Il y a l’homme qui ne sait pas. Il y a l’homme qui ne sait pas pourquoi il est là. Il y a l’homme qui ne sait pas pourquoi il n’est pas ailleurs. Ce dernier, c’est Bouteflika. Le président de la République connu pour sa vocation de voyageur et ses habitudes de s’exiler de temps en temps loin de son pays pour se reposer du pays.
Depuis quelque temps, Bouteflika ne voyage plus. Peut-être parce qu’il se fatigue, peut-être parce que maintenant il y a des Algériens partout dans le monde (pas comme autrefois où l’on pouvait rencontrer uniquement des Suisses en Suisse) ou peut-être parce que rien n’est plus exotique et que les grands de ce monde sont tous morts et que les affaires internationales se traitent désormais, par Internet et pas par les sommets des non-alignés. Passons. L’homme qui ne sait pas, c’est bien sûr Khellil, l’ancien ministre du Pétrole algérien, actuellement employé du pétrole international. Rappelez-vous que lorsqu’il a été interrogé sur le scandale Sonatrach et la mise sous contrôle judiciaire du staff dirigeant, il a eu cette réponse socratique: je ne sais, je ne le savais même pas, je l’ai appris par les journaux. Depuis, nous ne savons rien de ce qu’est devenu cet homme qui avait la responsabilité de tout ce que nous avons de concret après l’indépendance: le pétrole. Parti ? Rentré ? Resté ? Interrogé ?Consulté? Rappelé ? Protégé? Jugé ? Ou caché ? On ne sait pas. On est sûr cependant, que le bonhomme lit bien, cette fois-ci les journaux, ne se cache pas derrière et qu’il risque même d’y lire vraiment quelque chose de nouveau pour lui. Reste le 3ème homme: l’homme qui ne sait pas pourquoi il est là. C’est bien sûr Zerhouni.
L’ancien ministre de l’Intérieur qui est assis aujourd’hui à l’extérieur et ce n’est pas un jeu de mots. Selon des comptes-rendus de presse, sur des déclarations faites en marge de l’ouverture de la session d’automne, Zerhouni a déclaré qu’il ne savait pas en quoi consiste être vice-Premier ministre mais qu’il en était satisfait. En attendant les textes qui définissent son nouveau travail, l’homme est là pendant qu’on essaye de dé-Zerhouniser l’immense machine compliquée, inapte à la communication, apte à la bourde verbale et aux formulaires inutiles qu’il a laissée derrière lui. C’est quoi donc le rôle d’un vice-Premier ministre qui ne l’est pas encore? Incarner l’oisiveté actuelle d’une partie du Pouvoir dont on ne peut pas se débarrasser mais qu’on n’arrive pas encore à employer fictivement. Ce n’est un «appelé à d’autres fonctions», ni «un remercié dignement», ni «un écarté pour raisons familiales ou médicales», mais un stand-by. Une sorte d’aveu du Pouvoir sur le Pouvoir : je n’arrive pas à trouver mon équilibre dans ma façon de ne pas pouvoir trouver un emploi à l’un des miens. C’est quoi être un vice-Premier ministre ? On ne sait. On a dit, avec la mauvaise langue nationale qu’il s’agit d’une doublure pour garder un œil sur les affaires, mais cela ne suffit pas: il s’agit bien d’un flottement dans la direction du directoire.
Le plus intéressant est que, contrairement à ce qu’on a chroniqué pendant des décennies, il y a dans l’histoire politique du Pouvoir en Algérie, un poste qui pose plus de problèmes que la cooptation cyclique du président du moment: le «vice-X». Depuis Boumediene, la question du vice-président s’est toujours posée et avec violence et agressivité et sous le nez de la Constitution. On arrive toujours à trouver un président chômeur pour remplacer l’ancien, mais jamais on a trouvé un vice-président consensuel.
C’est un emploi «qui ferme trop le jeu» et provoque des allergies et des tricheries intolérables. D’où la difficulté. Solution précaire: inventer un vice-Premier ministre qui est, au plus intime de l’histoire intime, une sorte de vice-président d’un président qui ne l’est pas encore. Ô mystères cuisiniers du Pouvoir quand il mange!

































4 septembre 2010
Contributions