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7 septembre : impressions de manif par Pierre Morville

9 septembre 2010

Contributions

Comme un ou deux
millions de salariés en France,le Chroniqueur de Paris a participé à l’un des
nombreux cortèges contestant la réforme sur les retraites 7 septembre. Parti
tôt, et au regard des sombres nuages qui couvraient Paris à cette heure, le
Chroniqueur de la même ville s’était muni d’un épais manteau. Chaud. Après
quelques rendez-vous prévus dans la matinée, prendre le risque pour défendre la
retraite à 60 ans, d’aller battre le pavé une grande partie de l’après-midi
sous la pluie, méritait bien quelques précautions.


La méfiance
affichée par le Chroniqueur de Paris sur les pronostics de Météo France a fait
de celui-ci, parmi les 1,5 million, 2 millions, 2,5 millions et demi de
manifestants qui dans toute la France, tempêtaient, huaient, gueulaient contre
la réforme des retraites sous un soleil resplendissant, l’un des rares crétins
à défiler, ruisselant de transpiration, un lourd manteau chaud sous le bras…

Finalement, la
météo, c’est comme les prévisions macro-économiques, il faut leur faire
absolument confiance dans le très court terme, très moyennement dans le moyen
terme (c’est-à-dire, passé une semaine), quant au reste et au-delà, il vaut
mieux prier.

Une belle manif’
!

Toujours est-il
que pour une belle manif’, ce fut une belle manif’ ! A Paris, la manif’, ça
tient de la tradition, et on y tient ! Autant qu’à la Tour Eiffel, aux
Bateaux-mouches, au Père Lachaise, au Mur des Fédérés, au Drapeau, à Mai-68, à
Catherine Deneuve, à la République, à Edith Piaf, à Charles de Gaulle et aux Deux-Magots
(pour ceux qui ne connaissent pas, un bistro de St Germain-des-Près, un peu
prétentieux mais à des tarifs encore tout à fait abordables).

 Bon ! Il y avait un foutu paquet de gens qui
marchaient ensemble de la République à la Nation, en passant par la Bastille.
Le trajet ? Dans la symbolique (République-Bastille-Nation), rien que du lourd,
et même si le trajet sempiternel était terriblement traditionnel, le parcours,
comme disent ces enfoirés d’Anglais, est toujours « so fashion ».

 Beaucoup de drapeaux (rouges, bien sûr mais
la gamme chromatique s’élargit), des banderoles, des calicots, des gros ballons
montgolfières, des orchestres, des trompes insupportables venues d’Afrique du
Sud (Le Mondial ! Maudit souvenir !) qui vous rendent définitivement sourds à
tout raisonnement, des tracts comme s’il en pleuvait, des pétitions
improbables, des services d’ordre syndicaux sexagénaires à l’air martial, des
vendeurs de merguez… Tout était bien !

 Dans les innombrables cortèges, où chacun
manifeste dans sa chapelle, le monde réuni était plutôt bon enfant, rigolard,
en petite chemise (sauf moi, en manteau) Mais si l’on grattait un peu, la
posture était plus contradictoire. On devinait vite sous la bonhomie, une
grande rage froide. Rigolards ? Rage froide ? Deux concepts psychologiques dont
il faut bien reconnaître qu’ils ne sont pas tout à fait cohérents entre eux.
C’était pourtant le sentiment que donnait l’expression de cette multitude qui
savait bien que malgré la réussite des manifestations, le gouvernement n’allait
pas céder, ni même amender son projet de réforme.

 En traduction instantanée : on a beau être 2
/ 2,5 millions dans la rue le 7 septembre, cela ne sert pas à grand-chose. Et
pourtant ! Si l’on ramène cela aux 64,7millions de personnes recensées dans mon
doux pays, cela veut dire qu’environ 3% des Français ont manifesté. Toutefois,
à ce chiffre, il faut écarter, les actuels retraités (ils sont sauvés !), les
enfants en bas âge, les malades, les impotents, les banquiers, les notaires,
les adhérents de syndicats patronaux, les artisans et commerçants, ardents à la
tâche et peu enclins aux luttes collectives (Dieu, merci ! Comment les
manifestants auraient-ils pu se sustenter et boire un coup ? Les terrasses
étaient pleines de la République à la Nation…). Bref au résultat, on peut
estimer, avec toutes les corrections arithmétiques nécessaires, sous le
contrôle bien sûr de l’Insee, que sur les actifs (27 millions de français), 1
actif sur dix manifestaient, et plus d’un salarié sur dix (17 millions et les
principaux concernés par la susdite réforme) battaient le pavé.

