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LA LECTURE PUBLIQUE Réinventer le plaisir de lire

11 juin 2010

1.LECTURE


A l’heure où les pouvoirs publics promettent d’“arrimer l’Algérie à la société de l’information”, de résorber, selon la formule consacrée, “la fracture numérique”, l’absence d’une véritable politique du livre et d’une activité éditoriale soutenue et de qualité ne constitue-t-elle pas une autre fracture qu’il faudra aussi vite souder ?

Dossier réalisé par Saïd Aït Mebarek

Dire que la lecture n’est pas un activité privilégiée des Algériens est une idée banale. Et dire encore que la concurrence d’Internet, de la télévision et d’autres médias électroniques est la cause principale de cette situation, qui est loin d’être une exception algérienne, est une conclusion qu’il ne faut pas se hâter de tirer.

LE NET, ADJUVANT MAIS PAS CONCURRENT DU LIVRE
Car, s’il est vrai que la télévision occupe une place prépondérante dans le quotidien des Algériens, ce n’est pas encore le cas du Net qui, même s’il suscite intérêt et engouement, la révolution Internet reste à faire pour le plus grand nombre. Les chiffres du ministère de la Poste et des Nouvelles technologies de l’information et de la communication (cf. le quotidien La Tribune du 08/07/2004) sont édifiants. Ils font état de 10 000 internautes seulement sur l’ensemble du territoire national. Les cybercafés en activité sont estimés au nombre de 6 000. Une progression de 2 000 unités prévisionnelles supplémentaires n’est attendue que pour l’horizon 2010. Les chiffres rapportés par le même journal ne disent rien sur la distribution et la répartition des usagers du Net par catégories socioprofessionnelles, par âge et par sexe. Aucune indication n’est donnée sur les informations recherchées et les sites visités à l’occasion des différentes connexions. Le décompte des foyers équipés d’un ordinateur et d’une ligne téléphonique, donc potentiellement en mesure d’être connectés au réseau des réseaux, reste aussi à faire. Il en est de même pour l’ADSL qui affiche un faible taux de croissance et un coût relativement élevé qui le met, pour l’heure et peut-être pour longtemps, hors de portée du plus grand nombre. Le constat incline, comme on le voit, à la modestie. Même si du point de vue d’un ex-ministre de l’Éducation, qui exprimait dans un débat ayant pour thème “Internet, accès et partage des connaissances” et diffusé par un site Internet, “les choses commencent à changer, aujourd’hui (octobre 2001, ndlr) en Algérie”. Il y a, selon lui, une tendance à la normalisation et à une mutation dans l’attitude des pouvoirs publics vis-à-vis des nouveaux moyens d’information historiquement appréhendés comme étant subversifs et porteurs “d’éléments politiques qui attisent les contre-pouvoirs (qui) sont mortels pour la survie du pouvoir (…)”. L’ex-ministre, mettant davantage de nuance dans son propos, pense que “c’est une apparence, une démarche qui va dans le sens de la démocratie de l’accès au savoir, mais dans la réalité, cela (Internet) s’installe dans un contexte de privatisation, de frustration, de contestation, de cherté de la vie, de crise socioéconomique”. Quant à conclure que le Net constitue une menace pour la lecture publique et accentue la désaffection du public par rapport à cette activité… La réponse est suggérée par l’ex-ministre de l’Education qui est aussi universitaire. Il ne perçoit pas de rapports antagoniques et concurrentiels entre la lecture et le Net dont l’énorme potentiel de connaissances et d’informations qu’il charrie reste sou-exploité : “Ce n’est pas contradictoire. Le Net, bien géré, peut pallier le déficit des bibliothèques (…) cela permet l’accès à des bibliothèques situées ailleurs ou bien à la récolte de l’information directement.”

