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2.Un témoignage de Djilali Hadjadj : « Ma guerre contre la République du bakchich » PARTIE 2

19 septembre 2010

1.Extraits

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Cela fait 10 ans que l’AACC est « fliquée », surveillée, harcelée et subit toutes sortes d’intimidations, de menaces et pressions de toutes sortes en Algérie, mais aussi à l’étranger dans les conférences internationales, et ça a commencé en 1999 à Durban en Afrique du Sud, où l’ « envoyé très spécial » du gouvernement algérien a adressé un rapport volumineux à sa hiérarchie sur mes « agissements »  !


L’association avait même été empêchée de participer à d’importantes réunions comme en 2002 à Prague et en 2003 en Afrique du Sud, des procès à mon encontre ayant été programmés aux mêmes dates. En 2005 à Berlin, lors de l’AG annuelle de Transparency International, un « agent » de l’ambassade Algérienne, a semé la panique au sein de l’assistance après avoir cherché partout les participants algériens ! En 2005 à Nairobi (Kénya) , c’est là aussi qu’un « agent » de l’ambassade algérienne débarque à l’hôtel où j’étais hébergé  – pourtant invité du gouvernement kényan-, me harcelant au téléphone à partir de la réception !  En décembre 2006, pourtant accrédité à la 1ère Conférence des Etats-Parties de la Convention des Nations unies contre la corruption, je n’ai pas pu me rendre à Amman en Jordanie, car convoqué entre-temps à Alger chez un juge d’instruction pour une affaire qui remontait à…2001 !
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard, si notre association avait placé dès 2006 la journée du 9 décembre – journée des Nations unies contre la corruption depuis 2003 (année de l’adoption de la Convention contre la corruption) -, sous le signe de «La protection des dénonciateurs et des victimes de la corruption», quelques semaines après ce qu’il advint à un de nos membres.  Les faits : le 8 novembre 2006, M. Bououni Achour, secrétaire général du «Syndicat national des électroniciens et électrotechniciens de la sécurité aérienne» (SNESA), issu de l’Etablissement national de la navigation aérienne (ENNA), et membre de l’AACC, – au moment où il déposait une plainte auprès de la brigade de gendarmerie suite à une agression et un vol dont il a été victime et dont les auteurs sont des agents de sécurité de l’ENNA —, était mis en état d’arrestation par 3 personnes civiles qui n’ont pas indiqué à quel service de sécurité ils appartenaient (on saura par la suite que c’étaient des agents du DRS), embarqué dans un fourgon cellulaire banalisé, jeté dans un cachot sans lumière de jour comme de nuit et où il fut enfermé jusqu’au 14 novembre, le tout entrecoupé d’interrogatoires poussés et de périodes d’isolement total, puis emmené menotté au tribunal militaire (!) de Blida où le procureur militaire lui fit lecture des charges contre lui, suite à la plainte du directeur général de l’ENNA : atteinte à la sûreté de l’État, espionnage au profit de puissances étrangères, divulgation de secrets militaires, etc. !
Le pouvoir contre la société civile
L’AACC a été interdite de participation à la 3e Conférence des Etats-parties de la Convention des Nations unies contre la corruption  – novembre 2009 à Doha au Qatar-, et ce, suite à un veto du gouvernement algérien ! Une disposition du règlement intérieur de cette Conférence permet à un État-Partie de s’opposer à la présence d’une association. Elle avait pourtant été accréditée lors des deux premières Conférences des Etats-parties (2006 et 2008) et le gouvernement algérien n’avait pas utilisé son «veto». Mais cette fois-ci, le pouvoir est sorti de ses gonds — le naturel revenant au galop — et n’a pas craint de se ridiculiser et de se décrédibiliser davantage, confirmant son aversion pour la société civile et son manque de volonté politique à lutter contre la corruption. «Encouragé» par le fait que cette Conférence se tienne dans un pays «ami» (le Qatar) et assuré d’avoir une vice-présidence de ces assises, le gouvernement algérien n’a pas eu de difficulté — avec la complicité des Nations unies — à obtenir l’exclusion de l’AACC. Complicité des Nations unies, car après avoir été officiellement accréditée le 5 octobre 2009 par l’Office des Nations unies contre le crime et la drogue (UNODC), qui pilote le secrétariat de cette Conférence, sans aucune opposition d’un Etat-partie dans les délais réglementairement définis, l’AACC était «désaccréditée» le 21 octobre 2009 ! Ce qui est à proprement parler scandaleux et unique dans les annales onusiennes, d’autant plus que l’AACC fait partie des ONG accréditées auprès des Nations unies à Vienne, avec un statut d’observateur, ce qui lui avait d’ailleurs permis d’être représentée à la 2e Conférence des Etats-Parties en janvier 2008 en Indonésie. Visiblement, après l’avoir «tolérée» —le pouvoir est en train d’interdire de fait l’AACC. Il est à craindre  une recrudescence des représailles à l’encontre de l’AACC.
Une des lectures à faire de l’interdiction de la participation de l’AACC à la 3ème Conférence des Nations Unies contre la corruption à Doha, c’est que le pouvoir algérien est monté d’un cran dans sa politique répressive. Après nous avoir « tolérés » – c’est l’expression qu’il a utilisé à notre égard, tout en multipliant toutes de sortes de pressions et d’harcèlement, il vient de nous signifier une « fin de récréation » !
Il est en train de nous interdire de fait, confirmant son implication dans les agressions, intimidations, et toutes sortes de difficultés et de tracasseries que notre association subit depuis plusieurs années.

