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Najia Abeer : une auteure algérienne partie trop tôt

17 juin 2010

Non classé

Najia Abeer, de son vrai nom Benzeggouta, était rebelle, passionnée, parfois violente, mais toujours à l’écoute des autres et soucieuse de partager l’Histoire de son pays, de sa ville. Tous ses écrits le prouvent et c’est aussi en cela que nous sommes tous orphelins. Elle était libre et indépendante, rien ne pouvait la faire taire. Elle avait le courage de ses opinions. Elle avait l’intelligence et la dignité. Elle était « droite dans ses bottes » et c’est tout cela qui la rendait attachante. Elle avait le sens de l’amitié fidèle et donnait sans compter, malgré tous les aléas de la vie, de sa vie.

Najia était passionnée par sa ville. Elle la défendait bec et ongle, avec talent, comme lorsqu’elle s’est engagée corps et armes, jusqu’aux plateaux de télé, pour défendre La Souika de Constantine, alors qu’elle disparaissait sous les coups de boutoir des buldozers et des pelleteuses.


Dans « Constantine et les moineaux de la murette », son premier roman, elle écrivait : « La Souika reste pour moi ce labyrinthe digne des héros mythologiques. Les ruelles de la vieille cité sont sinueuses, capricieuses, extravagantes et rebelles. Ses raccourcis, petites voies de passages et impasses, sont si étroits que seuls leurs habitants savent que ce ne sont pas des couloirs privés. Une ébauche d’escalier pas plus large qu’un mouchoir de poche, grimpe vers la maison de voisins depuis longtemps émigrés en France. Quelquefois, une ruelle se perd dans l’ombre d’une voûte ou abouti à un cul-de-sac transformé en lieu privé où laine lavée et couscous fraîchement roulé sèchent en sécurité. Les femmes poussaient leur liberté jusqu’à s’y réunir pour causer. » (Constantine et les moineaux de la murette – Éditions Barzakh, Alger, Janvier 2003)



Son écriture était fluide, belle. On s’y retrouvait et on l’y retrouvait, à condition de la connaître un peu. Elle n’a pas eu le temps de tout exprimer ce qu’elle avait en elle. Tout le temps, elle voulait entreprendre quelque chose de nouveau, au risque de s’éparpiller, de se saouler. Dernièrement, la peinture avait suivi le chemin de ses poèmes et elle travaillait sur des projets de documentaires et d’autres publications, encore et encore consacrés à Constantine.
Oui, Constantine l’obsédait.
Oui, Constantine lui échappait dans ton exil algérois.
Oui, Constantine l’inspirait.
Oui, Constantine l’appelait, dans sa détresse des maisons détruites.

Avant de décéder un jour d’octobre 2005, elle a eu le temps d’écrire trois livres. Deux d’entre eux faisait partie d’une trilogie qui restera inachevée. Entre les deux, elle a publié un ouvrage, comme un véritable cri qui est essentiel, si on veut bien la connaître.

Constantine et les moineaux sur la murette (Najia Abeer Ed Barsac)
Constantine au cœur !

Couverture  Constantine et les moineaux sur la muretteC’est par l’intermédiaire des « Amis de Constantine » que j’ai fait la connaissance de Najia Abeer, née la même année que moi (1948), Professeur d’anglais et Auteure (elle tenait beaucoup au « e » final…), constantinoise militante, habitant actuellement Alger qui a écrit un superbe livre sur sa jeunesse à Constantine : « Constantine et les moineaux sur la murette ». Najia qui est devenue une amie, que j’ai rencontrée au mois de Mai 2004, à Constantine, avec qui j’ai passé des moments émouvants. Najia, la généreuse qui s’est mise au service de mon projet et qui s’enthousiasme autant que moi…
Najia, avec qui je pouvais parler de tout et avec qui j’ai eu beaucoup de complicité.
Najia, avec qui j’ai passé 2 jours, à travers la lecture de son très beau roman, avant d’effectuer mon retour au « Bled ».
Najia qui m’a offert Sa « Souika » en mai 2004, en me la faisant découvrir.

