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Reportage : Hadj La “Baâtha palace” PÈLERINAGE 2007-2008 Par : Mustapha mohammedi

6 septembre 2010

M. MOHAMMEDI

  Reportage : Hadj La “Baâtha palace” PÈLERINAGE 2007-2008  Par : Mustapha mohammedi dans M. MOHAMMEDI logo_imp2610 dans M. MOHAMMEDI
Edition du Dimanche 06 Janvier 2008

Reportage : Hadj

La “Baâtha palace”

PÈLERINAGE 2007-2008


Par : Mustapha mohammedi

11 morts dont 1 femme littéralement étouffés par les gaz toxiques  à Arafat, 4 hadjis sains de corps et d’esprit atteints de démence subite et évacués de toute urgence au pays, 750 disparus puis retrouvés dans les dédales tortueuses des souks de la Médina, choqués, hébétés ; ce pèlerinage 2007-2008 est en fin de compte à l’image de ceux qui l’ont planifié  et organisé : mal barré,  très mal barré. De bout en bout de la chaîne.

Des millions de dollars sont partis en fumée à cause d’une “baâtha” défaillante à laquelle nous devons les premières tuiles qui nous tomberont sur la tête dès l’aéroport international de Djeddah.
Une fourmilière cette machine où se déversent chaque demi-heure des centaines de pèlerins venus des cinq continents.
Rien à voir avec les pistes molles de Dar-El-Beïda où nos Boeing décollent avec des bouts de ficelle et atterrissent en aérobaraka.
Mais cela est une autre histoire.
Passablement fatigués par 6 heures de vol continu et titubant de sommeil, les Algériens, dès leur arrivée, sont alors triés… en fonction de la couleur de leur passeport. Ton pastel ou nuance ocre, il n’en faudra pas plus pour faire naître la suspicion au royaume wahhabite.
Une cinquantaine de personnes, dont les cinq journalistes que nous étions, est aussitôt parquée dans une chambre-isoloir, à l’abri des regards indiscrets, comme des malfrats.
Un agent de la Police des frontières procède alors à l’appel des noms qu’il écorche au passage sans ménagement. Un peu plus tard, un autre en dressera la liste par écrit. Lentement, sans se presser.
Ici, le temps, c’est l’argent.
Une heure après, un troisième Bédouin qui semble être leur chef nous dévisagera un à un, sans nous adresser la moindre parole, l’œil absent.
Quelques-uns parmi nous paniquent.
Les heures s’égrènent. Les minutes s’allongent.
Le jour se lève et les nerfs sont à fleur de peau, puis changement de décor. Une seconde équipe prend le relais. Calmement, sans tambour ni trompette et reprend tout à zéro. Un groupe d’Algérois est au bord de l’explosion.
La moutarde monte peu à peu au nez de nos compatriotes. Mais, ils se ressaisissent en grillant cigarette sur cigarette, parfois à moitié.
De nouveau, les passeports sont contrôlés, recontrôlés, triturés, décortiqués, passés à la loupe, à la moulinette.
Selon les indiscrétions de certains passagers qui ont l’habitude de ce genre de “voyage”, la police saoudienne “aux aéroports est capable, à l’heure de la rupture du jeûne, de laisser choir tous les passagers uniquement pour aller manger un morceau à la maison”.
Lorsqu’enfin arrive l’heure de la délivrance et que nous sommes autorisés à rejoindre les bus, un autre parcours du combattant attend cette fois les journalistes à qui l’on fera voir toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, y compris l’indigo, le pourpre et le carmin.
Les autorités saoudiennes ont découvert, en effet, que nos passeports n’étaient pas griffés par le moutawaf, oubli que nous devons à notre “baâtha” qui a toutes les qualités du monde sauf d’être intelligente comme on le verra plus loin.
Elle en a d’autres qui ont assuré avec ténacité la faillite de ce “maoussem”. Nous voilà donc livrés une fois de plus au bon plaisir d’une administration tatillonne, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle ne laisse rien au hasard. Il est 4 h du matin et nous sommes lessivés.
