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Les nouveaux pays Origami par Kamel Daoud

28 septembre 2010

Contributions

Un poète irakien a bien parlé, un jour, de pays qui, par tristesse, peuvent s’en aller, plier les arbres et les rivières et prendre le cabas. A l’époque, c’était un poème, aujourd’hui, cela s’appelle géostratégie. Aujourd’hui, depuis le 11 septembre,

El Qaïda, la lutte antiterroriste mondiale, la «global war» ou le commerce des otages, les pays sont «pliables», on peut les mettre dans des poches, des bagages, des coins. On peut retrouver un pays entier dans un trou (avec Saddam), le réduire, l’envahir, lui faire une respiration artificielle comme pour l’Afghanistan. La souveraineté d’un pays se trace, aujourd’hui, chaque jour au jour le jour. On n’est plus d’ailleurs au lendemain des fastes décolonisations : à l’époque, il suffisait de chasser le colon et d’avoir une armée pour avoir un territoire. Ce n’est plus le cas. On l’a compris avec ce qui se passe au Sahel ? Mais qu’est-ce qu’on a compris au juste ? D’abord, qu’il y a désormais un nouveau continent dans le continent. Une sorte de nouveaux pays nés par défaut d’Etats puissants dans les pays limitrophes. Du coup, une sorte de mécanique y a été déclenchée : terrorisme/antiterrorisme, touriste/terroriste, otage/rançon et donc droit d’intervention/nouvelle cartographie. Le Sahel est un pays qui a la surface de l’actualité et des médias, pas celle de ses frontières. Une question y fait mode selon un ami du chroniqueur. Celle du «Qui kidnappe qui ?» et du coup, les portes sont grandes ouvertes pour le reste. C’est dire qu’un pays peut naître d’un communiqué, d’un otage, d’une rançon et de quelques rumeurs de bases secrètes et de centres d’écoutes. Les pays voisins se rétractent et commencent à accepter la réduction de leur souveraineté, le Sahel prend de la surface, s’agrandit, devient un comptoir d’échange, un cheval de Troie au pays du chameau. Qu’un pays soit né aussi facilement prouve que d’autres peuvent disparaître tout aussi facilement.

D’ailleurs, c’est un phénomène de répartition des forces : si la décolonisation vous donne un pays et que vous n’en faites rien pendant longtemps (ou vous en faite pire), l’histoire arrive, regarde puis vous le reprend car l’histoire est occidentale et ne pardonne pas l’oisiveté ni la mauvaise herbe.

En deux : des pays peuvent aussi être troués de l’intérieur, subir des déchirures de surface à l’intérieur même de la surface nationale : cela se voit dans les pays «arabes» qui ceinturent l’Occident : des zones néo-tribales, des zones pétrolières à accès limité, des zones «green zone» où un Pouvoir menacé se réfugie ainsi que ses enfants, des zones confessionnelles ou d’émeutes répétitives et des zones bidonvilles où le peuple se réorganise selon sa loi. En Algérie, on peut voir un policer gérer la circulation à un carrefour et voir, dix mètres plus loin, un gardien de parking sauvage faire son business illégal et au mépris de la notion d’espace public, sans que l’un inquiète l’autre. Il y a entre les deux une zone trouée, une tranchée, une crevasse où l’espace est avalé. Et, généralement, c’est parce qu’on cède un trottoir que l’on cède, des milliers de kilomètres plus loin, un pan de sa frontière. Un effet dominos. C’est vous dire donc que réunir des généraux et des chefs d’État-major militaires dans une ville pour traiter de la question du Sahel est presque amusant : on veut trouver une solution militaire à un problème hégélien de sens de l’histoire ou de la décolonisation. C’est trop tard. Le Sahel est un pays : il a son pétrole, ses nouveaux colons, ses occupants, ses terroristes, son armée, et son économie de rançons et ses frontières. C’est un territoire perdu et que les jacasseries nationalistes ou les protestations de souverainetés limitrophes ne peuvent pas récupérer. Ce qu’il faut, c’est faire semblant de soutenir une «solution autonome» quelque temps, pour ne pas heurter la sensation usée des Indépendances, puis accepter que c’est un problème international. Et, bien sûr, il faut aussi faire autre chose et vite : reconstruire les morceaux de pays qui restent encore ouverts à la circulation dans les pays voisins, dont le nôtre. Sans cela, le mouvement va se poursuivre comme une rouille sur un frigo : le Sahel va devenir de plus en plus vaste, manger plus de drapeaux et de frontières, demander plus de rançons, justifier plus de chevaux de l’Occident et finir par avoir un drapeau. Celui de la Médine, d’une multinationale, d’une ONG onusienne ou du logo de You-tube avec des clips d’otages assassinés ou échangés.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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