 Allez, ne chipotons pas, certains notaires
ont dû manifester ! Au résultat donc, à Paris, un actif, ou une active sur dix
légèrement vêtu (e) a marché cinq heures durant (pour faire au plus 5
kilomètres), tout en papotant avec ses voisins de manif, en criant de temps en
temps des slogans anti-gouvernementaux, le tout sous un soleil de plomb.

 Bon ! L’objectivité des chiffres nous oblige
à reconnaître que la sous-sous-sous-population statistique, qui par
méconnaissance des prévisions météos, avait, le 7 septembre, défilé un lourd
manteau chaud sous le bras ou alternativement sur l’épaule, à cause de la
sueur, était beaucoup plus infime. Voire inexistante sur une analyse raisonnée
des grands nombres. C’est tout le drame des minorités…

- dis, mamie,
raconte-moi une histoire

- j’ai pas le
temps, je pars au boulot

 En revanche, les gens normaux, en chemise ou
en tee-shirts, étaient surpris d’être aussi nombreux et dans le même temps
chacun savait que le gouvernement resterait inflexible, d’où la rogne
perceptible dans une atmosphère sans nul doute très bon enfant. Le gouvernement
n’a évidemment pas cédé. Mais c’est dans ces moments-là que l’on constate un
profond désaccord très perceptible entre le peuple et ses mandants.

 Reprenons l’argument des uns et des autres
sur les retraites.

 Pour les tenants d’une  » réforme à la
dure  » : l’espérance de vie croît mécaniquement. En matière d’espérance de
vie, les Français gagnent en moyenne un semestre de vie supplémentaire tous les
deux ans. Dans la population, la proportion des actifs qui financent les
retraites des ainés, système de retraite par répartition oblige, tend donc à se
réduire. Leur contribution est de surcroît mise à mal parce que nous rentrons,
sinon dans une phase de récession, tout au moins dans une longue période de
croissance très faible, accompagnée d’une remontée du chômage. Allonger la durée
de vie au travail est donc l’unique solution : le gouvernement propose donc de
reporter l’âge du départ à la retraite de 60 à 62 ans.

 Scandale ! Cette réforme est profondément
injuste, rétorquent l’ensemble des syndicats pour une fois, totalement unis
pour une fois, et avec eux, une très grande majorité des Français. Avec des
arguments tout à fait sérieux. A quoi sert-il de faire travailler les vieux
alors que les jeunes, toutes les statistiques le montrent, ont le plus grand
mal à rentrer dans le monde du travail ? Pourquoi établir une retraite à 62ans
quand on sait que les entreprises cherchent le plus souvent, passé 50 ans, à se
débarrasser de leurs  » seniors  » ? Pourquoi ces mêmes entreprises
sont-elles si peu sollicitées par la réforme actuelle du système paritaire des
retraites, puisqu’elles ne participeront qu’à 10% de l’effort demandé à
l’ensemble des Français ? Pourquoi, alors que les écarts de richesse
s’accroissent dans la société française, le gouvernement s’interdit-il de taxer
fiscalement les citoyens les plus fortunés ? Pourquoi le gouvernement se refuse
à stimuler la croissance, créateur d’emplois, alors qu’une baisse de 3 à 4
points du chômage réglerait définitivement la question du financement des
retraites ?…

 Au-delà de cet intéressant affrontement des
thèses, les Français savent bien que l’allongement de la vie qui entraîne
également une plus grande dépendance des personnes âgées et des dépenses
médicales accrues, a nécessairement un coût. Ce n’est donc pas l’idée d’une
réforme qui heurte mais les contours et les contenus de la réforme proposée
actuellement par le gouvernement. Plus généralement, les classes populaires et
moyennes ont parfaitement conscience qu’elles seront et de loin, les principaux
victimes et contributeurs à la résolution de la crise financière actuelle (dont
ils ne sont aucunement coupables) et aux déficits budgétaires qu’elle a
entraînés.  » Travailler plus longtemps pour gagner moins « , l’idée
d’une  » double peine  » en agace beaucoup.