Il y a des faits graves que nous avons tardé à  rendre publics à ce jour, notre association craignant surtout les effets démobilisateurs que cela auraient entraînés notamment dans ses rangs et parmi nos nombreux amis, soutiens et sympathisants !
A propos des agressions, un exemple parmi tant d’autres : le siège central de l’association à Alger a été cambriolé 2 fois en 2005 et 2006, et des insultes (à ce jour non effacés) ont été écrites à la peinture sur les murs du siège. Comment dans ces conditions – une insécurité totale -, peut-on se réunir dans ces locaux, y recevoir ou y tenir des permanences ? Pour l’anecdote, malgré un film remis à la police où apparaissait un des cambrioleurs sur les lieux de son forfait, donc formellement identifié et localisé, les auteurs du cambriolage ne seront appréhendés que 3 mois plus tard, après que notre association ait menacé la DGSN de rendre public un communiqué qui aurait été accablant pour les services de sécurité, mais les « voleurs » repris de justice ne seront pas inquiétés outre mesure par la justice. Plus grave encore, notre siège régional à Khenchela a fait l’objet de 3 cambriolages de 2007 à 2009. Lors de ce dernier vol, nous avons quand même pu empêcher la disparition d’unités centrales de nos ordinateurs : surpris par un membre de notre association, les « cambrioleurs » n’auront pas eu le temps de tout prendre. Pour l’ensemble de ces faits, ni les services de police ni ceux de la justice ne se sont beaucoup mobilisés pour appréhender les auteurs de ces effractions. Nos propres « enquêtes » nous font soupçonner fortement l’implication de repris de justice indicateurs des services de sécurité.
Police aux ordres et kalachnikovs  contre des ….collégiens !
Khenchela, vendredi 6 décembre 2006. La police m’arrête et m’emmène au poste, « escorté » par deux véhicules tous terrains chargés d’agents armés de kalashnikovs. Alors que tout était prêt dans la salle de loisirs scientifiques de la Direction de la jeunesse et des sports de la wilaya de Khenchela : des collégiens présentaient une pièce de théâtre sur le fléau de la corruption, lorsque des policiers gradés, en tenue et armés de kalachnikovs  envahissent la salle et ordonnent violemment aux participants de quitter les lieux : « Bara » !* Objectifs de la méthode utilisée : frapper les esprits, terroriser les participants, dissuader toute dynamique citoyenne. La police a agit comme une milice pour le compte notamment du wali et du chef de sûreté de wilaya accusés de corruption par notre association sur la base de faits avérés et non sanctionnés à ce jour.
Depuis plusieurs années maintenant, les pouvoirs publics et ses officines en tous genres se distinguent par une répression tous azimuts à l’encontre des associations et des syndicats autonomes, contre les éditeurs de presse et les journalistes indépendants, contre l’opposition, contre les populations qui se révoltent à juste titre contre toutes sortes d’injustices. Les libertés s’amenuisent de plus en plus, et le pouvoir ne recule devant rien pour arriver à ses fins.
Même le très peu reluisant réseau Internet – coûteux pour les usagers et très difficile d’accès -, n’échappera pas à cette répression et à ces interdictions : il sera encore beaucoup plus contrôlé et muselé par le pouvoir ! Se rappeler par ailleurs la grande « découverte » du ministre de l’intérieur en 2008 suite aux tragiques évènements de Ghardaïa et de Bériane :  » des unités centrales d’ordinateurs ont été récupérées chez des manifestants : ils contiendraient des messages échangés avec des organisations étrangères ! »
La loi de 1990 sur les associations – positive au demeurant-, non respectée et violée depuis par tous les gouvernements qui se sont succédés, n’échappera pas aux pratiques scélérates du pouvoir : l’Exécutif est en train de lui substituer une loi liberticide pilotée par ses « polices politiques ».