Comment obtenir cette fameuse griffe du moutawef — une taxe obligatoire pour tous les pèlerins — dans une aérogare où 500 000 personnes se bousculent, qui compte une centaine de bureaux, autant de banques et 10 000 fonctionnaires en keffieh sollicités de toutes parts ?
Autant dire impossible !
C’est au détour d’une aire quasi déserte que nous tombons par le plus grand des hasards sur quatre “valeureux” agents de notre “baâtha” qui dormaient sur des cartons. Ils sont théoriquement censés venir en aide à tous les Algériens qui débarquent à Djeddah, encore faudrait-il que ces Algériens les débusquent là où ils se terrent.
Le premier de ces planqués qui émarge en bons et royaux rials à la “baâtha” nous sommera de cesser de fumer, le second un peu plus cool nous indiquera d’un doigt boudiné le premier service saoudien à contacter. Manifestement, là s’arrête sa “compétence”.
Ballottés de bureau en bureau, il nous faudra presque une heure pour accomplir au pas de course toutes les formalités nécessaires et faire agréer ainsi nos passeports.
Coût de l’opération : 1 029 rials, l’équivalent de 200 euros, lesquels ne seront jamais remboursés par la “baâtha”, dont nous étions les hôtes. Elle se fera par contre un réel plaisir de prendre en charge les frais du moutawaf des journalistes de la télévision, le message est clair. Vous l’avez tous compris. Il est 5 heures, et l’aube pointe au firmament. Nous tremblons de froid sous nos minces serviettes blanches qui nous couvrent la taille et les épaules. Éreintés et au bout du rouleau, nous décidons de piquer un somme sur place à une centaine de mètres du tarmac.
Perdre sa qibla à la Mecque !
À peine avions-nous fermé l’œil que le muezzin de l’aéroport appelle déjà les fidèles à la prière du fadjr. Les salles d’eau sont prises d’assaut. Groggy par tout ce qui nous arrive, mon ami Hassan d’El Watan qui, le premier perdra sa “quibla”, fera sa prière face au Nord, juste sous l’étoile du berger. En toute bonne foi. À quelques mètres de lui, je ferai la mienne dans la direction exacte de la Kaâba, c’est-à-dire la direction opposée. Voyant le spectacle insolite de deux fidèles se prosternant dans tous les sens, un Algérien sans doute aussi paumé que nous, et qui ne manque pas d’humour, aura cette réplique : “C’est un véritable train espagnol ma parole.” Le jour se lève et nous n’avons plus rien à faire dans cet aéroport sinon récupérer nos bagages. On en a ras la casquette de ces tribulations. Et physiquement nous sommes “out”. Première surprise, le bus qui devait nous conduire à La Mecque avec le reste des passagers n’est plus là. Avec en prime la moitié de nos bagages à bord. Ils seront déposés, nous assure-t-on, dans l’un des 50 hôtels habités par nos pèlerins et gérés, sur papier, par la “baâtha”. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Avec ce qui nous reste de cabas sur les bras, nous nous mettrons sur-le-champ en quête d’un hypothétique bus qui aurait la “gentillesse” d’avoir cinq places en trop. Nous ne tenons plus sur nos jambes. Nos corps se vident minute après minute de leurs forces. Et nos membres ne répondent plus. C’est finalement un car de pèlerins somaliens qui nous offrira l’hospitalité ! Et c’est leur chauffeur, un Égyptien, qui s’offrira la nôtre. Nous prenons vite place dans l’espoir de dormir pendant le trajet. Mais peine perdue, le bus refuse de démarrer. L’Égyptien a une idée derrière la tête. Il nous compte une première fois puis descend. Il nous recompte une seconde fois et disparaît pour faire ses courses. Puis il revient à la charge pour nous recompter une troisième fois et quitte l’engin.
Au bout d’une demi-heure, il reparaît, nous compte encore une fois et, voyant que le bakchich ne venait pas, nous invite à descendre pour prendre un “chay” (un thé) que nous lui payons évidemment, ainsi que la “halawiya” qui va avec. Heureusement qu’il n’a qu’un seul pancréas.
