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LITTÉRATURE Sur les traces de Max Aub

9 juin 2010

LITTERATURE

Les évènements politiques, même circonscrits, ne peuvent à eux seuls venir étayer la raison sociale profonde d’un peuple ou d’une région. Il leur manquera toujours le regard porté sur soi et l’autre, que seule la littérature pourrait percevoir en situant historiquement une société à travers les époques. Même s’il est admis, comme l’explique Rachid Boudjedra dans un syllogisme parfait, que “tout acte humain est politique.

La littérature, étant par définition une production humaine, devient donc un acte politique”. Il restera que pour l’un et l’autre, la fin est loin d’être la même. La littérature est, en outre, un moyen qui favorise le contact historique par le truchement de la communication pour des fins didactiques à dimensions multiples. Rachid Boudjedra mystifie la littérature de l’exil en lui opposant l’exemple très illustratif d’une littérature localiste, celle de W. Faulkner, qui a pu transformer la littérature à partir de son terroir, Jefferson, en universalisme. Certes, mais c’est là une exception qui viendrait peut-être confirmer la règle. Au travers de Max Aub et bien d’autres, tel Ernest Hemingway, la littérature de l’exil possède incontestablement l’avantage de l’inspiration au spectre plus large. Mais d’abord qui est Max Aub et quelle relation a-t-il pu avoir étroitement avec la ville de Djelfa, 30 ans après sa disparition ?
Sans risque d’être repris, Max Aube demeure, à ce jour, un personnage entièrement méconnu dans la région de Djelfa. Il y a des probabilités qu’il le soit également dans le milieu universitaire. Pour l’instant, tout ce que l’on connaît de ce personnage présenté comme un poète et écrivain d’expression espagnole est qu’il renvoie à tout un pan de l’histoire de la région, ayant personnellement vécu, au contact des autochtones, les affres de la déportation coloniale avec une diaspora espagnole pour leurs idées républicaines. C’était au début des années 1940, dans un camp militaire à Djelfa, précisément à Aïn S’rara dont la contrepartie en langue française reste imprécise en raison qu’elle pourrait signifier : source des secrets, source des charmes ou encore source des baluchons à loques. Du fait que le camp de détention colonial y était implanté, l’on est enclin à privilégier la première variante en ce sens qu’elle viendrait justifier la mise aux oubliettes des prisonniers, loin des regards indiscrets. Mais habituellement, lorsque cette période des années 1940 est évoquée, c’est plutôt le nom de Roger Garaudy qui revient immédiatement à l’esprit. Ce qui explique aujourd’hui, selon certains, qu’il n’y a aucune commune mesure entre les deux hommes de lettres pourtant compagnons d’infortune à la même époque à Djelfa. Ce phénomène presque logique et à la limite du raisonnable tient naturellement de la prépondérance du champ culturel français sur tout autre, à part évidemment celui de la culture originelle et vernaculaire. Par rapport à l’universalisme, il convient donc d’en déduire que c’est là une vision bien étriquée de l’approche littéraire. D’autant plus que le concept de littérature est en soi incohérent et riche en acceptation. Ce qui devrait, au contraire, inciter chacun à la diversification de son univers cognitif. Mais, tant ce domaine est avéré très ardu, car requérant des fondamentaux complexes que ne possèdent que les spécialistes de la discipline, il restera tout au moins pour satisfaire un quelconque besoin de lecture de simplifier et de réduire l’acte de lire à une praxis sociale. Le lecteur étant également historique, il doit par conséquent s’intéresser à l’aspect anthologique d’une œuvre littéraire, de surcroît lorsqu’elle traite d’un événement en rapport avec sa région natale. Aussi bien Max Aub que Roger Garaudy, ils ont tous les deux un point commun qu’est la ville de Djelfa, au-delà de la consonance qu’ont le patronyme et le prénom de l’écrivain qui laisseraient faussement croire à une origine française. Après son élargissement, Max Aub rejoint le Mexique fuyant Franco et Pétain, pour se consacrer à son violon d’ingres, la poésie. Il aura laissé derrière lui un souvenir intarissable sous forme de deux ouvrages, l’un intitulé Diario de Djelfa et l’autre Cimétiaro de Djelfa.
