel a aussi écrit Le
pavillon de l’oiseau jaune, un roman publié à Paris chez les éditions La
Pensée universelle en 1984, l’essai Images d’Amérique (éditions Anep,
1994 et le roman Lucas le Morisque ou le destin d’un manuscrit retrouvé
(éditions Tell, Blida, 2007). Elle-même parle de «mektoub », mais la vie
de Adriana Lassel est comme un beau roman.
Suite...
Entretien réalisé par Kader Bakou
Le Soir d’Algérie : Pourriez-vous présenter aux lecteurs Un parfum de
vie, votre plus récent roman ?
Adriana Lassel : Il y a un protagoniste, c’est un professeur, un
chercheur de la littérature aljamiada, c’est-à-dire une littérature
qu’écrivaient les Morisques avec des caractères arabes, mais en langue
espagnole. Le protagoniste cherche, étudie des textes aljamiados qui se
trouvent à Alger, quand il rencontre une lettre que quelqu’un a écrit
pour ses frères ou ses amis et où il raconte brièvement un épisode qui
s’est passé pendant la Régence d’Alger en 1629 : une révolte des
Kouloughlis qui a fini dans la violence, avec beaucoup de morts et toute
une partie de la citadelle incendiée. Donc, la lettre dit qu’il ne faut
pas approcher d’Alger parce que là, il y a danger. C’est là que le
professeur commence à chercher qui a écrit cette lettre. Commence,
alors, la quête du Morisque qui a vécu déjà plusieurs siècles avant, en
1620, 1630, il ne sait pas encore. Pour chercher sur l’histoire du
Morisque, il doit se déplacer à Blida et comme ça, il commence une autre
quête : la quête de sa passion amoureuse, une femme qui s’appelle Hayet.
C’est encore une histoire de l’amour entre ce professeur quand il était
jeune et Hayet, puis à l’âge de trente ans. Il y a, ainsi, le temps où
il a commencé à travailler à Blida et puis le temps présent,
c’est-à-dire la décennie tragique des années 1990. Il y a, donc, deux
temps plus le temps de l’histoire du morisque. Donc, il y a ici trois
personnages qui se côtoient, mais, il y a surtout une préoccupation pour
l’histoire et une préoccupation de la part de l’auteur pour la vie de la
femme algérienne qui est représentée par Hayet.
Vos personnages, à l’instar de Lucas le Morisque, sont parfois entre
deux cultures. Pourquoi ?
C’est inévitable de parler de personnages de deux cultures dans un
pays qui a une double et une triple culture. Ce n’est pas étonnant qu’un
Algérien est de double culture. Vous avez des écrivains comme Mostefa
Lacheraf, Waciny Laredj, Rachid Boudjedra, Yasmina Khadra, pour ne citer
que ces auteurs, qui sont des Algériens de double culture. L’Algérie est
un pays qui parle trois langues et chaque langue la relie à une
civilisation, à une culture. Pourquoi, alors, s’étonner qu’un personnage
de mes romans soit un personnage de double culture culture ? Moi-même,
je suis une personne entre deux cultures, mes enfants, sont des
personnes de deux cultures. Si un Algérien est cultivé, il est
nécessairement ouvert à la culture occidentale et à la culture
orientale. Ce n’est pas étonnant.
Comment du lointain Chili, vous êtes vous retrouvée en Algérie ?

C’est une question de mektoub! Je suis allée à Cuba en tant qu’invitée
comme jeune écrivaine et là-bas est arrivé un groupe de moudjahidine
algériens invités eux aussi du gouvernement cubain. Donc, nous nous
sommes rencontrés dans le même hôtel et on nous a fait visiter les mêmes
endroits. Conséquence de tout cela, je ne suis pas retourné au Chili… et
mon mari est retourné en Algérie quelques années plus tard, avec une
femme chilienne.
Vous avez fait le chemin contraire des conquistadors …
Les conquistadors, ils sont arrivés en Amérique à la fin du XVe siècle
et nous sommes au XXe siècle : ça n’a rien à voir. Des millions de
personnes se déplacent entre le vieux continent et le nouveau continent.
Chez moi, ça a été, tout simplement, le fait de me marier à un Algérien.

Dans qu’elle langue vous écrivez ?
J’écris originellement en espagnol et je suis traduite en français.
J’aimerais bien être traduite à l’arabe, mais jusqu’à maintenant,
personne n’a pris l’initiative de le faire.
Traduire est-il trahir ? Je n’aime pas trop cette phrase, parce
que c’est grâce à mes traducteurs que je suis éditée et connue en
Algérie. Donc, je ne peux pas dire que traduire, c’est trahir. Je
comprends que le travail de traduction est un travail difficile surtout
si c’est un travail littéraire. Traduire la littérature, c’est
difficile. Mais à part ça, je suis consciente aussi qu’avec la
traduction, mon style, le rythme de la phrase ne passent pas au
français. La traduction donne l’essentiel, mais ne donne pas toute la
recherche que je fais sur les mots, sur les expressions et sur les
figures littéraires.
Un livre en projet ?
Oui, il y a un livre en projet. C’est aussi un roman, un récit romancé
d’une époque de la Régence en Algérie, la Régence de l’époque turque en
Algérie.
On vous présente, souvent, comme une spécialiste de Miguel Cervantès.
Pourquoi ?
C’est la conséquence logique d’avoir enseigné à l’université Cervantès
et le monde musulman. J’ai été professeur pendant longtemps. Le travail
de professeur m’a permis de faire des recherches. Postérieurement à
1989, j’ai fait partie d’une association internationale de Cervantès qui
a son siège en Espagne dans la ville natale de Miguel de Cervantès.
Donc, je continue à faire des recherches pour des colloques, pour des
congrès et à chaque fois, j’approfondis la période de la vie de
Cervantès quand il était captif à Alger. C’est-à-dire que ça fait plus
de vingt ans que je travaille sur Cervantès et je trouve toujours des
sources à étudier et même que, quelquefois, je n’ai pas la même vision
que j’avais moi-même quand j’ai commencé à étudier Cervantès.
Des similitudes entre la culture algérienne et la culture chilienne ?

Je crois qu’il y a plus de différences que de similitudes, Des
différences parce que la culture algérienne est trilingue. En Algérie,
la langue arabe, tamazight et le français relient la vie intellectuelle
à différentes civilisations, à différentes cultures. D’un côté,
l’Algérien connaît la culture occidentale. Mais il connaît la culture
orientale arabe (je parle de l’Algérien cultivé). Les Algériens ont
aussi une langue et une culture tamazight autochtone. Au Chili, cette
trilogie culturelle n’existe pas. Au Chili, on parle une langue, la
langue espagnole et on a une culture, c’est la culture occidentale
chilienne (on appartient au monde occidental). Mais ce qu’il y a comme
similitudes, c’est que la culture chilienne, comme la culture
algérienne, cherche une identité, cherche à relier le présent au passé.

K. B.



Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/10/06/article.php?sid=106969&cid=16

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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