« Mamie
zinzin »

Dans ce climat,
il était normal de voir fleurir dans les cortèges manifestants d’innombrables
caricatures visant Eric Woerth et Mme Liliane Bettencourt. Mamie zinzin ? C’est
bien sûr le surnom de Liliane Bettencourt, une vieille milliardaire qui n’a
plus aucune conscience de la valeur des chèques qu’elle distribue à foison à
son entourage mais également aux partis politiques de la majorité actuelle. Ces
accusations visent directement aujourd’hui Nicolas Sarkozy. Le président de la
République paye également une réputation  » bling-bling  » et sa
défense incompréhensible de son invention du  » bouclier fiscal  » qui
protège efficacement les contribuables français les plus fortunés.

 Eric Woerth, ancien trésorier de l’UMP et
ancien ministre du Budget est l’actuel ministre du Travail qui défend depuis le
7 septembre, le projet de réforme des retraites devant le parlement. Cet homme
politique embringué dans l’affaire Bettencourt, trimballant de nombreuses
casseroles et  » affaires  » qui fleurent bon le conflit d’intérêts est
un ministre usé et affaibli qui n’a plus guère l’autorité morale pour défendre
une transformation impopulaire du système des retraites. Pourtant, Nicolas
Sarkozy présente lui-même celle-ci comme  » la réforme majeure  » de
son quinquennat. Et a affirmé à tous les Français le 14 juillet dernier qu’Eric
Woerth était « honnête homme ».

 Jusqu’alors prudents sur ces affaires
politico-judiciaires, les dirigeants des deux principaux syndicats, Jacques
Chérèque pour la CFDT et Bernard Thibault pour la CGT ont, à la veille de la
manifestation du 7, dans une déclaration commune, remis en cause Eric Woerth
comme interlocuteur acceptable des partenaires sociaux dans la négociation sur
les retraites. Une première dans l’histoire sociale française où la tradition
veut que les syndicats ne réfutent jamais les interlocuteurs gouvernementaux,
même si leurs militants réclament parfois avec vigueur leur démission mais
uniquement dans les manifestations !

 Beaucoup d’observateurs s’interrogent sur
l’implication personnelle de Nicolas Sarkozy dans la défense de son ministre
Eric Woerth. Certes, le Président a promis un vaste remaniement après le débat
parlementaire dont la durée a été raccourcie à une semaine dans chacune des
deux assemblées. Débats express donc, pour  » la plus importante réforme du
quinquennat « . Au remaniement prévu, Eric Woerth perdra certainement son
poste de ministre du Travail, voire de ministre tout court. Le sort du Premier
ministre, François Fillon est lui-même sérieusement en débat. Ce qui,
paradoxalement, accroit sa (faible) popularité.

Nicolas Sarkozy
« attentif »

Hier, à la sortie
du Conseil des ministres, le président de la République s’est déclaré « 
attentif  » à l’inquiétude des Français. Mais il est resté droit dans ses
bottes sur le report de la retraite à 62 ans, concédant quelques aménagements
mineurs sur les  » carrières longues  » (les salariés qui ont commencé
le boulot à seize, voire à 14ans) et quelques milliers de travailleurs qui
souffrent d’un handicap professionnel.

 Assuré de la majorité parlementaire, Nicolas
Sarkozy va donc passer en force. Ils humilient au passage les syndicats, CGT et
CFDT en tête, qui se sont beaucoup investis. Ces derniers ne pourront pas se
satisfaire sans combats, de la posture actuelle du gouvernement, sauf à perdre
la face. Quant aux salariés, ils écoutent avec beaucoup d’attention le Parti
socialiste qui a promis de revoir la réforme en cas d’alternance en 2012.

 Nicolas Sarkozy fait le pari que les
électeurs lui rendront gré et grâces, à la prochaine présidentielle, d’avoir
tenu le coup face à la rue et d’avoir réussi à faire passer une réforme
impopulaire mais inévitable. Pari risqué.

 Nicolas Sarkozy devrait être également « 
attentif  » aux statistiques soulignées par un économiste très classique,
Patrick Artus. Dans un article intitulé  » la déflation est là « *, il
note qu’aux Etats-Unis, la productivité du travail a augmenté en un an de 6% et
les salaires réels seulement de 1%. Au niveau mondial, la productivité de 3% et
les salaires de 1,5% « . La situation européenne est beaucoup plus proche
de la situation américaine, comme en atteste, l’explosion des bénéfices du
 » Cac 40 « , l’indice boursier qui regroupe les cotations des 40 plus
grosses entreprises françaises. Cela aussi, ça agace…

*Alternatives
économiques, septembre 2010

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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