D. H.

(EXTRAIT DE  » NOTRE AMI BOUTEFLIKA » – EDITION RIVENEUVE – JUIN 2010)

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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Une réponse à “2.Un témoignage de Djilali Hadjadj : « Ma guerre contre la République du bakchich » PARTIE 2”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Un témoignage de Djilali Hadjadj : « Ma guerre contre la République du bakchich » PARTIE 1
    le 14 Septembre, 2010 |

    Quand le 25 février 1995, le quotidien El Watan publia mon enquête sur ce qui allait devenir « l’affaire des scanners », j’étais loin d’imaginer que j’allais être poursuivi à ce sujet devant les tribunaux pendant huit longues années, et acquitté en dernier ressort, après avoir été condamné à plusieurs reprises et mis sous contrôle judiciaire de longs mois durant. Médecin, je m’étais naturellement intéressé à un scandale qui interférait avec mes préoccupations professionnelles. Les retombées médiatiques, judiciaires et politiques de mon enquête m’ont fait comprendre que la corruption est un enjeu central de la vie politique algérienne. Et, du coup, j’ai entrepris, depuis, d’explorer les diverses formes de corruption qui sévissent en Algérie. Beaucoup de proches et d’amis ont essayé de m’en dissuader : trop dangereux ! D’autres plus pessimistes encore posaient la sempiternelle question : « as-tu des preuves ? » Des preuves, il en a toujours existé suffisamment. Et la première, c’est l’état du pays. Comment l’Algérie, qui possède un potentiel humain magnifique, un territoire gigantesque, une histoire millénaire et de fantastiques ressources naturelles, peut-elle, 60 ans après son indépendance, compter d’un côté plus du tiers de sa population en dessous du seuil de pauvreté et de l’autre une caste de nouveaux riches issus du cercle du pouvoir ? Comment, s’il n’existait une corruption généralisée, tentaculaire, féroce, et une caste prête à tout sacrifier à ses intérêts mafieux ? Des preuves ? Il nous en a été donné chaque fois que les circonstances ou le travail de la presse ont percé la chape de silence que les institutions, le pouvoir et les puissants ont posé sur la corruption ; chaque fois qu’une affaire a émergé ; chaque fois qu’une procédure a été esquissée. Et puis des preuves pour quoi faire ? Identifier les corrompus ?

