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LETTRE DE PROVINCE Le malouf, dernière frontière avant le désert

24 juillet 2010

Contributions

Le malouf est-il capable à lui seul d’adoucir les soirées caniculaires dans une ville sans horizon marin ?
Pour être un art lyrique et, mieux encore, un art de vivre on serait tenté de voir dans l’actuel enchaînement de concerts estivaux

le signe d’un début du renouveau culturel(1). Un appel d’air frais permettant à cette cité singulière de s’oxygéner. Hormis les instants jouissifs destinés aux heureux mélomanes, cette grande musique classique que l’on tente, d’ailleurs, de réhabiliter dans ses vieux murs ne ferait-elle, par contre, fonction de simple ersatz face à l’irrémédiable déchéance de Constantine ? Une sorte de dernière frontière avant le désert artistique. Mais avant toute chose, ne faut-il pas d’abord s’en prendre à ces poncifs qui continuent à faire de cette ville une métropole des arts en particulier et de la culture en général ? Car rien n’est plus inexact que cette réputation surfaite et, à la fois, plus agaçante que de persister dans l’admiration de ce genre de vieilles lunes. Il est vrai que les idées reçues ne survivent que dans l’humus de la paresse, là où sévit cette incapacité de se débarrasser des clichés idéalisés. Or, c’est précisément de ce déficit de regard neuf que souffre la ville. Pour cela n’est-il pas préférable de commencer par dégonfler les légendes, déclasser les mythes, écorcher les formules convenues afin de parvenir à se rendre compte de la présente désolation ? L’inventaire est accablant par son arithmétique. En effet, il est aisé de recenser les rarissimes espaces destinés au savoir et même au divertissement. Dans ce domaine, le tour du propriétaire est vite fait. D’ailleurs, il tient en quelques indications que voici : un conservatoire de musique qui s’efforce de faire de la résistance ; un théâtre où l’on joue lorsqu’on peut ; deux centres culturels qui font plutôt office de «salles des pas perdus» pour les déœuvrés ; un seul libraire sérieux et en phase avec la demande ; des bibliothèques poussiéreuses et sans intérêt pour le lecteur et enfin une cinémathèque, sous séquestre, fermée depuis vingt ans. Le constat est effroyable alors que l’on continue à se gausser d’un nostalgique âge d’or. En vérité, Constantine est frappée de paupérisation et elle ne veut pas l’admettre. Parce qu’initialement, on l’a voulue riche de son passé et rayonnante par elle-même alors que l’on ne s’est jamais préoccupé de mettre au présent cette épaisseur historique. Ayant vécu, durant trois décennies sur un capital de notoriété déjà rongé par d’autres standards culturels, elle a fini par n’avoir plus d’identité. Aussi durant des années, beaucoup a été dit et écrit sur sa triste stagnation culturelle. A chaque occasion l’accent a été mis sur sa marginalisation alors que la demande culturelle était de plus en plus pressante de la part des nouvelles générations. Le pourquoi de cette régression trouve ses réponses à la fois dans l’émergence des nouveaux modes d’expression et en même temps dans la faillite de toutes les politiques culturelles de l’Etat. Comment, même une métropole aux atouts indéniables pour s’autoressourcer peut stimuler l’initiative créatrice et la valorisation de ses diversités artistiques sans le soutien logistique de l’argent public ? Certainement pas ! Ainsi se mit en place l’infernal «huis clos» qui continue à étouffer la ville. Aujourd’hui encore, l’état des lieux demeure critique car en dépit du potentiel humain, Constantine en est réduite à faire de l’animation saisonnière là où il fallait commencer par ouvrir et démultiplier des ateliers artistiques puis les encadrer pédagogiquement. Ici comme ailleurs, mais d’une façon plus exacerbée sûrement, Constantine paye le prix fort de la faillite de l’Etat dans ce domaine. Le préjudice le plus marquant qu’elle a eu à subir venait d’abord de la bureaucratisation de la culture et de l’incapacité, de ceux qui en avaient la charge, d’être soucieux de la qualité et des talents. Au fil de la lente agonie fleurirent paradoxalement les niches de la médiocrité et la folklorisation comme substituts aux arts majeurs. Une sous-culture qui engendra la déliquescence des valeurs esthétiques sûres, laquelle a fini par contaminer le jeune public et modeler ses références en la matière. Mais alors que faire à l’avenir ? «Rompre avec l’assistanat complice qui irrigue et entretient la «para-culture» alors qu’elle n’est que divertissement », estimait récemment un intellectuel algérien bien au fait des pratiques qui sous-tendent toute la politique culturelle. «Pour cela, ajoutait-il, il est nécessaire de créer des conditions favorables permettant de replacer et de reclasser l’homme de culture selon ses domaines, ses dons, son talent et son rayonnement loin de toute démagogie et copinage. Faute de quoi tout n’est que supercherie… ». En dépit de sa singularité, Constantine n’est cependant pas une île ! De nos jours, cette ville,sinistrée pour bien des raisons, est également orpheline de son génie à la suite des exclusions et des exclusives du passé qui l’ont réduite en friche. Vieille dame sans rêve en dépit de quelques attributs, elle ne se donne des airs qu’au moment où se lèvent dans ses nuits brûlantes quelques accords de malouf. Harmonie presque ignorée, pour bercer une Andalousie – sur – Rhumel en voie de disparition…

Par Boubakeur Hamidechi
hamidechiboubakeur@yahoo.fr

(1) – Précisons que Constantine, après avoir organisé en ce début du mois (5, 6 et 7 juillet) «les nuits du malouf» vient aussitôt de récidiver avec un festival national du malouf et annonce déjà un autre festival, international celui-là, dans les mois prochains !

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/07/24/article.php?sid=103425&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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