Les ébauches de ces deux chefs- d’œuvre ont été effectuées pendant sa détention, à l’insu des gardes, notamment le commandant Caboche, un intraitable soldat sanguinaire.
Le premier livre est une compilation de poèmes dédiés aux autochtones que l’auteur décrit dans son ouvrage comme de braves et fières gens bien qu’en proie à la mistoufle. Le deuxième livre dépeint avec une précision étonnante le cimetière chrétien de la ville de Djelfa. Tout y corrobore : architecture des lieux, disposition tombale jusqu’aux épitaphes. Certains échos lui font attribuer un troisième ouvrage toujours lié à son vécu carcéral à Djelfa et qui porte le titre Le calvaire. Max Aub côtoya André Malraux, Ernest Hemingway et fut surtout l’ami intime de Pablo Picasso. Ils étaient tous les trois des partisans irréductibles de la cause républicaine pendant la guerre de 36 en Espagne.
La mémoire collective de la région de Djelfa ne retient que très peu d’indices sur son histoire que l’on compare à un trésor culturel inestimable sur le plan littéraire.
D’où l’évidence doublée de la curiosité académique de remonter l’histoire en étudiant son patrimoine que la culture universelle réclame du fond de l’amphithéâtre de l’université de Bouzaréah par le biais de Mme Saliha Zerrouki, enseignante au département des lettres espagnoles. C’est justement grâce à cette dame généreuse et disposée à prodiguer son savoir que nous avons appris à connaître Max Aub. Elle reconnaît elle-même n’avoir eu connaissance des œuvres de Max Aub que tout récemment grâce à une écrivaine espagnole qu’elle a rencontrée par inadvertance lors de son voyage en Espagne. Elle reçut d’elle d’ailleurs le livre de Diario de Djelfa, en guise de présent pour l’immense bonté algérienne à travers son accueil chaleureux des réfugiés espagnols au milieu du siècle dernier. Dès lors, notre universitaire ne désempare pas de traduire les œuvres littéraires de Max Aub dans la langue française et d’envisager conjointement avec A. Kheireddine, un chercheur indépendant local, la mise sur pied d’un colloque international sur la personnalité et la production littéraire de cet auteur. Un avant-projet de ce séminaire à petit budget a été déposé — ou censé l’être — entre les mains du wali de Djelfa depuis le mois d’octobre, mais depuis, aucune réponse ! Faut-il rappeler le gratin invité à ce titre et qui devrait en principe ne laisser insensible aucune autorité locale. La liste que proposent les organisateurs de ce colloque va de Roger Garaudy à Cherif Rahmani, président de la fondation World Desert, en passant par la fille de l’écrivain Helena, les fondations Max Aub de Segorbe et Mexico, d’André Malraux à Paris, du directeur du centre Cervantés à Alger, des maires de Valence et de Castallon, des recteurs des universités d’Alger et d’Oran, de Son Excellence l’ambassadeur d’Espagne en Algérie… Très enrichissante participation de prime abord. Cet événement, s’il venait à avoir lieu à Djelfa, fief historique, jetterait les premières bases d’une volonté culturelle qui irait ensuite à la recherche d’une sommité locale en littérature, en l’occurrence Cheikh Ben Brahim, qui alliait merveilleusement l’épique et le lyrique sans les mettre en opposition. Ce personnage, également décédé, est méconnu de beaucoup de ses concitoyens. De son vivant, il avait été maintes fois primé par des fondations du Liban et d’Egypte. Mme Saliha Zerrouki tient toujours à réussir son entreprise intellectuelle, alors tentons de lui offrir ainsi qu’à tous les initiés de la discipline la chance de nous instruire sur ce que nous sommes censés savoir et que nous ignorons par absence de tradition culturelle !