C’est apparemment tout ce qu’il pouvait gratter pour l’instant : une infusion qui n’a même pas réussi à lui brûler les lèvres ou le palais. Et fouette cocher !
Le bus pétarade, s’ébranle et s’arrache au quai du terminus pour foncer droit sur la ville sainte.
Cette fois, c’est parti. Nous nous endormons d’un seul trait comme des enfants pendant que les Somaliens entonnent un vibrant “leybek allahouma leybek” repris en chœur pendant tout le parcours. Agréable moment de répit, mais de courte durée.
La chaleur est intenable et le soleil d’Arabie, en ce jour naissant, ne fait pas de quartier. Il faut s’y habituer. Nous nous sentons tellement lourds que c’est à peine si nous ouvrons les yeux au moment des arrêts, ce qui nous coûtera d’ailleurs très cher.
Le bus se vide peu à peu. Nous arrivons à l’entrée de La Mecque. C’est le moment que choisira le chauffeur égyptien pour réclamer avec un culot désarmant un bakchich collectif.
Un Marocain perdu au milieu des Somaliens se proposera de faire la tournée des passagers et ramasser la dîme imposée par ce branquignol.
Au fur et à mesure que le bus avance, les arrêts se multiplient et les bagages sont déchargés souvent n’importe comment. Au pif. Pourvu qu’on s’en débarrasse.
Au terminus, nous nous apercevrons que nous n’avons même plus nos cabas. Nous ne possédons plus rien. Que dalle. Des clopinettes.
Le peu qui nous restait a été déchargé pendant notre sommeil. Et bien sûr, personne ne bougera le petit doigt à la “baâtha” pour nous orienter. Personne ne bougera le petit doigt pour nous aider. C’est tout juste si l’on tolère notre présence. Apparemment, nous dérangeons, nous faussons des calculs. Nous sommes la quantité négligeable qui n’a rien à faire ici.
Bref, nous sommes les empêcheurs de tourner en rond, et on nous le fera bien sentir.
Nous sommes entassés à quatre dans une chambre dans laquelle nous passerons 24 heures pour émerger de notre “coma”. Il nous faudra une journée entière remballés d’hôtel en hôtel et de point de chute en point de chute pour mettre enfin la main sur nos valises. À la mission, on en a cure et on s’en tamponne les paupières.
Et curieusement, depuis notre arrivée, tous les fax de la “baâtha” sont tombés en panne. Impossible de communiquer avec l’extérieur.
En fait, tout dépend de quel extérieur il s’agit. La mesquinerie va plus loin. Le bureau d’Internet a été fermé. C’est un jeune Saoudien d’origine algérienne qui en détient les clefs. Et comme il n’est jamais là, vous pouvez toujours courir, gambader ou hurler. Parce qu’au niveau du staff, on a d’autres chats à fouetter que d’écouter les jérémiades des pèlerins. On fait de la politique. On reçoit des ministres, des anciens Premiers ministres, des walis venus laver eux aussi leurs os des petits et des grands péchés terrestres. On fait de la diplomatie par la même occasion. On s’invite entre “baâtha”, on s’échange des présents, des cadeaux.
On fait de la logistique évidemment pour permettre aux “courageux” employés de la “baâtha” de manger, de boire, de roter et de prendre des forces. Il leur en faudra pour faire les boutiques, vider les bazars et les échoppes d’Ali Baba de leur or, “jaoui” et safran. Il leur en faudra même beaucoup à ces “malheureux” pour lécher les vitrines dans les quartiers cossus de Aziza et Otaïbya et ramener au bled tout ce qui peut faire plaisir à la “houma”. Mais parviendront-ils un jour à se faire pardonner la morgue et le mépris dont ils ont fait preuve à l’égard de dizaines de pèlerins pour lesquels ils ont détourné la tête ?
Certes, nous avons aussi croisé dans le lot des personnes admirables, charitables qui ont donné au cours de ce hadj sans compter, particulièrement les imams, les hommes de culte, en général, et surtout les médecins.