    Mon but, en publiant sur la corruption, n’était pas tant d’en appeler à la justice – et quelle justice ! -, et d’aligner des affaires, de donner des noms – encore qu’on y trouvera quantité d’affaires et de noms – que de désigner et d’analyser l’une des principales sources de souffrance du peuple algérien. Quant au remède, je n’en ai jamais vu d’autre que la démocratie.
    Autre prétention qui m’a toujours guidé : essayer de mettre à nu les mécanismes de la corruption « à l’algérienne » – pas si différente de celle qu’on rencontre dans de très nombreux autres pays, si l’on excepte son très vaste champ d’action, les effets dévastateurs qu’elle produit sur le destin de tout un peuple et le fait qu’elle ne cesse de se développer, depuis de trop nombreuses années, dans un contexte d’horrible violence.
    De 1995 à ce jour, il me faut compter par dizaines les convocations et « rencontres » chez les juges d’instruction, les mises sous contrôle judiciaire, parfois particulièrement astreignants, les procès à répétition. « C’est l’histoire du voleur qui crie au voleur ! » Combien de fois ai-je entendu cette réflexion de citoyens anonymes dans les prétoires des tribunaux ? Beaucoup d’algériens sont en effet scandalisés par les poursuites judiciaires, le plus souvent abusives, à l’encontre des journalistes.

    Pourquoi écrire sur la corruption ? Tout avait commencé au début des années 90. État prédateur et déliquescent, violences de toutes sortes, économie en faillite, pauvreté de masse, fuite des capitaux…
    Beaucoup l’ont payé de leur vie, qu’ils aient été militants de la décolonisation de l’Algérie ou défenseurs de la démocratie après l’indépendance, ou de courageux journalistes qui ont tout donné pour la liberté de la presse. Rien de surprenant que le combat de ceux qui luttent contre la corruption aujourd’hui s’inscrive dans la continuité des luttes pour la libération, l’émancipation et le développement de l’Algérie. C’est qu’il y avait tant d’écrits sur l’Algérie, mais si peu évoquaient – et encore à peine ! -, la corruption. Le manque de données pouvait expliquer partiellement cette lacune, et les difficultés d’investigation en décourageaient plus d’un. Car à l’époque, dans le contexte de violences et de terrorisme sans pareil que nous connaissions, s’aventurer à explorer un tel sujet, c’était – et malheureusement ça l’est resté -, s’exposer à des représailles.
    Mais fallait-il continuer à se taire ?
    Après l’écriture, tentatives d’action sur le terrain
    L’association algérienne de lutte contre la corruption ( AACC) – dont je suis un des membres fondateurs et le porte parole -a été créée en 1999 par des citoyens issus de différents secteurs d’activité à l’effet, dans une première étape, de contribuer à casser le tabou de la corruption, à en parler ouvertement et publiquement , à essayer d’en quantifier l’ampleur et d’en connaître les mécanismes, de mener des actions d’information, et d’élargir son champ d’action, notamment sur le terrain auprès de toutes celles et de tous ceux qui se sentent concernés par ce combat et qui veulent passer à l’action. Nous avons toujours eu le courage de nos déclarations, de nos écrits et de nos prises de position quant à l’étendue de la corruption, et nous avons maintes fois dénoncé les ravages que cause ce fléau. Malgré le refus de la reconnaître, signifié par le ministère de l’intérieur, les fondateurs de l’association sont décidés à ne pas lâcher prise.
    Comme d’autres associations autonomes et indépendantes, et comme les syndicats libres, notre association ne cesse de rencontrer énormément de difficultés et toutes sortes d’obstacles de la part des pouvoirs publics et de ses officines issues principalement des divers services de sécurité (tous corps et tous secteurs confondus). Alors qu’elle agit dans la totale légalité, conformément à la loi de décembre 1990 relative aux associations en particulier, et aux lois de la République en général. C’est ce pouvoir – et ses exécutants, qui agissent en dehors des lois du pays, lois dont ce pouvoir est pourtant l’auteur. Ces obstacles et problèmes vont du harcèlement quotidien que subissent un nombre important de ses adhérents, aux représailles systématiques (licenciements, interpellations par les services de sécurité, surveillances et intimidations, emprisonnements arbitraires, justice expéditive, etc.) dont sont victimes les dénonciateurs de la corruption et les donneurs d’alerte. La police politique sous différents « habits » a toujours été très fortement mobilisée contre les citoyens qui veulent s’impliquer dans les luttes sociales.
    Répression, menaces, risques, pressions, intimidations, etc.

    D. H.

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