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A FONDS PERDUS Les Arabes en 2010

7 septembre 2010

Contributions

A FONDS PERDUS
Les Arabes en 2010
Par Ammar Belhimer
ambelhimer@hotmail.com

Je croyais la fraternité arabe et les autres ingrédients de notre identité, hérités de l’ère du nationalisme arabe, au-dessus de toute considération liée à l’actualité immédiate et plus forts que les ressentiments que peut susciter une défaite dans un match de football. Cela ne semble malheureusement pas être le cas et nombre de «patriotes arabes» — s’il en reste encore — le déplorent dans les deux camps.


L’élimination de l’Égypte des joutes éliminatoires de la Coupe du monde de football continue à produire ses effets sur la rue cairote et à formater l’opinion publique arabe (si tant est qu’elle puisse exister en dehors des canaux idéologiques bien tenus de dictatures inamovibles). Celle-ci, l’opinion publique arabe, développerait, si l’on croit certains sondages, une hostilité aérée à l’endroit de notre pays et de notre peuple. «L’état de l’opinion publique arabe 2010», réalisé par l’université de Maryland dans six pays arabes (Egypte, Jordanie, Liban, Maroc, Arabie Saoudite et Emirats arabes unis), et rendu public le 5 août dernier(*). Dans la rubrique «vision du monde», il a été demandé aux personnes interviewées de citer deux pays qui, à leurs yeux, constituent en 2010 «la plus grande menace (the biggest threat). La réponse a été : Israël pour 88 % des sondés, les Etats-Unis (pour 77 %) et… tenez-vous bien, l’Algérie pour 11 %. (tout comme l’Iran avec 9 %) —devant le Royaume-Uni (8 %). C’est donner trop d’honneur à un sélectionneur national qui peine à venir à bout de la modeste équipe de Tanzanie que de lui attribuer un tel potentiel de nuisance (une «menace», dit la question) contre des Pharaons à l’Histoire millénaire ! Certes, ces chiffres sont à relativiser, compte tenu du poids démographique de l’Égypte dans le Panel» — par ailleurs très versatile et sensible à l’actualité immédiate — et de la période couverte par le sondage (l’année 2010) marquée par un enjeu sportif jugé majeur, voire vital, par deux opinions publiques (algérienne et égyptienne) dont la marge d’expression démocratique est maigre sur bien d’autres questions hors des arènes de défoulement. En 2009 et 2008 aucun Égyptien n’avait mentionné l’Algérie dans cette catégorie de pays «menaçants». Une telle animosité est, par contre, restée constante à l’endroit de l’Iran qui affiche pour les trois années consécutives (2008, 2009 et 2010) avec un taux d’animosité de 7, 13 et 10 %. On voit bien, au regard de l’impact d’un vulgaire match de football sur l’opinion publique (par ailleurs confrontée aux mêmes défis et à une communauté évidente de destin), que les médias et les chaînes satellitaires égyptiennes, mus depuis l’effondrement du nassérisme par des intérêts dominants d’essence compradore, féroces et indétrônables, sont passés par là. L’autre révélation du sondage a justement trait aux mutations profondes que subit l’identité arabe dans la hiérarchie de ses composantes traditionnelles. L’islamité du monde arabe (elle progresse de 28 à 39 % des personnes interrogées de 2008 à 2009) s’est définitivement substituée à son arabité (elle régresse de 44 à 33 % pendant la même période). Parmi les éléments constitutifs de l’identité, la «citoyenneté» (appartenance au pays) fait une irruption remarquée, avec une moyenne de 20 % auprès des personnes interrogées. Cette mutation, majeure, profite à l’Iran puisqu’elle altère et tempère la haine séculaire que se vouent sunnites et chiites sur fond contemporain d’ambitions régionales et d’objectifs nucléaires iraniennes – au demeurant légitimes, dès lors qu’elles poursuivent des objectifs civils, se conforment au droit international et se plient au contrôle de l’AIEA —. 