M. M.

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Située en plein haram, un périmètre sacré délimité par le Prophète lui-même (QLSSL), c’est-à-dire à quelques mètres de la Kaâba, la baâtha algérienne est un modeste immeuble de six étages. Une administration pluridisciplinaire tenue d’apporter chaque année aide et réconfort aux pèlerins, lesquels pèlerins ne verront ni l’une ni l’autre.

Un peu pour la frime, beaucoup pour le prestige, certaines baâthate étrangères louent carrément des buildings. Mais revenons à cette lamentable mission que longe l’immense boulevard El-Gaza. En période creuse, quelques Pakistanais en assurent la maintenance mais, dès l’ouverture du hadj, une armée “mexicaine” de plantons, d’appariteurs et d’agents de sécurité, choisis on ne sait trop comment, est alors affectée à l’entrée de l’institution à l’orientation et à l’accueil des pèlerins. Pour ce qu’on a pu constater sur place, ces chaouchs acariâtres passent le plus clair de leur temps à se prélasser sur les bancs de l’esplanade de la baâtha. Arrogants. Condescendants.
Bref, La Mecque leur appartient. Certains d’entre eux m’ont fait d’ailleurs penser à ces retraités friqués au bord de la plage, sauf qu’à la place d’une serviette de bain, ils portent une salaya sur les épaules.
Suffisants et heureux de s’engraisser aux frais de l’État. Des pèlerins égarés que ramène souvent la police saoudienne se feront presque rabrouer par ces pantins. Les agents du royaume ne seront même pas remerciés pour leur geste. Des pèlerins oubliés pendant toute la journée dans la petite salle réservée aux disparus se plaindront amèrement de la façon avec laquelle ils ont été reçus puis largués comme des sacs de pommes de terre au fond de la pièce sans que personne se soucie de leur sort. Fort heureusement, toutes les compétences de la baâtha ne sont pas logées à la même enseigne.
Au rez-de-chaussée, par exemple, une escouade de jeunes filles, des bénévoles pour la plupart, fait preuve d’un dévouement tel qu’il vous réconcilie avec l’espèce humaine. Du moins, celle des chaouchs. Les “hadjas” ou les “hadjs” désemparés qui viennent y chercher secours sont tout de suite pris en charge, consolés, apaisés, conseillés et entourés. On est loin du ton bourru et cassant de certains “misérables” commis. Pour ce pèlerin qui présente des taches suspectes sur le bras, elles s’empressent de prendre rendez-vous avec le médecin de la baâtha, pour cet autre qui ne sait plus où il est est, elles confirment, par téléphone, son lieu de résidence, son hôtel et même le numéro de sa chambre. Même si le chauffeur de service se fera tirer les oreilles pour l’y emmener ainsi que ses autres compagnons d’infortune. L’hébergement de nos 36 000 pèlerins est une honte. Un scandale dont la baâtha en porte l’entière responsabilité. Des bagarres entre Algériens ont même éclaté dans certains établissements. On a entassé des familles entières pour gagner quelques centimètres carrés de parquet. On a logé dans le même pièce des femmes qui ne se connaissaient ni d’Éve ni d’Adam. On a bourré parfois dans la même chambre des couples jusqu’à leur plus intime promiscuité. Sans aucune considération. Selon quelques fuites à prendre avec des pincettes, des gestionnaires factureraient à l’État 3 pèlerins par chambre, au lieu de 6 ou de 7 en réalité, le surplus allant, semble-t-il, dans certaines poches occultes… Ce qui reste bien sûr à prouver. En tout cas, cette baâtha a démontré une chose au moins et tous les pèlerins en témoignent : son incroyable  ineptie et son imperturbable inconscience. Avec de telles limites, et tirant tant de casseroles, elle ne pouvait évidemment voir que midi devant sa porte. Rien de plus. Pour l’anecdote, tous les pèlerins étrangers arboraient un signe vestimentaire particulier pour être reconnus des leurs. Soit le nom de leur pays inscrit sur un brassard ou leur gilet, soit un uniforme de couleur vive, soit enfin une nuance précise ou khimar pour les femmes… sauf les nôtres. Tous les pèlerins étrangers se sont organisés en cellules ou en groupuscules pour mieux prier ou faire leur taouaf en toute tranquillité… sauf les nôtres. Et les nôtres pourtant ont payé 250 000 DA rubis sur l’ongle pour être en fin de compte abandonnés sur le pavé. Minichronique d’une débâcle prévisible et dont les pèlerins porteront les stigmates à jamais.