UN PETIT NOMBRE DE GRANDS LECTEURS
Le Net peut donc aider les amoureux de livre à réaliser leurs fantasmes de lecture. Ces lecteurs virtuels, ceux qui, en théorie, accèdent aux bibliothèques électroniques sont à chercher parmi les étudiants, les universitaires à qui s’ajoute une minorité de lettrés, socialement qualifiés d’élite et qui ne peuvent constituer un échantillon représentatif de la pratique de la lecture à grande échelle et de la démocratisation de l’acte de lire. Nous sommes en face d’une catégorie à qui le statut socioprofessionnel offre la possibilité de vivre dans la proximité des livres. Invité à la journée d’étude sur le livre et la lecture organisée par l’association “Les amis du livre” de l’université de Tizi-Ouzou, le sociologue (lire Le Soir d’Algérie du 07 août 2000) Abdelakader Djeghloul lie la problématique au “statut social de la langue écrite” dans la société algérienne très imprégnée, selon lui, de survivances de l’oralité que les mutations socioculturelles qui l’ont traversée n’ont pu totalement évacuer. La massification de l’enseignement et l’ouverture de l’école au plus grand nombre n’ont pas permis la maîtrise massive de la langue écrite, selon ce sociologue, qui avance le taux de 30 % d’Algériens qui ont une connaissance correcte de la langue écrite. Un constat qui n’est pas loin de la réalité puisque le dernier rapport de conjoncture du CNES parle de 8 millions d’analphabètes sur 30 millions d’Algériens. (C’est-à-dire qu’un Algérien sur quatre, en moyenne, est analphabète. A la suite de Abdelkader Djaghloul, et durant la même rencontre, l’universitaire M. Sari s’est intéressé aux choix de lecture des Algériens “Qui lit et que lit-on en Algérie ?” s’était interrogé l’universitaire pour qui la lecture ne constitue pas “un comportement social de masse”. Si aucune enquête statistique n’a été élaborée pour dire combien sommes-nous à lire et que lit-on, il est loisible de dire qu’il existe des “niches” de lecteurs avec des besoins de lecture ciblés et utilitaires. Une analyse que ne partagerait, certainement, pas notre ministre de la Culture qui affirmait dans une interview publiée par le quotidien El Watan du 12 septembre 2004 qu’il y a une réelle évolution de la lecture publique”. Khalida Toumi fondait son optimisme sur le fait que “les abonnés à la Bibliothèque nationale sont passés de 15 000 à 70 000, dans le courant de ces deux dernières années et que les livres pour enfants sont édités à 10 000 exemplaires” ! a indiqué la ministre qui a fait état de son ambition de promouvoir la lecture publique dans le cadre du programme de développement 2005/2008, avec, en projet, l’extension du nombre de bibliothèques et l’équipement de celles déjà existantes dont il serait intéressant de connaître le nombre, la quantité et la qualité du fonds documentaire disponible. Une démarche statistique qui aurait permis de tracer la courbe de la lecture dans le temps et dans l’espace, de situer le taux de fréquentation des bibliothèques ainsi que les centres d’intérêt et les goûts des lecteurs potentiels.
LE PLAISIR DE LIRE, UN ACTE QUI SE CULTIVE À L’ÉCOLE
Dans beaucoup de pays, des enquêtes statistiques du genre sont régulièrement menées, pour tracer des programmes ciblés et des politiques tenant compte des attentes et des besoins exprimés. En attendant de savoir combien sommes-nous à lire et que lit-on, il est temps que la lecture, en tant que pratique sociale et institutionnelle, réinvestisse l’école. Après les premières années d’école où la lecture se limite à une activité mécanique et de déchiffrement des signes, celle-ci (la lecture), selon un pédagogue, doit faire l’objet d’une attention particulière de la part de l’enseignant et de l’apprenant : faire du livre un objet de curiosité et de plaisir, sans cesse renouvelé. La pratique de la lecture dans sa dimension ludique et d’ouverture sur le monde, l’imaginaire, le rêve et le merveilleux a, depuis longtemps, été un aspect négligé par les méthodes d’enseignement des langues qui ont fait la part belle à l’expression orale selon un inspecteur de langue française de l’enseignement moyen, qui a souhaité que la réforme annoncée du système éducatif arrive à corriger cette lacune. A partir de là, les bibliothèques scolaires et les bibliothèques communales (de proximité), quand elles existent, retrouveront leur vocation pour que se cultive et s’affine le plaisir de lire. Des spécialistes (*) le disent : si l’on se plaint avec raison de la désaffection des masses pour la lecture et le livre, c’est que le livre a été, à l’école, mal utilisé. Une bonne utilisation, recommendant les mêmes pédagogues, doit susciter une curiosité authentique et répondre au besoin d’évasion et de communication des élèves. Le bon usage d’un livre passe, enfin, par l’ouverture de l’espace du livre sur l’expérience de la vie.

