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Les côtés de la fève par Ali Brahimi

9 septembre 2010

Contributions

Depuis environ 10 000 ans, la fève est cultivée dans la région du Moyen-Orient.

Selon toujours les historiens et botanistes, c’est la première dicotylédone – embryon possédant deux cotylédons – à avoir été semée, à grande échelle, par des agriculteurs de Sumer – sud-est de l’Irak actuel – berceau des civilisations précédant les religions monothéistes. Donc, ce sont les sumériens, peuplades mésopotamiennes, qui seraient les premiers à l’avoir cultivée dans les périmètres irrigués situés dans les rives du Tigre et de l’Euphrate.



A l’époque des Pharaons, les gousses de fève étaient cuisinées pour différents mets nourrissants. En effet, les anciennes sociétés égyptiennes l’utilisent fréquemment pour ses propriétés thérapeutiques, cosmétiques… et d’avoir de l’embonpoint ainsi que d’autres emplois mirifiques tant au profit des humains que pour les animaux domestiques dont notamment les bovins friands d’aliments azotés.

A notre époque, d’autres effets bénéfiques ont été mis au jour par la recherche agronomique. En effet, les légumineuses ont des vertus, parmi d’autres, liées aux fertilisations organiques des sols, et cela, grâce à leurs nodosités, situées au niveau de leurs racines, fixatrices de l’azote de l’air. Un magnifique laboratoire dont seule la nature en possède l’alchimie.

Dans le langage populaire rural, notamment égyptien, il existe divers qualificatifs magnifiant ce légume mythique : rihane el-fol – l’exquise odeur des fleurs de fèves -, et zei el-fol – belle comme une fleur de fève -, et également, chez nous, issemen ki el-foul: il fait grossir comme la fève ; le Pharaon a mangé tellement de fèves qu’il s’est constipé: iakoul el foul ki el-faroûn, etc.

En effet, ses gousses vertes et sèches, à divers usages, constituent un aliment énergétique et énergisant de première importance, notamment lorsqu’elle est imbibée d’huile d’olive comme l’assaisonnent les Egyptiens sachant le cuisiner en mets variés tout autant savoureux que nutritifs. Des médias égyptiens ont rapporté, au début du ramadhan, qu’il y a beaucoup de familles égyptiennes démunies qui se sont contentées d’un seul plat a base de fève: taâmiya, l’équivalent, chez nous, de taâm – couscous – à base de blé dur de la famille des graminées.

La lentille, appartenant à la même famille botanique que la fève, en possède les mêmes qualités nutritives. Cette légumineuse, en plus de que contient la fève comme qualités alimentaires, se compose d’autres nutriments assimilables directement par le sang ainsi revivifié. D’ailleurs, aux temps actuels, médecins et nutritionnistes la recommandent pour les anémiques et ceux qui sont atteint de cachexie.

Il existe, autour de la fève, des traditions et symboles vivaces jusqu’à nos temps actuels. Ainsi, pour qualifier une infidélité, on disait que la fève pourrie de son flanc par analogie avec la bruche – insecte coléoptère – nichant et avariant la gousse de fève, de préférence, du côté de son coléoptile : racine embryonnaire.

A ce propos, dans notre patelin, durant la guerre de libération nationale, une Israélienne reprochait à sa voisine musulmane que son fils serait l’instigateur de l’attentat mortel ciblant son enfant. Elle lui dit en pleurant : « Ma sœur, c’est donc vrai que la fève s’avarie de son côté. El foula edoued min djenbha»

Tout au long de l’histoire, les enfants d’Abraham ne cessent de se condamner, de s’admonester et de s’entre-tuer mutuellement, et ce, pour des raisons de proéminence et de cohabitation continuellement turbulente car insuffisamment assumée de part et d’autre. Ajouter à cela, que la haine mêlée à de la crainte atavique, héritées des siècles sombres, rendent les passions aveugles voire meurtrières. Comme cela se passe, actuellement, en Palestine. Au quotidien !

Ainsi, l’Etat d’Israël et, relativement, ceux du monde arabe, ils ont des idées fixes malgré l’évolution des mentalités respectives notamment celles des jeunes élites, aspirant à se débarrasser des carcans d’un passé tourmenté, mais qu’elles hésitent encore, pour on ne sait quelle raison, d’assainir une fois pour toutes cette situation absurde car inextricable par la faute de l’arrogance des uns et l’imbécillité des autres. D’où les reports interminables d’une solution radicale au conflit entre Arabes et Israéliens.

