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Comment devenir citoyen dans une monarchie informelle ? par Kamel Daoud

28 juin 2010

Contributions

Comment transformer un «sujet» en un citoyen ? C’est le but expliqué de l’initiative d’une ONG des droits de l’homme, actuellement en promotion en Algérie. Pour le cas inverse, transformer le citoyen en sujet, on sait comment procède le Pouvoir : il prend chaque Algérien loin de l’Algérie, seul, isolé dans la nuit avec ses enfants

et sa femme, loin de la loi et du droit et il lui explique que le pays appartient à la génération qui l’a libéré, qu’on lui donne à manger parce qu’on ne peut pas se débarrasser de lui, que le Beylek c’est l’Etat et que l’Etat «c’est nous», qu’il ne sert à rien de voter, qu’il faut «intervenir» et pas réclamer des droits, que rien ne le protège sauf le hasard ou la magnanimité du Pouvoir, qu’il ne peut pas échapper s’il s’enfuit, que la loi est pour les idiots et que le seul moyen d’être protégé en Algérie, c’est d’endosser l’uniforme, en Algérie ou de payer son droit de passage d’une porte à l’autre durant toute la vie. Le citoyen algérien devient alors un «sujet», tremble, cède, baisse les bras et se reclus dans le ricanement ou l’opposition passive. Il sera convaincu, à vie parfois, que le Pouvoir est l’homme le plus riche et le plus fort de l’Algérie et que s’il n’y a pas de Roi, officiellement, le pays est un Royaume, concrètement. Un sujet sait qu’il n’élit pas mais vote, qu’il ne réclame pas mais supplie, qu’il ne choisit pas mais subit, qu’il ne travaille pas mais triche, qu’il n’est pas algérien parce qu’il l’est mais parce qu’on le tolère. Le monde du sujet est fait de courbettes, de lapidations, de soumission ou d’émeutes. Un sujet n’a pas à savoir, mais à être informé par communiqués, il n’a pas droit au pluralisme mais à la polygamie. Sa limite d’âge est fixée par l’Etat à la hauteur de 12 années ouvrables. C’est cette loi qui permet de décréter son immaturité légale, l’impossibilité d’avoir des chaînes TV privées, le droit d’accès au PV des réunions des APC ou celui de contrôler les listes des candidats aux élections à la place du ministre de l’Intérieur. Un sujet peut être interdit de sortie du territoire national même s’il est prof à la Fac ou élu de son peuple. Un sujet ne pas se regrouper dans la rue, faire des meetings ou aller assister à des sessions à l’APN ou au Sénat qui lui appartiennent. Plus malin, le Pouvoir aggrave le statut du sujet en lui expliquant que c’est la même chose que d’être Croyant. C’est un moyen de fermer la liberté à doubles tours et d’avaler la clé en répétant qu’elle se trouve au paradis, après la mort.

C’est donc le contraire du citoyen. D’où cette difficulté de base : comment transformer le sujet en citoyen, selon le vœu du président de la LADDH ? un citoyen possède d’abord une cité (d’où citoyen), ensuite la conviction qu’il est dans son droit et que ce pays il ne l’a pas volé et n’y est pas passager, que sa force est dans sa conscience, qu’il n’est pas coupable de ne pas avoir participé à la guerre de Libération, que son salaire n’est pas une charité et que l’Etat c’est lui et que c’est le Pouvoir qui est isolé, que c’est son pétrole à lui le citoyen et pas «leur» argent et qu’un militaire ou un policier sont là pour sa sécurité et pas pour celle du régime et que s’il occupe un jour la rue, il va libérer le pays. Un citoyen est aussi une citoyenneté, c’est-à-dire une hygiène des mains avant le repas, le respect du feu rouge et des horaires pour les poubelles, celle de la liberté des autres et de leurs croyances et celle de la tolérance envers le vivant et le lointain et le différent. Un citoyen est un droit face au Pouvoir mais aussi un devoir face aux autres. Comment le fabriquer donc dans un pays qui en est le contraire essentiel ? Par la pétition, disent les uns. En commençant par ses propres enfants, disent les autres. En s’installant dans un pays où la citoyenneté est possible, expliquent des tierces. En attendant, pensent beaucoup d’intellectuels. En agissant, disent des militants. Le chemin est-il donc long ou court ? On ne sait pas, le GPRA a été tellement bref d’ailleurs. C’est selon le premier pas, disent les géomètres. Conclusion ? Le sujet est vaste, le citoyen est encore petit. Et ce n’est pas, presque pas, un jeu de mot.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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