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J’aime l’âne si doux… ! par B.Khelfaoui

2 septembre 2010

Contributions

« Corneille de la Pierre, dans ses commentaires sur l’Écriture sainte, rapporte qu’un moine soutenait et prêchait que le bon gibier avait été créé pour les religieux, et que, si les perdreaux, les faisans, les ortolans pouvaient parler, ils s’écrieraient : Serviteurs de Dieu, soyons mangés par vous !».



Tout comme leurs hybrides croisés inféconds – les mulets -, nos ânes si doux, résignés, fidèles et imperturbablement dévoués, nous ont toujours accompagnés à travers les sentiers de notre tumultueuse vie…

Après avoir tracté nos carrioles et nos laboureuses – faisant leur devoir du matin au soir -, ils n’hésitèrent pas un instant à contribuer à l’effort général dès les premières étoiles de Novembre, affrontant risques et périls pour participer pleinement au devoir national, sans oser – dociles qu’ils sont – revendiquer une quelconque reconnaissance alléchante, se limitant, dans une sobriété défiant les moines et les soufis, à accepter, tête baissée, la maigre ration et le breuvage non potable servis dans des mangeoires rouillées et souillées… Le 5 Juillet historique, tout un peuple en liesse, après avoir tenu sa promesse, fêtait dans l’allégresse une indépendance arrachée au prix de sacrifices consentis en offrande sans cesse !

Dans cette fête nationale mémorable, nos malheureux quatre-pattes-tout-terrain étaient injustement négligés dans les étables, résignés, misérables ! Alors qu’ils s’attendaient à un menu varié – circonstance oblige – leurs maîtres, contrariés, envoûtés par les loges, oublièrent même d’approvisionner leurs auges avec quelques graines d’orge.

Sages et humbles qu’ils sont, ils baissèrent la tête et dressèrent les oreilles pour répondre présents à tous les travaux forcés auxquels ils furent condamnés pour service rendu à la nation ! Ils participèrent – en marchant dans l’ombre, crevés par la douleur -, sous toutes les formes de l’asservissement, à l’édification de l’Algérie prospère où ils scrutèrent des chemins en fleurs.

Ils furent présents dans les chantiers de construction, dans le commerce ambulant et principalement dans le milieu rural où ils avaient la charge d’une multitude de missions non-stop. Déclassés, voire chassés par des longs et courts châssis, ils se trouvèrent errants et crurent à une indépendance propre à leurs semblables, avant de se voir « inhumainement » pourchassés !

En bêtes hébétées, ils se virent charcutés et finirent leur course à l’arraché comme viande hachée et saucisson marmités !

Les seigneurs saigneurs, tout comme leurs livreurs, démasqués à l’issue de cet inqualifiable malheur, se dissimulèrent et allèrent se convertir – bâtiment lucratif oblige – en entrepreneurs ! Yajouj wa Majouj débarquèrent pour faire pousser des piliers qui peinaient à germer pour donner naissance à des réalisations finies…

Nos malheureux, dociles et si doux – marchant le long des houx -, croyant naïvement être rappelés pour prêter main-forte à l’effort national d’un pays transformé en un vaste chantier, se désenchantèrent dès leur « recrutement » dans les bases de vie retranchées, où ils se métamorphosèrent en ânovine hachée ! Il ne restera près du fossé que des crânes tabassés, décapités de leurs carcasses fracassées !

Devraient-ils s’organiser – à l’image de la planète des singes – pour se constituer partie civile et poursuivre ces « mange-tout » qui finiront par désosser – à la cannibale – leurs propres maîtres qui, insoucieux, les ont livrés dans la nature à leurs risques et périls !? Les vingt kilos de viande « ânovine » récupérés dans la base vie de Bordj Bou Arreridj doivent-ils constituer un message pour revoir, voire réétudier la ruée de Yajou wa Majouj, ou seront-ils simplement classés comme ânerie…!?

Jadis, on nous faisait réciter J’aime l’âne si doux ! Devrions-nous inculquer, à notre tour, à nos enfants J’aime la viande anovine si délicieuse, puisque, quoique satiriques, « Nous autres fourbes de la première classe, nous ne faisons que jouer, lorsque nous trouvons un gibier aussi facile que celui-là » !?

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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3 Réponses à “J’aime l’âne si doux… ! par B.Khelfaoui”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    J’aime l’âne si doux

    J’aime l’âne si doux
    marchant le long des houx.
    Il a peur des abeilles
    et bouge ses oreilles.
    Il va près des fossés
    d’un petit pas cassé.
    Il réfléchit toujours
    ses yeux sont de velours.
    Il reste à l’étable
    fatigué, misérable.
    Il a tant travaillé
    que ça vous fait pitié.
    L’âne n’a pas eu d’orge
    car le maître est trop pauvre.
    Il a sucé la corde
    puis a dormi dans l’ombre.
    Il est l’âne si doux
    marchant le long des houx….

    Francis Jammes

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Le poème de Francis Jammes, «J’aime l’âne…» a paru en 1898 dans son recueil De l’angélus de l’aube à l’angélus du soir. Francis Jammes est né en 1868 à Tournay, au pied des Baronnies, dans les Hautes-Pyrénées. Il a composé plusieurs autres poèmes sur l’âne, notamment un «Prière pour aller au Paradis avec les ânes».