Il y a comme un mal originel dans ce cas d’espèce. Chacun, des protagonistes, veut avoir raison. Et, à ce propos, on dit aussi que son plat de fèves – ses projets de paix par exemple – soient les meilleures : Kol hadha igoul ana fouli tayab. Et, quand un fiasco est annonce, il est dit aussi : Tab el-foul. Les fèves sont déjà cuites.

A ce sujet, il serait éminemment utile, qu’avant de se mettre d’accord avec Israël, d’être en parfaite entente, en premier lieu, entre toutes les factions palestiniennes sans exception aucune, puis entre les différents gouvernants arabes et, enfin et surtout, d’éviter de limiter l’éventuelle solution à la seule zone géographique arabo-israélienne berceau de toutes les passions et tensions successives. Un vaste programme. En effet, il serait vain de vouloir transgresser le bon sens. Il revient, à l’image du naturel, toujours au galop. Inévitablement !

Donc, la prochaine reprise des négociations, entre Palestiniens et Israéliens sous l’égide d’un tiers pays aussi puissant que les USA, ne pourrait aboutir, selon notre humble point de vue, à quelque chose d’harmonieux et de durable que si ces pourparlers s’inscrivent dans le sens mentionné plus haut.

En effet, des générations de Palestiniens, constamment alléchés par une éventuelle solution, espèrent voir un jour le bout du tunnel. D’autres, disséminés aux quatre coins du monde, ont carrément perdu tout espoir de revoir la terre, non promise par Yahvé pour le peuple élu comme l’interprètent les juifs extrémistes religieux se considérant déjà, par anticipation, comme promis pour le paradis céleste ; mais tout simplement, pour ces Palestiniens en fin de cycle de vie, qu’ils aient un chez-soi enfin !

Un ami, de longue date, ingénieur agronome palestinien, prénommé Rafic, marié avec une fille de chahid algérien et résident dans mon patelin depuis 1968, m’avait dit dernièrement : « Toute une vie partie en fumée. Toi, mon cher Ali, tu avais vu ton père avant qu’il ne disparaît, le mien vivant je ne l’ai revu qu’une seule fois et, qu’il est bien possible, que je ne reverrais jamais mes frères et sœurs… disséminés aux quatre coins du monde. ». Dont l’Egypte. Emouvant !

Après le carnaval footballistique entre les deux équipes nationales, algérienne et égyptienne, à l’occasion des éliminatoires pour la Coupe des nations d’Afrique d’où nous sommes sortis défaits, humiliés et offensés, voilà que la Jeunesse Sportive de Kabylie reprend l’étendard et a rendu, qu’on le veuille ou non, cette semaine, à toute l’Algérie l’honneur et la dignité. Sportivement ! One, two, three, viva l’Algérie(1)

A l’époque des remous algéro-égyptien, conjugués aux opportunités politico-médiatique et de succession pharaonique, un journal israélien avait conseillé, ô ironie du sort, le calme entre les gouvernements respectifs emportés dans un tourbillon digne d’être comparé à de l’inconscience d’un imago d’un côté comme de l’autre. Les drapeaux ont été piétinés, déchirés, brûlés, etc. Une furie ! Pour l’un, c’est pour la cause électorale, alors que de l’autre côté c’est pour le prestige.

Alors que des deux côtés, lors de l’agression israélienne contre la bande de Ghaza, à part les condamnations verbales de principe, personne n’avait osé maintenir une pression musclée comme par exemple : boycotter, dans la durée, toutes les réunions de cette soi-disant Ligue arabe carnavalesque, et ce, afin de se mettre en diapason avec la conscience de son peuple et celle de la nation arabe. Mais si le gladiateur, comme disait l’autre, est mangé par le lion ? (1)

En fin de compte, c’est un privilège d’être mangé par un lion au lieu qu’on soit mordu par ses propres chiens. C’est ça justement le nœud gordien qui tracasse tous les dirigeants arabes. Puisqu’ils préfèrent être malmenés mutuellement, qu’ils continuent, donc, de dénouer ledit noeud dans la honte et l’humiliation pour faire plaisir à son principal fileur et superviseur : l’Arabie Saoudite via le roi de Jordanie et l’actuel régime égyptien. Comme lors de l’agression israélienne sur Ghaza !