Comment dire ce que je ressens ? Comment traduire des sentiments enfouis et remis au jour ? Les mots n’ont pas toujours la force de la Vie et pourtant elle a si bien dit les choses !
Je me suis refais mon parcours en parallèle avec le sien, puisque nous sommes nés la même année, et tout ce que tu dis, Najia, est juste, fort et sans fard. Simplement, tu t’en doutes, en ce qui me concerne les influences étaient ailleurs et, tu le sais bien, nous n’avions pas le choix.
J’ai été très touché par la description de l’ambiance de la ville qui, au fil des années, s’est dégradée, a été empoisonnée, mais n’a jamais été tuée puisque s’il restait de bons roumis , il y avait aussi les « bons arabes ». C’est vrai qu’on en était réduit à ça et, pour nous, gamins de cette époque douloureuse, la recherche identitaire a pris des chemins dévoyés et les rigoles sur le bord de nos routes sont devenues, trop souvent, des fossés.
Dans un autre registre, j’ai beaucoup aimé les descriptions de ce que je n’ai pas vraiment connu, pour cause de guerre. J’ai, je crois enfin situé la Souika (affreusement dénommé « village arabe » sur les plans coloniaux !), si chère au cœur de Najia et le quartier Sidi El Djellis. Souika est située en contrebas de la place Lamoricière, sous Sidi Rached et Ben Djellis vers le quartier juif.
En tous cas, elle a su trouver les mots pour parler de la maison familiale qu’elle a quittée pour aller à Sidi El Djellis et, si j’ai bien compris, à Sidi Mabrouk.

Cette chronique d’une enfance vécue est très touchante. D’abord parce que de très nombreux souvenirs extraordinairement précis jalonnent le récit et puis parce que l’on comprend très vite tout l’amour de la narratrice pour sa ville. On y suit la jeunesse d’une petite fille arabe que la guerre, si hypocritement appelée « évènements », sépare de plus en plus de la communauté française. Elle devient bouleversante quand le lecteur réalise que Najia est à la recherche de ce qui a pu la séparer de son Rocher (Constantine est bâtie sur un rocher, ce qui en fait tout son charme), puisqu’elle est « expatriée » sur Alger depuis de nombreuses années. C’est dans la chronique familiale que se trouve la clef.
Dans ce roman, l’Auteure part à la reconquête de l’antique Cirta, comme si la ville des ponts l’avait répudiée. Au fil des pages, le lecteur occidental trouvera un excellent guide de Ksentina et celui qui a des souvenirs à partager communiera avec cette enfant élevée pour une bonne part dans la « Souika » et ayant fréquenté les européens grâce aux différentes écoles qu’elle a fréquentées avec son pédagogue de papa, successivement instituteur, directeur et conseiller pédagogique, féru d’Histoire.
Une grande vertu de son livre est de montrer la place que doit occuper l’Histoire dans nos existences. Cette place qui a manqué à ce Peuple algérien, je l’ai constaté lors d’un voyage en 84, pour s’approprier son pays et, au-delà de la libération du joug colonial, forger une vraie identité politique. Ben Bella a vraiment fait preuve d’une naïveté coupable qui a permis le phénomène Boumédiène, qui n’a pas arrangé les méfaits subits par notre Pays, après la France.
C’est un livre attachant, sensible, premier tome d’une trilogie dont le second volume est achevé et devrait donc être édité dans les mois à venir, en 2005. On le lit d’un trait, avec les odeurs de cette ville magique et ses bruits témoins du quotidien de cette cité imprenable, certes assez conservatrice, mais si hospitalière, aux habitants fiers et généreux. Cette générosité, on la retrouve à chaque page de ce livre merveilleux.

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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