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SOUFISME/CONFRÉRIE ALAOUIYA De Benalioua à cheikh Khaled, près d’un siècle de règne

17 juin 2010

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C’est avec Ahmed Benmostefa Alaoui, né en 1878 et issu de la famille Benalioua de Mostaganem, que naîtra dans cette même ville la zaouïa alaouiya.
Orphelin de père à l’âge de seize ans, cheikh Sid Ahmed El Alaoui, autodidacte de son état, aura pour maître le mufti Kara Mostefa, éminent savant et chercheur dans le monde vaste de la théologie.

Aussi, s’initiera-t-il à la tariqa aïssaouia en se consacrant à un enseignement purement spirituel auprès d’un de ses maîtres soufis, en l’occurrence cheikh Mohamed El Bouzidi. A la mort de ce dernier en 1909, les “fokaras” émettront le vœu de voir ainsi son ancien disciple prendre sa succession à la tête des Aïssaouas. Cependant, cheikh El Alaoui préférera l’exil en Tunisie où il publiera ses deux premiers ouvrages, en l’occurrence, Cosmologie, son interprétation à travers la science intuitive ainsi que Interprétation de la charia de l’intérieur de l’être humain. Plus tard, il se rendra à Istanbul où à l’époque, la guerre de Crimée faisait rage encore et au moment également où le roi Abdelhamid se faisait renverser… De retour en Algérie, son génie et sa force spirituelle contribueront à donner un nouveau souffle à la “ tariqa derkaouia chadilia”, avec à la base l’adhésion de milliers d’adeptes acquis déjà à la cause du cheikh. Celui-ci d’ailleurs ne tardera pas à créer le premier journal Lishan eddine puis El Balagh el djazaïri dans lesquels ont collaboré de grandes figures de l’Islam dont notamment, Chakib Bassahane ainsi que d’autres érudits de Djamaâ Zitouna, du Maroc et autres, l’arrièrepetit- fils du célébrisme cheikh Moulay Derkaoui, lequel va s’initier auprès du cheikh Alaoui.

Ce nouveau rite alaoui ne tardera pas à s’étendre à d’autres pays en dehors de l’Algérie.

Et c’est ainsi, qu’au Maroc, en Libye, Tunisie, Syrie, Palestine puis en Europe où sera érigée la première zaouïa d’outre-mer dès 1920. C’est d’ailleurs avant l’existence de la grande mosquée de Paris que la zaouïa alaouiya constituera le premier lieu de culte musulman en terre hexagonale. Le père des alaouiyine s’éteindra en 1934 et c’est après sa mort que lui succédera cheikh Adda Bentounès dont le père était mokadem à la zaouïa de Sidi Kaddour au cœur du mythique faubourg de Tigditt, haut-lieu de la culture et l’éducation soufie, connu à Mostaganem et ailleurs… En prenant la relève de cheikh Alaoui, Adda Bentounès créera la première medersa qui plus tard servira de refuge idéal aux nationalistes algériens du PPA. Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, il ouvrira la première école d’apprentissage au profit de jeunes délinquants et désœuvrés et ce, en y intégrant plusieurs spécialités dont la formation de menuisiers, mécaniciens, imprimeurs et autres boulangers. Son vœu de lancer un journal bilingue musulman sera exaucé avec la création d’ El Morchid et ce, au moment où son sens du pardon, de tolérance et du dialogue entre les cultures et les religions, le poussera à mettre au monde une nouvelle association dénommée Les amis de l’Islam et qui a pendant longtemps regroupé juifs, laïcs, musulmans, chrétiens et boudhistes autour d’un seul idéal, l’amour du prochain. C’est en 1952, un 4 juillet, que cheikh Adda Bentounès décédera à son tour pour céder alors le flambeau de la “mechyakha” à son fils Mehdi qui aussitôt après se révélera comme une relève sûre, tant son dynamisme et son charisme parmi les adeptes de la zaouïa ont tôt fait de canaliser l’attention sur sa personne. Il jouera un rôle on ne peut plus important dans le domaine social au moment où la zaouïa devenait alors une véritable antenne de la Croix- Rouge à l’époque coloniale, cela s’entend. Il s’attellera entre autres à construire des baraquements pour les réfugiés algériens durant la guerre d’Algérie. L’homme de culte ne tardera pas à se révéler comme un authentique militant de la cause algérienne et c’est en compagnie des Belkacem Hamia et Hamida Moulay Chérif qu’il créera en 1956 le tout premier noyau du FLN à Mostaganem avec le premier attentat perpétré dans la localité de Sidi-Ali (ex-Cassaigne). La zaouïa se mettait alors au diapason de la plus efficiente des solidarités aux côtés de frères moudjahidine et fidas. La zaouïa avait en plus pour mission de préparer au quotidien les repas destinés aux prisonniers avec fourniture de vêtements, médicaments et nourriture supplémentaire alors que tout combattant atteint de blessures se faisait soigner au sein même de la zaouïa avant le départ pour beaucoup d’entre eux vers le Maroc. L’auguste lieu de culte ne tardera pas à accrocher l’attention du colonisateur français et fera ainsi l’objet d’opérations de fouilles répétées par l’armée française. Cheïkh El Mehdi, lui, sera mis en résidence surveillée, décision que les Français considéreront comme salutaire. Dès 1962, à l’indépendance du pays, le président Ben Bella décidera de la nationalisation des zaouïas et celle des Alaouiyine n’échappera pas à l’aberrante mesure prise à l’époque par le pouvoir de l’indépendance.

