Un vieux cartésien pestait dernièrement contre une banalité algérienne : l’existence d’un réparateur de pneus au rez-de-chaussée d’une villa, dans un quartier résidentiel. Son vis-à-vis lui fit remarquer froidement qu’il existe, depuis la fin de la révolution socialiste algérienne – révolution dont les animateurs furent Abderezzak Bouhara, Salah Goudjil, Abderrahmane Belayat et Abdelkader Hadjar, pour ne citer que ces figures aujourd’hui «politiquement» actives des salons de coiffure,
des multiservices ou des épiceries dans les garages de villas, un peu partout dans le pays.
Sans avoir à incriminer qui que ce soit, il ne faut pas sortir de «Saint-Cirque» pour constater que l’urbanisme résidentiel ou commercial n’a pas été une grande préoccupation des responsables concernés et installés à la rue des Quatre-Canons. La réalité parle d’elle-même.
Récemment, il a été question d’une police de l’urbanisme. Par où commencerait-elle, je vous le demande. Pour faire simple et respecter la quiétude publique, fût-elle relative, évoquons quelques instants un lieu de repos, de quiétude reconnue, de repos éternel, dit-on. Le cimetière.
Ah, mes aïeux ! Quelle pagaille ! Sur le ton de la dérision, Abdelkader Secteur raconte l’anecdote du chauffeur en belle bagnole qui le prend un jour en auto-stop et qui, à hauteur d’un cimetière, baisse complètement le son de sa hi-fi. Lorsque l’artiste lui demande pourquoi, c’est pour ne pas déranger les morts, lui dit-il, sérieusement.
Ah ! Si ces résidents de l’autre monde pouvaient parler ! Au plan urbanistique, c’est la catastrophe. Hormis le respect de l’orientation de la tombe vers la direction de La Mecque, le reste est anarchique, et n’ayons pas peur des mots : une insulte aux morts. Tombes en ruine, tombes collées les unes aux autres et tombes non identifiées font l’essentiel de ces paysages terrestres. Pas d’alignement, pas d’espace entre les sépultures, des tombes non identifiées : ça donne un bidonville mortuaire où l’on se bouscule les jours de fête religieuse. Aller vous recueillir dans de telles conditions ! Ne parlons pas des jours d’enterrement. Que de tombes piétinées ! Que de douleurs muettes !
Naturellement, il y a quelques exceptions. Exemple, le cimetière d’El-Alia. Encore que
En dehors du grand carré officiel, le désordre gagne du terrain. Le meilleur exemple est le moins apparent, le plus discret : c’est l’anonyme cimetière de la Deuxième Guerre mondiale à Dély Ibrahim. Tout y est clean, net, espacé, aligné et verdoyant. Tranquille. Un authentique lieu de repos éternel.

































27 juillet 2010
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