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Un 2 avril -1976 – DISPARAISSAIT MARIE-LOUISE TAOS AMROUCHE « Une femme, un destin et un combat »

11 juin 2010

EPHEMERIDES

TIZI OUZOU
IL Y A 29 ANS DISPARAISSAIT MARIE-LOUISE TAOS AMROUCHE
« Une femme, un destin et un combat »

Le 2 avril 1976 mourait Taos Amrouche à Paris, en exil. Elle était âgée de 63 ans. C’était la fin d’une grande dame de la littérature et de la culture algériennes en général et berbères en particulier. Elle faisait partie de cette catégorie d’Algériennes et d’Algériens qui, toute leur vie durant, contre vents et marées, ont non seulement sauvé de l’oubli et préservé jalousement notre patrimoine culturel, mais aussi n’ont pas lésiné sur aucun effort pour le transmettre aux générations futures et le vulgariser aux quatre coins du globe. Elle était également cette poétesse, cette incantatrice à la voie d’or et cette romancière talentueuse universellement connue et reconnue.


MARIE-LOUISE TAOS ÉTAIT DE SON VIVANT EN “DISGRACE INSTITUTIONNELLE”.
Son pays natal, qu’elle chérissait plus que toute autre chose, lui était interdit pour avoir été refoulée de l’aéroport d’Alger à maintes reprises. Ses œuvres sont frappées d’interdiction et d’ostracisme. A l’instar d’autres géants, tels que Slimane Azem, Bessaoud Mohand Arav, etc., elle était contrainte à un autre exil, elle “l’éternelle exilée”, pour reprendre l’expression de sa mère, Fadima Ath Mansour. Elle devait subir les affres d’une idéologie saugrenue et stupidement hostile à tout ce qui était authentiquement algérien. Elle qui n’a jamais accepté de troquer le sein maternel contre l’aigre lait d’une marâtre avait rétorqué aux tenants de cette “barbarie culturelle” : “Nos bijoux sont exposés, nos poèmes, contes et chansons sont répertoriés partout ailleurs à l’étranger. A quoi serviront alors vos lois et vos discours ?” Cet exil attisera alors sa blessure de se savoir toujours étrangère, car étant d’une culture double, kabyle et française, et de confession chrétienne, elle se sentait toujours marginalisée, malgré la forme extérieure de l’intégration, des profondeurs et des secrets des deux communautés. Elle disait à ce propos : “Oui, j’avais beau avoir les pieds teintés de henné, les joues fardées et les lèvres rougies à l’écorce de noyer. Je connaissais déjà ce sentiment d’être exclue des cercles magiques (…) que je ne retrouve au milieu de nos compagnes musulmanes ou françaises. J’étais seule de mon espèce. Aussi loin que je remonte dans le souvenir, je découvre cette douleur inconsolable de ne pouvoir m’intégrer aux autres, d’être toujours en marge.”
CETTE TERRIBLE “CONFESSION” ILLUSTRE LE DESTIN QUI EST LE SIEN
Ainsi, d’ailleurs, que celui de toute la famille Amrouche dont elle était la dernière survivante de la lignée. Leur vie était soumise à une véritable “odyssée”. La conversion au christianisme a été pour elle et les siens source d’incompréhension, d’humiliation et de rejet de la part d’une société étroitement embastillée dans les préjugés et le côté négatif et intolérant d’une religion. D’un autre côté, il n’ont jamais été, malgré les apparences, profondément adoptés par les chrétiens français, les sachant solidement attachés à leur patrie, leurs traditions et à la soif de liberté de leur peuple. Donc, revister la vie et l’itinéraire de Taos, c’est replogner dans les profondeurs et les méandres d’une âme meurtrie par les déchirures d’un exil perpétuel à la recherche, elle le soulignait “d’un éden du pays à jamais perdu”, d’un bonheur et d’une paix intérieure jamais atteints. Marie-Louise Taos naquit le 4 mars 1913 en Tunisie. Elle est la fille de Fadhma ath Mansour et de Belkacem Amrouche, originaire du village Ighil Ali, du côté de Béjaïa. Avant de s’exiler en France, elle travaille à la radio Tunis puis à Alger, en 1944-45 et elle a également assuré à la radio diffusion française une chronique hebdomadaire en langue kabyle consacrée à la culture orale et à la littérature nord-africaine. Pour le chant, qu’elle a hérité de sa mère, dans ces multiples facettes : dikr (chants religieux), tébougharines, etc., elle s’est produite une première fois à Paris en 1937, puis au congrès de Fès en 1939 et elle obtient en 1967 le grand prix du disque. Pour son œuvre romanesque, dont elle fut la précurseuse dans le genre féminin en Algérie et en Afrique du Nord, elle a fait paraître quatre romans. Jacinthe noir (1947), Rue des Tambourins (1960), Solitude ma mère (1963) et L’amour imaginaire (1966). Ces écrits bien qu’ils soient d’essence essentiellement autobiographique, où elle illustrait le long de toute la trame des quatre romans la souffrance de l’exil continuel et la frustration chronique de ne jamais se sentir chez soi, ils symbolisent également notre identité confisquée par les tenants successifs du pouvoir. De ces derniers, elle disait justement : “Ils trichent avec eux-mêmes, ils trichent avec l’histoire, les dirigeants des pays maghrébins qui tentent d’éliminer la culture berbère.”
ELLES RAPPORTERA, AUSSI, SANS COMPLAISANCE AUCUNE, LES TARES ET L’HYPOCRISIE DE SON TEMPS ET DE SA SOCIETE.
Les injustices et la discrimination dont sont victimes les femmes y sont également mises à l’index. Elle léguera en plus, à la prospérité un florilège de contes et de chants rituels, qu’elle a recueillis et sauvé de la disparition, à travers l’essai Le grain magique qu’elle a fait paraître avant sa mort. Sur un autre plan, son engagement sur le terrain par des actes concrets et des prises de position en faveur de la reconnaissance de la langue et la culture amazighes ne souffre d’aucun équivoque, bien plus, jusqu’à en faire sa raison d’exister. A ce sujet, elle devait déclarer un jour : “J’ai un but à atteindre : empêcher la culture berbère de périr. Elle est aujourd’hui menacée en Afrique du Nord. Pourtant, elle ne porte ambrage à personne, mais on prétend qu’elle relève du particularisme régional, alors que c’est toute l’Afrique blanche qui est berbère en profondeur. Il s’agit d’un patrimoine cinq fois millénaire, un patrimoine de beauté et de spiritualité qui devrait faire l’orgueil de tous les pays maghrébins et, au-delà, de l’humanité tout entière.” Son engagement est visible également dans sa mise à la disposition des Berbères de France, le 14 juin 1966, de son domicile pour une réunion qui a donné naissance à l’Académie berbère. Il a fallu atteindre plus d’une décennie après sa mort pour voir cette “jeune fille de ma tribu”, comme aimait appeler feu Kateb Yacine sa mère avoir droit de cité dans son propre pays. En effet, la Maison de la culture de Béjaïa a été baptisée en son nom et ce n’est qu’une juste réparation de l’histoire.
A. A.
Samedi 09 Avril 2005

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2005/04/09/article.php?sid=21509&cid=16

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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