Ce n’est qu’à la faveur de l’intervention d’un certain Benalla, proche ami de la zaouïa, que la décision en question sera remise en cause.

Toujours est-il qu’une certaine tension commencera à planer sur la zaouïa, sur fond de règlements de compte. Sous le règne de Boumediène, à l’heure des grands moments d’euphorie, gestion socialiste et parti unique obligent, cheïkh Mehdi Bentounès dénoncera ouvertement lors des rencontres publiques et prêches du vendredi la politique d’importation d’idéologies d’ailleurs. L’on ne tardera pas à l’arrêter de façon on ne peut plus arbitraire, et c’est dans la discrétion qu’il sera emprisonné dans la région de Jijel à l’est du pays. On lui reprochera alors d’être à la tête d’une organisation d’espionnage et ce, sur la base de paramètres qui n’aurait jamais tenus debout, à l’exemple des lumières verte et rouge illuminant le haut du minaret de la mosquée de la zaouïa durant notamment la période de Ramadhan. Chaque lumière en fait servait de repère quant au moment de la rupture du jeûne, d’une part, et de celui de l’imsak, d’autre part. Pour le pouvoir boumediéniste, l’interprétation s’avérait tout autre… Ce n’est qu’en 1971 en plein mois de carême, que le cheïkh sera libéré à la suite de fortes pressions exercées par des personnes influentes sur les décideurs concernés. De retour à Mostaganem, sa ville natale, cheïkh El Mehdi sera aussitôt mis en surveillance plusieurs années durant avec tout ce que cela supposait comme harcèlements et pressions sur sa personne et ce, au moment où bon nombre de biens de la zaouïa dont notamment l’imprimerie, seront tout simplement nationalisés. En avril 1975, alors qu’il n’était âgé que de 47 ans, cheïkh El Mehdi Bentounès rendra l’âme à la suite d’une crise cardiaque qui finalement aura eu raison de lui. Ses funérailles seront grandioses autour desquelles se dégagera un sentiment d’émoi et de consternation chez la population mostaganémoise et toute la communauté des Alaouiyine, un peu partout sur la planète. De là, la succession du défunt cheïkh ne semblait pas être chose évidente et il fallait songer à une relève digne de la confrérie alaouiya et de tous ceux qui à une époque où une autre ont dû la diriger et, partant, guider les pas de milliers de ses adeptes. A cette époque-là, son fils Khaled installé en Europe, poursuivait ses études, tout en se lançant dans le commerce du prêt-à-porter. Il rentrera à Mostaganem à l’occasion de l’enterrement de son père, et c’est durant les quelques jours qu’il passera auprès de sa famille, que les sages de la confrérie alaouiya verront en lui le futur successeur alors qu’il n’avait que 24 ans. La lourde tâche lui ayant été assignée consistera alors à continuer à transmettre à la ouma le précieux message du tassaouf tout en scellant le lien spirituel par le soufisme entre l’Orient et l’Occident. Un soufisme nourri en fait par la soif de vivre, de bien agir et du savoir, pour lui, les Soufis donnent l’exemple sans rien imposer. “Face au déchaînement de la bestialité, ditil, nous tentons, dans nos villages et nos quartiers, de diffuser notre sagesse dans le corps social”. “L’Algérie, ajoutera-t-il, c’est aussi cela : des foyers de rayonnement où l’on prie Dieu, hors de tout dogmatisme. Pour seulement neutraliser la haine…” N’est-ce pas là le plus beau des messages de paix et d’amour qui embrasse toutes les croyances religieuses et que délivre ici un sage, guide spirituel d’une confrérie qui en vérité aura survécu à bien des tempêtes.
Sid-Ahmed Hadjar

Mardi 08 Novembre 2005

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2005/11/08/article.php?sid=30280&cid=16

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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