    Texte intégral :
    J’aime l’âne si doux
    marchant le long des houx.
    Il prend garde aux abeilles
    et bouge ses oreilles;
    et il porte les pauvres
    et des sacs remplis d’orge.
    Il va, près des fossés,
    d’un petit pas cassé.
    Mon amie le croit bête
    parce qu’il est poète.
    Il réfléchit toujours.
    Ses yeux sont en velours.
    Jeune fille au doux coeur,
    tu n’as pas sa douceur:
    car il est devant Dieu
    l’âne doux du ciel bleu.
    Et il reste à l’étable,
    résigné, misérable,
    ayant bien fatigué
    ses pauvres petits pieds.
    Il a fait son devoir
    du matin jusqu’au soir.
    Qu’as-tu fait jeune fille?
    Tu as tiré l’aiguille…
    Mais l’âne s’est blessé:
    la mouche l’a piqué.
    Il a tant travaillé
    que ça vous fait pitié.
    Qu’as-tu mangé, petite?
    - T’as mangé des cerises.
    L’âne n’a pas eu d’orge,
    car le maître est trop pauvre.
    Il a sucé la corde,
    puis a dormi dans l’ombre…
    La corde de ton coeur
    n’a pas cette douceur.
    Il est l’âne si doux
    marchant le long des houx.
    J’ai le coeur ulcéré:
    ce mot-là te plairait.
    Dis-moi donc, ma chérie,
    si je pleure ou je ris?
    Va trouver le vieil âne,
    et dis-lui que mon âme
    est sur les grands chemins,
    comme lui le matin.
    Demande-lui, chérie,
    si je pleure ou je ris?
    Je doute qu’il réponde:
    il marchera dans l’ombre,
    crevé par la douleur,
    sur le chemin en fleurs.

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    Francis Jammes , poète , est né à Tournay .

    Dans ses Mémoires, il dit « J’ai débarqué sur cette terre le 2 décembre 1868, à quatre heures du matin. Nul homme abordant sur un nouveau latium n’avait traversé un tel océan.(…) je suis né à Tournay, sur le flanc de cette falaise que battent incessammentles ondes aériennes, et qui est la chaîne des Hautes Pyrénées.Mon asile , à l’arrivée, ne fut point quelque grotte, mais une vieille demeure dont le propriétaire s’appelait M. Cazabat. »

    Son grand-père et son père étaient originaires de Guadeloupe, que son père quitta à sept ans pour rejoindre sa famille à Orthez (-64-)
    Francis Jammes fit ses études à Pau puis à Bordeaux; Il devint clerc de notaire à Orthez, où il vécut une trentaine d’années.
    Aprés deux minces plaquettes imprimées à Orthez,une troisième, intitulée comme les deux précedentes , Vers, Francis Jammesattira l’attention de Mallarmé. Dès lors il fut acceuilli dans les cénacles symbolistes. André Gide tint même à acquitter, en 1895, les frais d’impression d’Un jour , au Mercure de France . Mais c’est le premier livre intitulé De l’angélus de l’aube à l’angélus du soir qui marque en 1898 la pleine maturité du poète. Tandis qu’entre 1899 et 1904 , Francis Jammes s’affirmait comme prosateur, un pélerinage au Cayla lui inspira son premier poème chrétien. Il épousa à Lourdes prés de Tournay , Geneviève Goedorp, et dès lors sa vie fut heureuse. Aprés les distiques des Géorgiques chrétiennes, des sonnets placés sous le vocable de la Vierge sont groupés autour du Cantique de Lourdes. en 1921 , tandis que Jammes , aux côtés de Péguy et de Claudel, s’affirmait comme un des grands poètes catholiques, la famille émigrait à Hasparren (64 ) ou il rédigea ses Mémoires . Il y mourut à la toussaint 1938, le jour même où une de ses filles prenait le voile.
    Il inspira de plus jeunes poètes comme Cocteau et Mauriac et a créé le jammisme.

    Clara d’Hellébeuse

    J’aime dans les temps Clara d’Ellébeuse,
    l’écolière des anciens pensionnats,
    qui allait, les soirs chauds, sous les tilleuls
    lire les magazines d’autrefois

    Je n’aime qu’elle, et je sens sur mon coeur
    la lumière bleue de sa gorge blanche.
    Où est-elle? Où était donc ce bonheur?
    dans sa chambre claire il entrait des branches.

    Elle en’est peut-être pas encore morte
    –ou peut-être que nous l’étions tous les deux.
    La grande cour avait des feuilles mortes
    dans le vent froid des fins d’Eté trés vieux.

    Te souviens-tu de ces plumes de paon,
    dans un grand vase , auprès des coquillages?…
    on apprenait qu’on avait fait naufrage,
    on appelait Terre-Neuve :le Banc

    Viens, viens ma chère Clara d’Ellébeuse;
    aimons-nous encore, si tu existes.
    Le vieux jardin a de vieilles tulipes
    Viens toute nue, Ô Clara d’Ellébeuse.

    Dans de nombreux poèmes il parle de Tournay qu’il ne reverra cependant jamais.Au fronton de sa maison natale une plaque porte ses vers:

    « Je ne reverrai plus ce site , moi vivant
    Mais je prendrai la voix triste d’une colombe
    Pour vous redemander mon âtre et mes parents. »

    Dernière publication sur 1.Bonjour de Sougueur : Les 7 profils d’apprentissage

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