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A FONDS PERDUS Patrimoines en péril

20 juillet 2010

Contributions


Par Ammar Belhimer
ambelhimer@hotmail.com
Le document n’émane pas d’une institution à vocation culturelle, mais les responsables en charge de la conservation et de la mise en valeur du patrimoine devraient en faire leur livre de chevet. Il s’agit du dernier rapport de la Banque mondiale : «Comment le patrimoine culturel peut-il contribuer au développement économique ?»


Cette nouvelle étude est consacrée à la réhabilitation des centres historiques, les médinas, dans la région MENA (Moyen- Orient/Afrique du Nord). Les centres historiques que sont les médians sont au cœur de la civilisation arabe, datant généralement de l’époque médiévale. Il existe plus d’une centaine de médinas dans la région et nombre de ces villes historiques ont bénéficié d’une reconnaissance internationale avec leur inscription sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco. Le rapport en dresse un profil fort élogieux : «Les médinas sont les noyaux historiques des villes du monde arabe. Trésors culturels, elles se distinguent notamment par la qualité de leur architecture civile et religieuse, l’harmonie de leurs plans urbains, leurs espaces publics et leur tissu d’interactions sociales et d’activités de commerce et de production traditionnelles.» «Tous ces éléments font de la médina un site urbain exceptionnel, la représentation physique des identités sociales et culturelles originelles du monde arabe. L’attrait des médinas au niveau international se reflète dans le nombre de visiteurs qu’elles attirent chaque année ; il génère de multiples bénéfices : recettes en devises, liens culturels, embauches et créations d’emplois, tourisme durable, exportations de produits artisanaux ». Une fois n’est pas coutume, «en 2001, la région Moyen-Orient et Afrique du Nord de la Banque mondiale a été la première à produire une stratégie régionale dédiée à cette question(*). Depuis, des projets «Patrimoine culturel et développement urbain» existent en Tunisie, au Maroc (Fès), pour Bethléem, au Yémen, en Jordanie, au Liban. Une prise de conscience qui intervient après cinquante années de «dégradation constante dans l’ensemble de la région en raison de : leur abandon par une partie des habitants d’origine et la croissance soutenue des quartiers modernes : «Délaissées par les familles aisées, les médinas ont attiré des catégories plus pauvres de la population à la recherche de logements bon marché, ce qui a entraîné un processus de paupérisation. » Le regain de «religiosité» des pouvoirs en place n’est pas étranger à cet intérêt subit et accru pour le patrimoine : «Cette stratégie soulignait le rôle du patrimoine culturel dans le développement économique, son importance pour les identités communautaires et nationales, et son potentiel en termes de développement social. Elle mettait également en lumière la place toute particulière des villes historiques, qui recèlent une partie essentielle des traditions, de la mémoire et de l’histoire du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.» Dix ans plus tard, la nouvelle publication vient tirer les leçons d’une génération de projets et d’investissements visant la réhabilitation urbaine des médinas. Ces projets reposaient tous sur les deux hypothèses suivantes : En dépit d’une urbanisation et une modernisation rapides, les villes historiques continuent de jouer leur rôle clé de «creuset du patrimoine culturel, spirituel et religieux, de lieu de perpétuation de l’artisanat traditionnel et de bassin exceptionnellement dense de petites activités économiques ». Aussi, alors qu’elles deviennent le cœur d’agglomérations en expansion, les villes historiques peuvent assurer de nouvelles fonctions en tant que centres de tourisme culturel attractifs et, pourquoi pas, comme sources de services urbains et de logements pour les populations locales. Prenant les choses dans le sens du poil, dans un esprit constructif consistant à mettre à profil le potentiel historique et religieux («les centres historiques comme facteur essentiel de continuité et de stabilité», le patrimoine du passé étayant le développement de demain»), l’étude se focalise sur la relation plus «terre à terre» et matérielle entre la réhabilitation du patrimoine culturel et la revitalisation économique, communautaire et identitaire – «dans une optique qui favorise la réduction de la pauvreté et la croissance économique », précise la Banque mondiale comme pour justifier son intrusion dans un domaine étranger à ses compétences habituelles. Cette institution financière de la famille des Nations unies finance les projets de réhabilitation parce qu’ils «peuvent avoir un impact profond sur des groupes sociaux défavorisés et marginalisés : ces derniers y gagnent tout d’abord en autonomie et en vitalité, l’enjeu étant ensuite de les aider à trouver des manières novatrices d’améliorer leurs moyens de subsistance». Plus globalement, il est attendu des projets de rénovation du patrimoine culturel de nombreuses retombées, notamment le renforcement de l’économie locale et nationale, la création d’emplois, l’amélioration de l’environnement urbain et de la qualité des espaces publics. «En outre, une fois les sites réhabilités, la valeur des biens immobiliers et les recettes fiscales tendent à augmenter, ce qui permet de dégager des ressources supplémentaires pour soutenir les institutions locales et la fourniture de services publics». Depuis les années 1970, la Banque mondiale a financé 241 projets d’investissement dans le patrimoine culturel (208 projets de prêts et 33 hors prêts), pour un montant total de 4 milliards de dollars US. Actuellement, 117 opérations de ce type sont en cours d’exécution (100 projets de prêts et 17 hors prêts), pour un engagement de 2 milliards de dollars US. Ces dépenses n’ont pas été inutiles. L’expérience de vingt ans dans le domaine des opérations de prêts et d’aide technique auprès des gouvernements de la région a, entre autres, permis d’élaborer un «Indice de potentiel touristique d’une médina (MTPI)», composé des huit critères suivants :
1. Richesse du patrimoine culturel : ce critère mesure la «qualité globale d’une médina, son degré de mise en valeur, ainsi que le nombre de sites classés et effectivement protégés par les pouvoirs public».
2. Inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco : la reconnaissance internationale qui découle de ce critère a des retombées sur l’économie locale, favorise la promotion de la médina au niveau international et son industrie touristique.
3. Proximité de la côte, de sites naturels ou d’autres sites culturels : ce critère évalue la combinaison possible entre tourisme récréatif, écotourisme et tourisme culturel.
4. Proximité de destinations touristiques existantes : une médina qui se trouve près de destinations touristiques déjà existantes a plus de chances de réussir son propre développement touristique en raison de la présence d’une clientèle à proximité.
5 Accessibilité : la proximité de grandes infrastructures de transport (aéroports, ports, autoroutes) permet d’atteindre plus facilement la médina et facilite un développement axé sur le tourisme.
6. Capacités d’hébergement :la présence d’hôtels ou de maisons d’hôtes présentant un niveau de prestations approprié est indispensable pour attirer les visiteurs, en particulier s’ils sont situés dans la médina.
7. Évènements culturels : l’existence d’activités culturelles peut renforcer le rayonnement d’une médina et y attirer un plus grand nombre de visiteurs.
8. Présence d’artisanat à fort contenu culturel : la présence de produits locaux faits à la main et à fort contenu culturel ou artistique est indispensable pour attirer les touristes dans une médina.
Jugées à l’aune de ces paramètres, nos médinas font piètre figure, dans un contexte général de renoncement au patrimoine dans ce qu’il a de positif. Même de l’histoire, nous n’en héritons que ce qu’elle a légué de plus nuisible : les chimères.
A. B.

(*) Baptisée Cultural Heritage and Development: A Framework for Action in the Middle East and North Africa (Patrimoine culturel et développement : un cadre d’action pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord), l’étude est disponible sur le site de la Banque mondiale.

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/07/20/article.php?sid=103254&cid=8

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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