Nous sommes à la veille de l’Aïd-el-Adha. Il est 19h.
Trois millions de pèlerins s’apprêtent à quitter La Mecque en même temps pour le mont Arafat. C’est le branle-bas en ville. La veillée d’armes. Bus, minibus, voitures particulières, 4×4, tout est bon à prendre.
L’autoroute, qui sépare la ville sainte du camp de toile, est bientôt engorgée. 50 000 engins roulent pare-chocs contre pare-chocs  à la vitesse d’escargot. D’épais nuages de gaz toxiques montent peu à peu vers le ciel bouchant carrément l’horizon.
La chaleur à l’intérieur des cars est insupportable, d’autant plus insupportable qu’on ne peut même pas baisser les vitres de peur d’être asphyxiés.
À notre arrivée dans cette immense plaine déserte, où les Saoudiens semblent pour une fois avoir pris les choses en main, notre chauffeur passera une demi-heure à chercher l’emplacement réservé au regroupement des Algériens.
Là encore, les gens de la baâtha sont absents, à côté de leurs pompes. Et pourtant, ils étaient venus la veille repérer les lieux. C’est vrai qu’au moment où nous débarquons, ils avaient mieux à faire : s’installer dans les tentes VIP et s’autodistribuer les tickets repas.
Les dizaines de tentes mises à la disposition des pèlerins sont alors occupées dans un désordre indescriptible. On y dormira pêle-mêle, presque les uns sur les autres, à même le sol, sans draps ni couverture, le baluchon de nos affaires de toilette servant d’oreiller.
Les tickets repas sont distribués au compte-gouttes, quasiment en cachette. De nombreux pèlerins passeront la nuit à jeun, y compris le groupe de journalistes.
Par curiosité, nous avons voulu savoir ce que contenaient ces cartons repas. À notre grande surprise, nous avons découvert un jus de fruit, une petite bouteille d’eau minérale, un morceau de fromage et quelques biscuits. Le tout n’excédant pas les 7 rials.
Selon des fuites, les Saoudiens auraient facturé aux Algériens 107 rials le carton, les Algériens, de leur côté, auraient surfacturé ces mêmes cartons à 207 rials. Il y aurait, manifestement là, de quoi boire et manger dans tous les sens du mot. Nous prenons la précaution du conditionnel comme on le voit.
Par contre, dans les tentes gérées par les tours operators privés tels que Numidya, Hazil ou Maghreb, les pèlerins ont eu droit non seulement à une literie complète, dont un matelas propre, mais à un gigot et un repas chauds.
Le lendemain, après la prière du Maghreb, comme c’est la tradition dans notre culte, la grande procession vers Mouzdalifa commence. Là aussi, la pagaille la plus complète chez les Algériens. Chacun pour soi à défaut d’organisation.
Après une marche de sept kilomètres et demi, des dizaines de pèlerins resteront en bordure de route vides, harassés.
Ce seront les Saoudiens qui les récupéreront. Les agents de notre baâtha, chargés de ce travail, ont, une fois de plus, brillé par leur absence. Une jeune paramédicale ne trouvant pas son chemin et au bord de l’hystérie appela sa famille pour demander de l’aide.
Mais c’est le lendemain au camp de toile de Minen que les pèlerins verront le pire.
Au moins 15 000 pèlerins, faute de planification, passeront la nuit à la belle étoile, les uns près des latrines, les autres près des urinoirs, beaucoup au milieu des tonnes d’ordures générées par trois millions de pèlerins à la fois. Quelques-uns très rares auront la chance de trouver une petite place sur le bord d’un trottoir.
Dans une des tentes où l’on nous fourguera dans la précipitation la plus totale, des pèlerins bienveillants qui roupillaient sur un sol nu se blottiront au maximum pour nous libérer un peu d’espace que nous partageons équitablement entre nous.
Au fond de cette kheïma, les jambes bien écartées comme à la maison, deux braves agents de la baâtha rêvent dans les bras de Morphée. Les poings fermés et sans doute bien engoncés dans leurs certitudes. Vite ébréchées, ces certitudes, par l’entrée tonitruante d’un hadj à bout de nerfs à la recherche de n’importe quel agent de mission pour lui dire en face ce qu’il pensait de ce scandale.
“Où sont-ils les responsables de cette baâtha ? Y en a-t-il ici sous cette tente ?” Réveillés par les éclats de voix, les deux agents se taisent en nous suppliant des yeux de ne pas les dénoncer.
À peine l’incident clos, un restaurateur des tours operators demande à nous voir. Il nous offre un repas type concocté par son traiteur thaï et servi à tous ses clients : des crevettes, une soupe chaude et une salade.
Qui lui a dit que nous n’avions rien avalé ? Des journalistes crevant la dalle… Décidément, l’information a vite fait le tour du camp. Et aussi incongru que cela puisse vous paraître, ce seront les deux agents de la baâtha qui partageront ce somptueux repas avec nous. Aussi pitoyable, ça se lapide.