Abdelkader Zighem

  Mardi 04 Janvier 2005

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2005/01/04/article.php?sid=17666&cid=16

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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6 Réponses à “LITTÉRATURE Sur les traces de Max Aub”

  1. Artisans de l'ombre Dit :

    Max Aub Mohrenwitz, dont le pseudonyme est Max Aub, né le 2 juin 1903 à Paris, mort le 22 juillet 1972 à Mexico, est un auteur, dramaturge et critique littéraire espagnol né Français.

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  2. Artisans de l'ombre Dit :

    Biographie

    Comme le rappelle l’historien Gérard Malgat, « Max Aub est né à Paris en 1903 avant de devenir Espagnol par l’exil – le premier – de la famille en 1914. Car lorsque la guerre éclate entre l’Allemagne et la France, son père Guillermo Aub, Allemand qui avait choisi de vivre à Paris, comprend que lui-même, sa femme Suzanne, et leurs enfants Max et Magdalena n’ont d’autre choix que l’exil pour éviter d’être considérés comme des ennemis. »[1] Ils s’installent donc à Valence.

    Il a fondé en 1965 le périodique littéraire Los sesenta qui compta parmi ses rédacteurs les poètes Jorge Guillén et Rafael Alberti.

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  3. Artisans de l'ombre Dit :

    Œuvre

    Romans

    * Luis Álvarez Petreña (1934/1965/1971)
    * El laberinto mágico: Campo cerrado (1943), Campo de sangre (1945), Campo abierto (1951), Campo del Moro (1963), Campo francés (1965) et Campo de los almendros (1967)
    * Les bonnes intentions (Las buenas intenciones) (1954)
    * Jusep Torres Campalans (1958)
    * La calle de Valverde (1961)
    * Juego de Cartas (1964)

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  4. Artisans de l'ombre Dit :

    Nouvelles

    * No son cuentos (1944)
    * Ciertos cuentos, cuentos ciertos (1955)
    * Crimes exemplaires (Crímenes ejemplares) (1957), Phébus, 1997, réédition Phébus Libretto, 2001
    * Cuentos mexicanos (1959)
    * La Véritable Histoire de la mort de Francisco Franco (La verdadera historia de la muerte de Francisco Franco y otros cuentos) (1960)
    * Le Zopilote et autres contes mexicains (El zopilote y otros cuentos mexicanos) (1964)
    * Historias de mala muerte (1965)

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  5. Artisans de l'ombre Dit :

    Ses citations

    «Il y a trois catégories d’hommes : a) ceux qui racontent leur histoire ; b) ceux qui ne la racontent pas ; c) ceux qui n’en ont pas.»
    [ Max Aub ] – Contes certains

    «La réclusion améliore la condition humaine. Pour obtenir des hommes excellents, on les emprisonne d’ordinaire un certain temps.»
    [ Max Aub ] – Contes certains

    «Les hommes sont comme les horloges : bons, ils servent très longtemps ; mauvais personne ne peut les réparer.»
    [ Max Aub ] – Contes certains

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  6. Madrige Dit :

    Avant tout, je tiens à signaler à artisans de l’ombre que Max Aub est le nom de famille et le prénom de l’auteur et son son pseudonyme, il n’en a jamais eu. Ce qu’il y a c’est que les editeurs mexicains, quand ils ont vu la quantité de livres qu’il ramenait toujours à la maison d’éditions lui lançaient: « Mas Aun », juger du jeu de mots, ça veut dire: « encore plus de livres ».

    Max aub est né en France d’un père allemand et d’une mère française, alsacienne, il est naturalisé espagnol à l’age de onze ans. Il dira: « on appartient au pays où on a passé le bac ».

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