Alors que d’autres voix de juifs crient leur dégoût à l’encontre des comportements extrémistes, soi-disant de juifs religieux répétant les mêmes paroles de Hitler qui les ont menés à la Shoah et ses terribles conséquences dont l’instauration violente de l’Etat d’Israël, exigeant sa juiverie nationaliste totale – comme s’ils en doutent du fait de leur complexe historique -, et qu’il soit sécurisé mondialement d’après les dernières conditions réitérées cette semaine par le Premier ministre, M. Benyamin Netanyahou, pour reprendre les négociations ce jeudi coïncidant curieusement avec la reprise des colonies.

D’autres ultra extrémistes, également siégeant au gouvernement israélien, refusent toute cohabitation avec les Palestiniens et, donc, de vivre en paix dans cette région aux mille et une passions existentielles. Jusqu’à quand ? Mardi passé, quatre jeunes colons israélites ont été tués par des inconnus. En Galilée berceau du Christ ! Il existe une tradition juive : sacrifier d’autres juifs pour sauver l’essentiel de l’intérêt suprême du peuple juif ainsi menacé par un compromis jugé non profitable et, surtout, qu’il soit forcé avec quiconque ne servant donc pas son avenir. A l’image de l’assassinat de Itzhak Rabin par un soi-disant religieux extrémiste juif « avouant » expressément qu’il l’avait fait parce que M. Itzhak Rabin avait signé un accord de paix avec M. Yasser Arafat.

En attendant d’autres événements du genre, les deux côtés, notamment celui israélien, sont en train de convoquer le passé, d’ignorer le présent et de sous-estimer l’avenir ainsi que de demeurer ancré dans les réflexes racistes, à l’exemple des dernières déclarations du maître à penser spirituel des Partis extrémistes religieux israéliens visant à raidir encore plus la corde – faire pression – en terme de mésentente et de brouilles, minutieusement distillées de tous les côtés, à l’intention du Président des USA, pour sa part tiraillé par des problèmes internes, l’on instaure un état délétère propice à l’ensemble des parasites extrémistes internes aux USA, en Israël et, à l’occasion, au sein et entre les pays arabes.

Et, donc, d’agencer, jusqu’à terme, les opportunités ainsi visées par les lobbys politico-financiers de la juiverie internationale semant, pour le moment, à cette fin, les bactéries de la discorde moisissant, en premier lieu, les deux côtés de l’entité israélo-palestinienne anti-intolérance – comme elle s’est manifesté culturellement cette semaine à Ariel bourgade israélienne -, et, ensuite, étendre ailleurs les ferments de la désunion des rangs arabes comme ils semblent se fermenter ces derniers temps par le retour musclé des relations entre le… Maroc et Israël.

A l’image, en quelque sorte, d’une fève charançonnée de tous les côtés. C’est-à-dire, en clair, depuis les zaouïas de Rabat jusqu’aux mausolées, de plus en plus nombreux, de Bagdad. Un monde arabe constamment figé soit dans les carcans d’un passé féerique, mais biaisé en vérité, sinon alors qu’il chavire dans le… défaitisme et la nostalgie béate. Jusqu’au renoncement du droit d’exister et de s’imposer comme le souhaitent les extrémistes juifs et d’ailleurs.

C’est, effectivement, ce qui est en train de se passer de nos jours, et ce, malgré tous les faux-semblants de «bien-être»… matériel affiché du côté du monde arabe. Et qu’il est de surcroît assuré par de la rente. Par contre, les Israéliens, détenteurs du véritable confort matériel, s’orientent de plus en plus sur celui moral car il est inégalable et durable. Ils le savent de tous les côtés. Par expérience. Historiquement !!!

1) Une règle de conduite morale conseille: «Al assadou assadou oualaou kanet makhalibahou ; Al kalbou kelbou, oualaou âcha robeï ; Rafika-el-oussada oualaou akalatak ; Ouala tourafika el-kilaba oualaou hamalatak». Dépourvu de ses griffes, lorsque il devient âgé, le lion reste un fauve, tandis que le chien tout petit il ressemble au lionceau. En effet, le lion, nouveau-né, n’a pas de crinière. Accompagne-toi par les lions même s’ils te mangent. Croqué par un majestueux Lion, face-à-face, c’est vraiment un honneur. Et non par les chiens même s’ils sont de fidèles «serviteurs» car, un jour ou l’autre, ils te mordront lâchement. C’est dans leur nature !

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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