Détrompez-vous
Contrairement à l’idée que l’on se fait en général de Mekka, la ville est loin d’être une oasis de carte postale. Avec ses tours, ses palaces, ses grandes surfaces, son autoroute, ses tunnels à trois pistes et ses hôtels cinq étoiles, la cité, en fin de compte n’a rien à envier aux mégapoles américaines.

En croupe sur une “debdaba”
Lorsque les moyens de transport font défaut, surtout en période de pélerinage, les Mekkois ont trouvé une astuce, du moins les plus jeunes : prendre en croupe  sur leurs motos, les hadjis qui n’ont peur ni de la vitesse ni du vertige.
C’est ce que nous avons fait sur une de ces “dabdabète” avec Hassen Moali d’El Watan. Le spectacle en valait la chandelle d’autant que nous étions en tenue d’“ihram”.

Les caisses saoudiennes n’en tirent aucun bénéfice
Selon les autorités saoudiennes, le pèlerinage 2007-2008 a rassemblé à La Mecque, Arafat et Minen 1 800 000 hadjis. Chiffre par ailleurs contesté par d’autres sources qui estiment que le nombre réel de pèlerins oscille entre deux millions et demi et trois millions. Cette année, toutes les communautés musulmanes du monde ont été représentées jusque et y compris le lointain Daguestan et les fidèles des Dom-Tom français.
En ce qui concerne les décès, on reste plutôt muet sur le sujet.
Enfin, selon un quotidien de Riyad, les milliers de dollars générés chaque année par le pèlerinage profitent en premier lieu aux moutawaf, aux hôteliers, aux restaurateurs et aux commerçants. L’État apparemment n’en tire aucun profit.

Mélange des genres
Prier dans la mosquée El-Haram à Mekka et plus encore dans les limites immédiates de la Kaâba, c’est ce que souhaitent tous les fidèles dans le monde musulman. Il est regrettable que pour rendre hommage au défunt roi Fahd l’on ait construit une mosquée à son nom juste à côté. Résultat : une grande confusion au moment des prières et particulièrement celle du vendredi.

M. M.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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