S. A. M.
(*) Faire vivre un livre en classe, R. Ciais, J.
Ribas Hatier éditions de l’Amitié,
Paris 1975

 

Des chiffres et des lettres
Une bibliothèque numérique pour Google : Le géant américain de la recherche sur le Net s’apprête à numériser 15 millions de livres. Ce sont 50 millions de pages de livres qui seront scannés pour être accessibles sur le Net ; 200 millions de dollars est le coût de ce projet industriel étalé sur 15 ans qui sera financé sur fonds privés. Le contrat de partenariat a été signé, à la fin de l’année dernière, avec cinq bibliothèques universitaires, parmi les plus illustres en Angleterre et aux USA. Ce projet de numérisation littéraire, venant d’Amérique, inquiète en France et en Europe. Des appels sont lancés en direction des décideurs français et européens pour monter un projet similaire. La BNF (France) a déjà mis, dans le cadre de son projet Gallica, près de 80 000 titres à la disposition des internautes. Des financements importants sont nécessaires pour imposer une présence européenne et française dans le domaine très actuel de la numérisation littéraire qui ne peut concerner l’Algérie où le travail pour “l’arrimage de l’Algérie à la société de l’information” et pour “combler la fracture numérique” ne fait que commencer. Cette compétition numérique annoncée entre Européens et Américains, abstraction faite de la coloration culturelle et idéologique qu’elle sous-tend, peut constituer une aubaine pour les bibliophiles algériens pour qui la diversité de choix éditoriaux et d’information disponibles sur le Web reste une alternative au déficit de livres et de bibliothèques. S. A. M.

Tussna et Amusnaw, deux projets associatifs pour la promotion du livre et de la culture multimédia

Aider à faire de la lecture un acte social de masse et promouvoir la culture multimédia, c’est l’objectif visé par deux associations tizi-ouzéennes à travers deux projets associatifs et néanmoins d’intérêt public : ouvrir des espaces publics de proximité (une médiathèque et un centre de documentation) dans une ville qui n’a ni bibliothèque municipale ni de quartier. Dans le paysage associatif tizi-ouzéen à vocation culturelle très fournie, Tussna et Amusnaw font figure d’aiguillon, pour une activité associative installée dans le rituel des célébrations saisonnières. A travers des projets innovants et étalés sur le long terme, Amusnaw et Tusna montrent la voie pour un fonctionnement alternatif. A défaut de subventions publiques qui sont distribuées avec parcimonie, ces deux ONG sont allées ailleurs chercher des financements et des ressources pour concrétiser des initiatives consistant à offrir à leurs usagers des animations de proximité à vocation culturelle, de formation et d’information. Réalisée grâce au concours financier de la Commission européenne, dans le cadre du programme Meda d’aide aux ONG algériennes, la médiathèque de Tizi Ouzou managée par Amusnaw offre des prestations diversifiées à travers un espace pour la formation et la communication Internet (17 liaisons disponibles) et un autre pour la bibliothèque qui dispose d’un fonds de 2000 ouvrages provenant de l’aide de la Croix-Rouge française à l’association qui développe d’autres activités extra-muros : des projections cinéma au niveau du théâtre Kateb-Yacine en partenariat avec l’APC de Tizi Ouzou et un projet de bibliothèque scolaire itinérante en collaboration avec la Maison de jeunes de Sidi-Naâmane. Le volume de fréquentation escompté est de 200 entrées/jour. L’amélioration du taux de fréquentation comme le lancement d’autres activités et prestations dépendent de la disponibilité des pouvoirs publics à mettre un local à la disposition de l’association. Le même problème se pose pour l’association Tussna. Les 15 000 DA déboursés chaque mois pour la location d’un local grève son budget. Pourtant, le projet, incontestablement d’utilité publique porté par cette association, mérite une meilleure attention des pouvoirs publics pour mettre à sa disposition un local pour domicilier le centre de documentation disposant d’un patrimoine livresque de plus de 3000 ouvrages. Un fonds documentaires acquis grâce au concours de partenaires associatifs étrangers comme Biblioneuf, une association française (Tussna est aussi membre du réseau Unesco des bibliothèques associées) et surtout des services culturels de l’ambassade de France. L’objectif de Tussna : ouvrir un espace de lecture de proximité, en mettant à la disposition d’un public diversifié des ouvrages se rapportant à plusieurs domaines de la connaissance (littérature spécialisée et de fiction) dans une ville comme Tizi Ouzou où les espaces pour la lecture publique (bibliothèques municipale et de quartier…) n’existent pas. S. A. M.

Samedi 02 Avril 2005

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2005/04/02/article.php?sid=21232&cid=16

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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