77 % des sondés estiment que l’Iran a le droit de développer un programme nucléaire (une proportion en augmentation constante depuis trois ans) et 92% d’entre eux lui attribuent des intentions pacifiques. L’hostilité la plus marquée à l’égard du programme nucléaire iranien est enregistrée en Arabie saoudite. L’opinion y est réellement partagée : 50 % seulement des Saoudiens reconnaissent aux Iraniens le droit d’avoir un programme nucléaire et la même proportion juge nécessaire d’exercer sur eux des pressions destinées à mettre fin à ce programme. Avec une arabité qui bat de l’aile et des conflits interislamiques fratricides, l’image que se renvoient d’eux-mêmes les Arabes est fortement brouillée, sur un double fond, naturellement déplorable quoi que, par ailleurs, édifiant, d’ostracisme, de complexe de colonisés et de… tentation par la domination/ soumission. Ainsi, la France (51 %), l’Allemagne (17 %), la Grande-Bretagne (10 %) et les Etats-Unis (7 %) sont les pays préférés de l’opinion publique arabe. La France est, par ailleurs, dotée du plus grand coefficient de liberté et de démocratie (47 % des opinions exprimées), contre 27 % pour les Etats-Unis (tout de même !) et 23 % pour l’Allemagne. Cette hiérarchie est atténuée par l’entrée en lice de la Chine dès lors qu’on pose la question de savoir «quel est le pays qui mérite de jouer un rôle de superpuissance ?» 36 % de l’opinion publique arabe espère faire jouer ce rôle à la France, 15 % à la Chine, 12 % à l’Allemagne et 9 % à la Grande-Bretagne et la Russie, contre 6 % seulement pour les Etats-Unis, l’hyper-puissance du moment, au pouvoir sans partage. L’arrivée de Barack Obama avait, un instant, bousculé cette hiérarchie mais l’idylle fut de courte durée. Ainsi, en 2009, 45 % des personnes interrogées avaient une opinion favorable et positive de Barack Obama, contre 20% en 2010. Depuis cette date, sa politique au Moyen-Orient n’augure aucun espoir pour 63 % d’entre eux. Aux yeux de l’opinion publique arabe, la conduite de la politique extérieure des Etats- Unis poursuit les objectifs suivants dans la région : – la protection d’Israël : 49 % ; – le contrôle des sources d’énergie (le pétrole) : 45 % ; – l’affaiblissement du monde musulman : 33 % ; – la préservation d’une domination globale et régionale : 33 %. Les gens ne sont donc pas dupes. L’objectif américain affiché de lutte contre le terrorisme ne convainc que 7 % des personnes interrogées. Il en est de même des arguties idéologiques apologétiques du néolibéralisme, comme la promotion des droits de l’homme (elle ne recueille que 6 %) ou la promotion de la démocratie (5 %). A sa décharge, l’administration Obama ne fait qu’hériter de dossiers qui embarrassent fortement l’opinion publique arabe. Celle-ci affiche les plus grands désaccords avec la politique extérieure des Etats-Unis sur la question palestinienne (61 %), l’Irak (27 %), l’Islam (5 %), l’Afghanistan (4 %). La rue arabe élargit l’hostilité qu’elle déclare à l’égard du pouvoir des Etats-Unis à la population américaine. «Généralement parlant », l’attitude est parfois (30 %) et souvent (27 %) défavorable à l’endroit des Américains. La seule question sur laquelle l’administration Obama réussit à renverser la vapeur est celle de «l’attitude vis-à-vis de l’Islam» (20 % d’opinions favorables), de l’assistance économique (13 %) et, plus accessoirement, des droits de l’Homme (8 %, Guantanamo est passé par là). Si la France garde les faveurs de l’opinion dans la liste des pays «jouant un rôle constructif dans la région du Moyen-Orient» (30 %), quatre autres pays de la région lui disputent cette belle performance : la Turquie (21 %), l’Arabie saoudite (20 %), l’Égypte (20%) et les Emirats arabes unis (17%), loin devant la Syrie (8 %), le Liban (7%), l’Allemagne (7%) et les Etats-Unis (6%). La Turquie conforte son image par une autre performance. A la question de savoir «quel est le leader le plus admiré (en dehors de son pays)», Recep Erdogan arrive en tête avec 20 %. Ainsi donc, le crime ne profite jamais et Hosni Moubarak est loin de récolter les fruits de la hargne de ses appareils idéologiques contre l’Algérie puisqu’il ne récolte que 4 % de voix.
A. B.
(*) 2010 Arab Public Opinion Poll, conducted by the University of Maryland, in conjunction with Zogby International, Thursday August 5, 2010.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/09/07/article.php?sid=105607&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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