Edition du Jeudi 29 Mai 2008
Editorial
Fallacieux prétexte
Par : Mustapha Mohammedi
Tétanisés, les citoyens impuissants assistent aujourd’hui à la ghettoïsation de leur cité avec d’un côté, des quartiers chauds tels que El-Hamri, St-Pierre, Derb et Victor-Hugo, étroitement quadrillés pour éviter que la contagion ne se propage ailleurs et, d’un autre, le centre de l’agglomération, le cœur d’Oran vidé de sa substance, presque désert, rideaux hermétiquement baissés.
La relégation du MCO en deuxième division a donné lieu, depuis trois jours à Oran, à des émeutes dont la violence et la durée ont largement dépassé les bornes d’une colère, au départ légitime et somme toute justifiée.
Et comme des milliers de fans de la ville ont pour leur club les yeux de Chimène pour Rodrigue, la population qui a toujours vibré pour le Mouloudia, a, elle aussi, ressenti la même blessure que les Tifosis à l’annonce de la déchéance de la formation.
Or, les choses sont en train de dégénérer actuellement et même de déraper dangereusement. Des commerces ont été pillés, des administrations mises à sac, des cabines téléphoniques et des feux tricolores ont été détruits, des devantures de salles de cinéma ont été éventrées, un bus a été incendié et plusieurs voitures dans la foulée de cette rage inaccoutumée.
Pis encore, des femmes auraient été battues sans raison, et de superbes inconnus, dans la confusion générale, ont même, dans certains quartiers, dirigé la circulation automobile.
Tétanisés, les citoyens impuissants assistent aujourd’hui à la ghettoïsation de leur cité avec d’un côté, des quartiers chauds tels que El-Hamri, St-Pierre, Derb et Victor-Hugo, étroitement quadrillés pour éviter que la contagion ne se propage ailleurs et, d’un autre, le centre de l’agglomération, le cœur d’Oran vidé de sa substance, presque désert, rideaux hermétiquement baissés.
Face aux débordements de ces excités qui pénalisent sa vie quotidienne et qui menacent jusqu’à sa sécurité, la majorité silencieuse gronde à son tour et n’a pas de mots assez durs pour dénoncer ces comportements de voyous.
Pourquoi, s’interroge-t-on dans les marchés et les lieux publics, ces casseurs n’ont pas bougé le petit doigt quand on a augmenté le prix du café, de la semoule, et du téléphone ?
Et comment se fait-il, argumentent de nombreux riverains, que des adultes venus d’ailleurs déchargent dans les périphéries les plus calmes des cartons entiers de pierres pour caillasser les services de l’ordre, s’il n’y avait pas complicité quelque part ?
Tout le monde l’a compris, personne n’est dupe et la manœuvre est cousue de fil blanc : la relégation n’est qu’un prétexte.
Un prétexte, qui a fait déborder le vase et qui permet aux manipulateurs de rajouter impunément à la pagaille ambiante et aux “zawalis” de faire entendre leur voix derrière des pneus qui brûlent. Mais est-ce la bonne méthode ?
Détruire les biens d’autrui et confisquer la rue ne sont certainement pas la meilleure manière, même si les évènements de Chlef ont faire croire que tout s’obtient et s’arrache surtout par la force.
M. M.
6 septembre 2010
M. MOHAMMEDI