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Islamophobes aux abois Par Ammar Belhimer

10 août 2010

Contributions

A FONDS PERDUS
Islamophobes aux abois

Par Ammar Belhimer
ambelhimer@hotmail.com

La main tendue par Barack Obama au monde musulman depuis juin 2009, à partir du Caire, et son appel à «l’intérêt et le respect mutuels» peinent à se rallier des soutiens dans certaines sphères de la diplomatie américaine. La résistance à l’ouverture est incarnée par des intellectuels comme Paul Berman, un adepte du «libéralisme pur», auteur d’un récent best seller La fuite des intellectuels(*), dont la thèse relève de l’islamophobie primaire.


A ses yeux, les Etats-Unis et l’Europe considèrent à tort que la menace ne peut venir que de l’islamisme violent ou du terrorisme. Le danger viendrait plutôt de leurs cousins «prétendument modérés» parce qu’ils peuvent entraîner «les libéraux bien intentionnés vers une étreinte toxique». «Leur rejet de la violence est à la fois partiel, il ne s’étend pas à Israël et aux troupes américaines en Irak, et trompeur». Ils œuvrent par ailleurs à une transformation de la société par le bas. Ce faisant, Paul Berman occulte de l’avis de Marc Lynch(**) «une véritable bataille entre les réformateurs et les salafistes» dans l’Islam politique. Les craintes de Paul Berman seraient infondées en raison de la pauvreté de ses sources, «accessibles en nombre réduit et dans des traductions», et qui ne couvrent pas toute l’ampleur du contexte politique et intellectuel. «Il est aveuglé par l’évolution spectaculaire et la compétition entre et au sein des groupes — surtout par la guerre acharnée entre les puristes salafistes qui appellent à une interprétation littérale de l’Islam, isolée de la modernité, et les pragmatistes qui cherchent à adapter l’islam au monde moderne». Berman est obsédé par un exercice : faire rentrer l’Islam dans le moule du libéralisme de droite. Il œuvre à un compromis ou des aménagements, bien aléatoires, entre «les normes sociales et les programmes politiques de l’Islam», d’une part, et les principes historiques du libéralisme, d’autre part : «Quels aménagements peuvent être opérés par conviction religieuse, sans trahir les principes de base des Lumières ? Que faire de la popularité et des prouesses électorales des mouvements islamistes dans le monde musulman ?» «Il est impossible de se réclamer de la démocratie, sans être prêt à défendre les droits des mouvements islamistes à participer à des élections et à les gagner.» «Si une guerre culturelle contre l’Islam n’est pas la réponse, comment devraient réagir les libéraux occidentaux face aux mouvements islamistes véritablement populaires et non violents qui se sont engagés à travailler au sein des institutions démocratiques, mais qui participent à la promotion de valeurs en contradiction avec les normes progressistes de la liberté, de l’égalité et de la tolérance ?» Le danger salafiste est pointé du doigt. Ses valeurs sont ascendantes dans les sociétés musulmanes d’Égypte et du golfe Persique et poussent jusqu’en Europe occidentale. Les salafistes exhortent les musulmans à s’éloigner du mode de vie occidental pour réintégrer leurs propres enclaves, purement islamiques. Si les Frères musulmans encouragent le port du voile par amour de la vertu dans les universités et les lieux de travail, les salafistes prônent une stricte séparation des hommes et des femmes, y compris à la maison. En essayant de comprendre l’islamisme, deux approches sont possibles. La première le considère comme étant essentiellement un projet unique avec de multiples variantes, dont les similitudes sont plus importantes que les différences. Dans cette perspective, les Frères musulmans et Al-Qaïda représentent deux points d’un même spectre, divisés par la tactique plutôt que par des objectifs. Ici les différences sont de degrés (s’agissant du temps qu’on s’accorde pour mener à bien son projet politique) et non de nature (quant à l’objectif suprême). La seconde approche met l’accent sur les nuances. Berman prône fièrement la première approche, percevant la violence comme une manifestation d’un problème intellectuel plus profond du projet islamiste. Libéral vigilant, prototype du parfait islamophobe, Berman refuse de «se laisser berner par la rhétorique légère des inclinations démocratiques des islamistes non violents». A