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Avilissement généralisé par Kamel Daoud

29 septembre 2010

Contributions

A Mostaganem, l’une des plus grandes vagues de départ de harraga a été enregistrée les 2ème et 3ème jours après les fêtes de l’Aïd.           

Près de deux dizaines d’embarcations avec des dizaines de voyageurs. La plupart seront interceptés cependant à «l’atterrissage» par les gardes espagnols qui n’avaient pas congé ce jour-là, comme chez nous. D’autres périront en mer, comme raconté par leurs amis à cause de la surcharge. Selon des témoignages recueillis par le chroniqueur, des bagarres à l’arme blanche avaient éclaté au moment de l’embarquement entre les «clients» : les passeurs ont été obligés de recourir à la surcharge. «Jusqu’à 26 personnes par barque», nous raconte-t-on. Les morts ont été nombreux et la mer les rapporte, depuis une semaine, vers le rivage national comme elle les a emportés.        C’est un genre d’histoire qui se passe dans le pays de l’ombre et des morts. Car comme l’Egypte des pharaons, le pays possède un pays des vivants et un autre des morts. On passe de l’un à l’autre, selon la mythologie, avec une barque et un guide. Le corps y est embaumé, l’âme pesée et jugée.

Pourquoi parler de l’Egypte et les lier avec les harraga ? Parce que dans l’ex-Egypte d’aujourd’hui, des        Egyptiens ont marché contre Moubarak, il y a une semaine. Des milliers d’Egyptiens qui sont descendus dans les rues pour dénoncer l’intronisation annoncée du fils de Moubarak après son père. Ils ont marché dans ce pays où la police peut violer un inculpé, où on torture, où on tue et où la dictature «formule arabe» a atteint des sommets de ridicules et de férocités. Des Egyptiens ont protesté dans la rue malgré la matraque et l’état d’urgence. Chose que nous ne faisons plus chez nous, que nous n’osons plus faire. Depuis quand les Algériens ne sortent-ils plus dans les rues pour demander plus de démocratie? Depuis vingt ans. La raison ? Elle est plusieurs raisons : le traumatisme terroriste, l’état d’urgence (nouvelle appellation synonyme de dictature dans les pays du tiers-monde), etc. Des milliers d’analyses ont été faites sur cette momification de la société algérienne par ses pharaons. Il en reste cependant une dernière : celle dite de l’avilissement.

Si en effet les Algériens ont été d’abord punis pour le vote 90 puis frappés, dispersés et réduits à des comités et des émeutiers, cela n’a pas suffi. Depuis deux décennies, ils subissent un processus d’avilissement qui les a conduits à conclure à leur propre inexistence, à leur auto-dénigrement.

On a vidé leurs partis, acheté leurs élus, fermé leurs places publiques, pris en otage leurs journaux, on a dépecé leur histoire nationale et privatisé leurs moyens d’expression. A l’époque, on disait «Etat-policier» pour parler d’un Etat fervent de la surveillance policière et des atteintes aux libertés. Il y a comme un plus, aujourd’hui : Etat-biographie qui ne veut plus entendre que lui-même. Une sorte de fonctionnement de l’Etat avec, pour seul but, d’avilir ce peuple et pas seulement de le surveiller. L’une des plus incroyables conclusions après une grande guerre de libération et des années de lutte pour une démocratie réelle, c’est que tous, élite, peuplades et retraités du régime, n’attendent plus le changement que par les péremptions de la biologie. Il y a une fatigue générale du lutteur des libertés et une envie d’avoir la paix du mouton chez le reste du peuple. Il y a donc un lien entre la capacité de marcher dans son propre pays et le nombre des harraga. Les Algériens n’émigrent pas: ils s’enfuient. Légalement, quand ils ont un visa et donc dans la discrétion, ou sur des braques, quand ils n’ont pas d’autres voies. Les Algériens s’enfuient. Ce n’est plus notre pays mais la villa de quelqu’un qui nous a signifié qu’il ne veut pas de nous, qu’il nous méprise et qui ne nous donne à manger que pour mieux nous voir nous rabaisser dans le geste de la mastication.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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