ses yeux, les musulmans libéraux et laïques ne font pas le poids et ne représentent qu’une «petite tranche des sociétés musulmanes ». Une personnalité incarne pour lui toutes les contradictions que charrient les courants réformateurs : El Qaradawi. Ce prédicateur et animateur de télévision lié aux Frères musulmans occupe une place centrale dans son livre. «Qaradawi est un baromètre de l’opinion musulmane autant que d’une cause. Il est surtout connu pour sa doctrine de wasatiyya, ou “centrisme”, qui établit un juste milieu entre la laïcité et le fondamentalisme. Il rejette l’extrémisme doctrinal des salafistes et l’extrémisme violent d’Al-Qaïda.» Même El Qaradawi est dépeint comme une figure monstrueuse qui produit des fatwas «infâmes à l’appui des attaques palestiniennes contre des civils israéliens». Donc, «tout ça pour ça», dirait mon voisin. Par quelque bout qu’on les prenne, les islamophobes reviennent immanquablement à la question palestinienne et mesurent notre degré d’ouverture et notre aptitude à asseoir la démocratie à notre renoncement aux droits du peuple palestinien. «El Qaradawi n’arrête cependant pas de changer. Au cours des dernières années, ses décisions sont devenues plus prudentes, littérales et orthodoxes. Il est sensible aux vents de l’islamisme. Les salafistes gagnent partout en influence et la pureté de leur doctrine offre des réponses simples à des musulmans en Europe, dont beaucoup sont confrontés à des crises profondes d’identité et d’aliénation. El Qaradawi sent ces changements, mais il a du mal à s’adapter. Ce printemps, il a perdu le contrôle de sa propre ligne éditoriale, ce qui a contraint les propriétaires de la chaîne qatarie à le démettre.» Le noyau dur des djihadistes salafistes qui inquiète tant son entourage regarde toutes les sociétés musulmanes existantes comme «fondamentalement et irrémédiablement corrompues», une illustration parfaite de la jahiliyya, qui signifie «âge de l’ignorance». Outre l’alignement inconditionnel sur les thèses israéliennes, l’islamophobie construit une «généalogie intellectuelle et organisationnelle» qui relie l’Allemagne nazie et l’islamisme contemporain. L’insistance de Berman sur l’utilité de la notion de «fascisme islamique» — en dépit du fait que pratiquement tous les musulmans la considèrent comme une insulte profonde à leur foi et à leur identité — est l’un des indices les plus marquants de son indifférence à la réalité musulmane. Berman met en lumière ce qu’il appelle «l’admiration mutuelle entre Al Banna, Haj Amin al-Husseini, le Grand Mufti de Jérusalem; et les dirigeants nazis comme Adolf Hitler et Joseph Goebbels». Cette invocation des nazis vise à valider le concept controversé de fascisme islamique. La méfiance affichée à l’endroit des islamistes non violents, c’est qu’ils n’offrent «qu’une solution à court terme tout en rendant le problème à long terme pire. Ces islamistes peuvent être des démocrates, mais ils ne sont pas libéraux. Leur réussite renforcera la prévalence et l’impact de vues intolérantes». Il y a tout de même quelques raisons pour ne pas éviter tous les islamistes. Tout d’abord, il y a la question de la démocratie et la liberté politique. Dans de nombreux pays arabes et musulmans, les Frères musulmans et les autres mouvements islamistes représentent l’opposition la plus forte et la mieux organisée politiquement. «En cas d’élections libres et équitables, ils ont tendance à gagner. Leurs adversaires ne sont généralement pas les libéraux, mais les tenants de l’ordre autoritaire.» Les libéraux qui sont dans la ligne de mire de Berman «représentent une partie infime des sociétés à majorité musulmane. Ils font généralement partie des élites urbaines qui sont de plus en plus détachées de leur milieu environnant et ne pèsent pas dans les élections démocratiques que les États-Unis souhaitent ». Faute de libéraux dans le monde musulman, Berman se sent bien orphelin. Il lui suffit pourtant de bien chercher.
A. B.
(*) Paul Berman, The Flight of the Intellectuals, Publisher Melville House, 2010, 244 pages.
(**) Marc Lynch, Veiled Truths, The Rise of Political Islam in the West, Foreign Policy, July August 2010.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/08/10/article.php?sid=104316&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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